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Billet de blog 17 juin 2023

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BURKINA-FASO : 4 ans après, « L’Appel de Manéga » plus que jamais d’actualité !

Il y a quatre ans, le 15 juin 2019, une centaine de personnalités de la société civile, lançaient une initiative citoyenne dédiée à la préservation du vivre ensemble, à la sauvegarde de la nation, à l’unité du peuple et pour le refus de toutes les formes d’incitation à la haine religieuse, ethnique ou communautaire qu’elles ont nommée « Appel de Manéga ».

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Au moment de son lancement, l’« Appel de Manéga », se définissait comme un appel pressant pour conjurer les errements politiques qui hantaient déjà le Burkina Faso depuis quelques années. Il mettait en exergue le risque très sérieux de rupture de l’unité nationale, déplorant la faiblesse des réponses apportées aux maux de la société burkinabè, tant par les autorités politiques au pouvoir que par de nombreux acteurs de la société civile.

Ainsi l’appel, adressé au peuple, aux dirigeants, aux leaders et aux partenaires et amis du Burkina Faso, ambitionnait d’interpeller la conscience collective sur les dangers de la construction progressive d’un processus de victimisation des composantes sociales et ethniques du Burkina Faso.

Cette initiative émanait d’un groupe de citoyens burkinabè, se définissant comme « libres et indépendants conscients des graves menaces aux fondements de la nation et des risques d’effondrement du Burkina Faso en tant qu’Etat-nation relativement à l’évolution compromettante de la situation sécuritaire nationale ».

L’appel prit le nom de Manega, en référence au nom du village de l’homme de lettres, de culture et de droit Me Frédéric Titinga Pacéré, qui abrite un musée considéré comme un lieu vivant et de rencontre de la diversité ethnique, des valeurs et savoirs culturels nationaux, qui accueille la 9e  réplique, sur les dix existant au monde, de la Dalle du Trocadéro ou la Dalle de paix à l’honneur des victimes de la misère initiée par le Père Joseph Wresinski et reconnue comme un patrimoine mondial de l’humanité et le symbole universel de la cohésion religieuse, ethnique, de l’engagement au profit de la paix et de lutte contre les causes de la violence.

À l’époque, Lookman Sawadogo, l’un des membres fondateurs, prenait en compte avec ses camarades la nécessité de conjurer les démons de la division pour sauvegarder l’unité nationale et alertait sur l’urgence de la situation : « On sonne l’alerte pour dire de se réveiller, prendre conscience de la situation parce qu’elle est grave ». Il définissait cet engagement comme un enjeu de survie invitant tous les Burkinabè à inscrire leur action dans une démarche commune : « Ce qui est important c’est ce que l’on porte. […] On ne peut pas commencer avec tout le monde en même temps. On commence avec ceux dont on est sûrs de leur engagement, qui ont de la volonté ». La volonté ! voilà le maître-mot pour engager une action de longue durée.

On ne saurait en effet mieux dire dans la mesure ou la situation du Burkina Faso déjà préoccupante à l’époque, tant du point de vue politique que de la cohésion sociale, reste quatre ans après toujours aussi fragile.

Entre temps les attaques terroristes n’ont cessé de se répandre comme gangrène sur le territoire du Burkina Faso et ont déstabilisé, pour ne pas dire désagrégé toute vie sociale sur une importante partie du pays. Au point que selon les données communiquées par le Secrétariat permanent du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (SP/CONASUR), le total des citoyens et citoyennes Burkinabè déplacés internes avait franchi la barre des deux millions de personnes au 31 mai 2023, une population composée de 17, 59% d’hommes, 23,91% de femmes et 58,50% d’enfants, pour atteindre 2 062 534 personnes officiellement enregistrées, dont 16,27% étaient accueillies dans la province du Sanmatenga, 14,47% par la province de Soum, 8,63% par celle de Yatenga, 7,19% sur le territoire du Gourma et 5,45% dans la province de Seno.

Au-delà de la détresse morale pour ces millions de déplacés on imagine les efforts qui doivent être déployés pour assurer la prise en charge des personnes déplacées internes et termes de logistique et d’assistance alimentaire.

