MALI : Déficit budgétaire, le Mali a de bons résultats, selon Financial Afrik
Interrogé par le journaliste malien Ibou Sy, le Dr Yves Ekoué Amaïzo évoque la situation du Mali, et décrypte l'actualité en évaluant les potentielles conséquences des sanctions prononcées par la CEDEAO et l'UEMOA. Il pose la question de la légalité des mesures de rétorsion prises par la Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest, dont blocage des avoirs du Mali.
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MALI : Déficit budgétaire, le Mali a de bons résultats, selon Financial Afrik
Interview du Dr Yves Ekoué AMAÏZO par le Journaliste malien Ibou SY
Agrandissement : Illustration 1
Journaliste : M. Ibou Sy
Invité : Dr. Yves Ekoué AMAÏZO
Transcription intégrale de l'interview du Dr Yves Ekoué AMAÏZO
Le Radar, Ibou SY : Bonjour Monsieur Amaïzo. Merci pour votre disponibilité pour le Mali et pour l’Afrique. Aujourd’hui on va parler de la Cedeao. A votre avis que pouvons -nous exiger aujourd’hui de la Cedeao par rapport à la situation que nous vivons au Mali ?
Yves Ekoué Amaïzo : Il faut penser au court terme. Il y a eu des sanctions qui ont été faites par la Cedeao et l’UEMOA, avec en filigrane des institutions comme la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la France, et qui ont suspendu les avoirs du Mali, et du coup, certains paiements de créances ne sont pas honorés. – absolument – Donc il faut exiger de la Cedeao, d’apporter la preuve juridique qu’elle peut d’abord faire cette opération de suspension, et de blocage du Mali.
Parce que les textes sur lesquels fonctionnent l’ensemble des pays membres de la Cedeao ne disent pas cela. En fait, cela n’existe pas. Donc il y a de l’illégalité et peut-être même de l’incompétence dans cette façon de procéder. Si la Cedeao est sérieuse et qu’elle reçoit des pressions extérieures, il faudrait que la Cedeao en fasse part à ses membres, pour qu’une décision commune, y compris avec le Mali, soit prise pour savoir comment on avance ensemble.
La Cedeao ne peut pas apporter de preuve juridique à ses membres, parce que c’est une décision qui est illégale. Ils ont mis en place une sorte de comité pour discuter, sauf que pendant qu’ils discutent les sanctions continuent – absolument, absolument – Plutôt que, chaque fois, dire le Mali doit faire ceci, le Mali doit faire cela, moi je pense que le Mali fait son travail, et je pense qu’il faut commencer à exiger de ceux qui prennent des sanctions, des décisions unilatérales de s’expliquer.
On va prendre un exemple, le délai de six mois qu’exige la Cedeao, alors que le gouvernement [de transition-ndlr] propose aujourd’hui quatre ans, – oui, quatre ans, oui… – donc qu’on exige de la Cedeao ‘qu’est-ce qu’on va faire pendant six mois’ ! Que ce soit officiel et connu !
Ensuite, le gouvernement explique pourquoi ils ont choisi quatre ans et ils expliquent aussi qu’est-ce qu’ils vont faire pendant quatre ans. Ainsi on va comparer.
Parce que si la Cedeao en six mois peut faire tout ce que le gouvernement peut faire en quatre ans, vraiment c’est qu’ils sont très forts. Il faut alors vraiment aider à faire ça en six mois et s’ils ne peuvent pas, alors sincèrement il faut qu’ils s’assoient et qu’ils revoient leur copie, que le gouvernement fasse un peu d’effort, si le gouvernement dit au moins quatre à cinq ans, c’est vraisemblablement qu’il y a beaucoup de choses à faire. – absolument – C’est pour cela que je parle d’incompétence, parce qu’il est fort probable que les gens de la Cedeao ne savent pas tout ce que le gouvernement veut faire pendant cette période.
Et puis il y a un petit problème. Vous savez que celui qui dirige la Cedeao, est un parent d’un certain président Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire. – qui çà ? – celui qui dirige la Commission de la Cedeao est un parent d’Alassane Ouattara le président de la Côte d’Ivoire !
Vous n'êtes pas sans savoir aussi que la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest est quasi-systématiquement, voire unilatéralement, toujours dirigée par un ivoirien – oui Monsieur Koné [Tiémoko Meyliet Koné-ndlr] – donc quand ils prennent des sanctions, vous voyez la main d’un certain Alassane Ouattara partout. Donc ce cas doit être traité, parce que ça ne peut pas devenir une histoire familiale ou une histoire nationale, en tête de la Côte d’ivoire qui décide un peu de tout, au sein de la zone Cedeao.
I.S. : Ce qu’on peut exiger de la Cedeao on peut l’exiger aussi de la BCEAO c’est ça ?