Par ailleurs, au prétexte de l’incurie du gouvernement en matière de lutte contre le terrorisme, deux coups d’état initiés par les militaires, depuis décembre 2022, ne semblent pas davantage avoir créé les conditions pour une amélioration de la situation de populations civiles déjà fragilisées par la précarité. Il est vrai que le projet de « défense populaire » initié par le pouvoir et concrétisé par l’adoption à l’unanimité le 21 janvier 2020 d’une loi par l’Assemblée Nationale, permettant le recrutement de « volontaires pour la défense de la patrie », n’avait guère convaincu à l’époque et ne semble pas quatre ans plus tard avoir permis l’obtention de résultats tangibles si l’on se réfère à l’augmentation constante du nombre de déplacés internes.  

Ce constat peut conduire à une interrogation, armer des civils pour riposter face aux exactions terroristes peut-il constituer une stratégie efficace de lutte contre le terrorisme ?

L’« Appel de Manéga », signé à l’époque par 100 personnalités influences venues de tous horizons socioculturels, acteurs de la société civile, de la politique, du monde syndical, des milieux d’affaires, universitaires, du monde de la culture, du sport, de l’institution judiciaire,  acteurs des médias, sportifs, autorités morale, religieuses…, a été entendu et s’est enrichi de deux cent signataires.

La construction d’un nouveau pacte social au Burkina Faso est travail de longue haleine. Une dimension prise en compte par les signataires, qui en ce quatrième anniversaire du lancement de l’« Appel de Manéga », l’expriment dans un communiqué empreint de réalisme qui indique la volonté de ne pas abdiquer devant la difficulté. FF

18 juin 2023

Illustration 1
Comité de l'Appel de Manega

DECLARATION DE RELANCE DE L’« APPEL DE MANEGA »

Aujourd’hui plus de trois cent ont signé l’Appel de Manega, dont l’objectif principal était de lancer une concertation nationale en vue de construire un nouveau pacte social au Burkina Faso. A cette époque déjà, la situation nationale était extrêmement préoccupante ; de nos jours, cette situation s’est très largement dégradée autant du point de vue sécuritaire que politique, économique et social. Ainsi, non seulement le pays est en proie à des multiples attaques armées sur la quasi-totalité des territoires ruraux, provoquant une masse de déplacés internes, mais surtout depuis décembre 2022, le Burkina Faso est sorti de la voie Constitutionnelle avec l’arrivée au pouvoir de l’armée. Autant dire que les valeurs de l’Appel de Manega, village emblématique de notre identité culturelle, sont désormais une boussole pour un nombre croissant de Burkinabè conscients de la gravité de la situation et de la nécessité d’en sortir la tête haute.

Notre mission se décline maintenant en sept points :

  • Premier point : Prévenir les effets dévastateurs de fractures de notre société (politique, ethnique, générationnel, etc.) ;
  • Deuxième point : Préserver l’unité nationale, la cohésion sociale et le vivre ensemble dans toutes les zones du pays ;
  • Troisième point : Réaffirmer l’égalité de toutes les ethnies, de toutes les cultures, de toutes les religions dans le but de construire un consensus national ;
  • Quatrième point : Rappeler le caractère sacré de la vie humaine et la nécessité pour les institutions et les acteurs de l’Etat d’assurer la sécurité humaine de tous les Burkinabè, dans toutes les zones du pays ;
  • Cinquième point : Lutter contre l’ostracisme et l’exclusion dans tous les processus gérés par l’Etat ou par des organisations privées ;
  • Sixième point : Promouvoir la solidarité nationale à l’endroit de toutes les victimes de la crise actuelle avec une attention particulière aux femmes et aux enfants ;
  • Septième point : Affirmer avec fermeté la nécessité de revenir à un ordre constitutionnel, de sorte que la composante civile soit dans un état d’équilibre avec la composante militaire.

Nombre de Burkinabè se reconnaissent dans ces missions et y voient un processus capable de déboucher sur une solution collective et durable à la crise que nous traversons.

Ce quatrième anniversaire est donc l’occasion de relancer l’Appel de Manega, d’y apporter sa contribution et de le promouvoir dans le débat public.

Plus nous seront nombreux, plus nos idées auront de la force.

Pour l’Appel de Manega : Le Secrétaire Général : Lookman Sawadogo et par délégation, le Président du Comité Technique et Scientifique : Dr Evariste Faustin Konsimbo

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