Y.E.A : Bien sûr, bien sûr, mais la BCEAO, il faut être encore plus précis, puisque la BCEAO est une institution qui n’a pas le même poids que la Cedeao. Elle est censée ne pas être politique, la BCEAO, la Banque Centrale, elle est censée être indépendante, donc plutôt neutre, et elle est censée être gardienne de l’argent de chacun des pays, c’est ce qu’on appelle les avoirs – bien sûr – si moi je mets l’argent chez vous parce que vous êtes une banque et que je vous fais confiance, et que vous vous transformez unilatéralement en quelqu’un qui bloque mon argent, alors là-aussi, il faut avoir les preuves juridiques sur quelles bases ils ont fait ça.
Les sanctions toutes seules qui sont des sanctions politiques ne suffisent pas, ça ne suffit pas. Et puis par ailleurs, vous savez qu’au départ, il fallait mettre pratiquement les 100% de nos avoirs auprès de cette banque centrale, et ça passait par le Trésor français, et donc la France. Et petit à petit, cela a diminué, aujourd’hui c’est 20%. Donc si ce n’est que 20%, les autres 80%, 1- vraisemblablement cela ne passe pas par la BCEAO, ce qui permet d’ailleurs d’avoir un peu de respiration pour le gouvernement, et en même temps de quel droit, même si ce n’est que 20%, de quel droit la BCEAO décide de suspendre, de bloquer, et de susciter et répandre des bruits partout que le Mali n’est pas solvable ou ne peut pas payer ? Ce n’est pas vrai !
Alors il faut une déclaration de la BCEAO pour qu’elle s’explique sur le plan juridique et dire aussi combien de temps cela va durer. Parce que la BCEAO est indépendante, elle est censée être neutre, elle n’a rien à voir fondamentalement avec les décisions des autres [CEDEAO et UEMOA-ndlr].
Et puis le problème va dans les deux sens. Vous voyez bien que par exemple que cet argent du Mali sert à payer les créances des pays voisins – Oui, c’est vrai - Par exemple et pour des raisons toutes simples, vous voyez bien l’exemple d’Air France,je vous fais remarquer qu’Air France qui avait suspendu ses vols à destination de Bamako vient d’arrêter sa suspension et vient de nouveau à Bamako…
I.S. : on allait même vous poser la question, parce que finalement Air France avait suspendu à cause des sanctions de la CDEAO et maintenant Air France revient, alors c’est une trahison quelque part
Y.E.A : Non, non pas du tout, non, non… c’est complètement dans le sujet. Si Air France décide unilatéralement de revenir à Bamako – oui – posons-nous la question financière et économique. Le Mali qui travaille avec Air France, doit certainement lui payer quelque chose – oui, oui – avec quel compte le Mali va payer Air France ? Le compte est bloqué à la BCEAO. Avec quel compte ? Cela veut dire donc pour que la France reçoive de l’argent de Bamako… ou en tout cas du Mali, c’est avec le compte certainement ouvert [à la BCEAO-ndlr] ou avec un autre compte qui lui n’est pas bloqué. La question il faut la poser à Air France, comment Air France touche son argent, ou comment Air France paye le Mali si Air France doit payer le Mali pour telle ou telle taxe ?
Parce qu’il faut bien que cela passe, dans la zone Franc, par un compte dont une partie va sûrement être inscrite à la banque centrale. Donc vous voyez bien la contradiction totale qu’il y a. Une fois on dit que l’on suspend et quand les intérêts sont en jeu, on ne suspend plus, on prend l’avion et on arrive. Parce que sincèrement la France a le monopole sur la plupart des aéroports africains francophones, mais si le monopole saute, Air France est déficitaire, ça il faut dire la vérité.
Donc ce sont des économies qui ne peuvent pas fonctionner en concurrence normale. Si la sanction est contre le Mali, la sanction aussi est contre Air France. C’est pour ça qu’Air France a rouvert. Donc il faut qu’Air France nous explique l’argent qui circule entre Air France et le Mali et entre le Mali et Air France, ça passe par quel compte ? Et là on va savoir si le compte est vraiment bloqué, ou s’il est bloqué pour certains et pas pour d’autres. Donc deux poids deux mesures.
I.S. : D’accord. Donc on revient à la BCEAO et à la CEDEAO, mais on ne peut plus les attaquer aujourd’hui, parce que la Cour de Justice de la CEDEAO, nous en sommes suspendus !
Y.E.A : Attendez, la Cour de Justice de la CEDEAO est censée être aussi une juridiction indépendante, qui est régie par des textes – bien sûr – dont la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples – oui, oui –… et des Peuples, et actuellement on est en train de faire des sanctions contre le peuple malien.
Je suis allé regarder si la Cour de Justice peut résilier sa position officielle, est-ce qu’elle suit ou pas les sanctions ? Parce que si elle doit les suivre elle est en violation totale de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Donc il ne faut pas que le Mali se pose la question, il faut simplement que le Mali dépose sa plainte auprès de cette cour de Justice qui est normalement indépendante.
D’ailleurs il y a plusieurs de ses articles qui disent que s’il y a un différend entre les Etats, je dis bien différend entre les Etats, ce qui est le cas, c’est-à-dire les autres Etats qui sanctionnent le Mali, donc c’est un différend. Donc la Cour de Justice est donc l’institution qui est habilitée d’abord à recevoir ce dossier, donc il y a la recevabilité du dossier du Mali, en dehors des sanctions et ensuite le règlement de ce dossier, pour savoir est-ce que c’était légal ou illégal ? et enfin la décision, si c’est illégal, alors excusez-moi, tous les pays qui ont pris des sanctions seront condamnés d’abord et devront payer une sanction ou de l’argent au Mali.
Normalement c’est la même chose pour la BCEAO, parce que toutes les conséquences, les taux d’intérêt et autres que la Mali devra payer parce qu’il y a eu une suspension, quand ce procès aura lieu ou que la sanction sera terminée, il va falloir que ce coût-là ne soit pas renvoyé au Mali ou au peuple malien, mais que la BCEAO le paye, que la Cour de Justice le paye et que la CEDEAO le paye. Parce que cela aussi relève de la responsabilité de ces institutions.
Le Radar
I.S. : D’accord. On va venir maintenant…, on a appris aujourd’hui que Jean-Yves Le Drian, le Ministre des Affaires Etrangères français a annoncé que la France envisage de quitter le Mali. Est-ce que vous en savez quelque chose ?
Y.E.A : Alors,selon mes informations, je ne dirais pas comme vous « envisage de quitter le Mali », mais je confirmequ’ils ont décidé de quitter le Mali. Donc c’est une décision. – d’accord – Alors bien sûr ce n’est pas présenté comme cela. Certains vont vous dire c’est parce que la France a constaté qu’il y avait beaucoup de mercenaires du groupe Wagner au Mali, sans en apporter la preuve. Certains vont vous dire que la France a quitté le Mali, et que la France est en train d’abandonner aux terroristes les maliens.
Quelle que soit la formulation, la France quitte le Mali. Maintenant pour aller où ? Parce que le problème n’est plus que militaire, le problème est aussi le renseignement. La France annonce qu’elle voudrait aller au Burkina. Mais, est-ce que la nation qu’est le Burkina appelle la France ?
Est-ce que le Burkina, où d’ailleurs a eu lieu un coup d’Etat a donné son autorisation ? Est-ce que le Burkina n’est pas en train de négocier justement avec l’Etat Russe pour avoir le soutien militaire qu’a eu le Mali.
Il y a le Niger, il y a le Tchad, la Mauritanie… La Mauritanie a déjà dit qu’elle étaitneutre, la Guinée n’est même pas apparue sur la liste, ce qui veut dire que la Guinée vraisemblablement n’est paspour la sanction et n’est pas concernée, la Guinée est plutôt du côté du Mali.
La conséquence de ça, si les images satellitaires qui font partie du renseignement permettent d’identifier au sol les terroristes, ce qui a permis à l’armée malienne d’avoir beaucoup de succès ces derniers temps – absolument – tous les voisins sont en train de le voir. Est-ce que vous pensez que le Burkina, le Niger ou d’autres, vont se priver de ces renseignements précieux que sont les images satellitaires…, la réponse est non.
Donc le Burkina va vraisemblablement trouver un moyen ou un autre pour signer un accord pour avoir accès à ces images. Parce que si vous avez accès vous pouvez détruire les terroristes. Donc si vous avez accès, que faisait alors la France, en termes de renseignement sur ces terroristes-là ? Pourquoi ne trouve-t-on plusles terroristes au Malidepuis qu’il y a un accord avec les Russes, et que finalement l’armée malienne a retrouvé toute son efficacité ?
Et vous croyez que l’armée Burkinabé et d’autres, n’ont pas envie de retrouver leur efficacité ? L’efficacité ce n’est pas seulement les armes, c’est aussi le renseignement. Je pense que le problème du renseignement, à lui tout seul, va ramener la plupart de ces pays à faire confiance au pays qui lui apporte ces renseignements. Et aujourd’hui c’est la Russie.
La France depuis huit ou neuf ans, soit elle ne l’a pas fait, soit elle n’a pas voulu le faire, en tout cas le résultat est là, c’est qu’elle n’a pas trouvé de solution au terrorisme. Donc c’est un échec… c’est un échec !
Donc oui, ils vont quitter le Mali, d’ailleurs c’était une demande du Mali, et la France a dit je suis en Afrique, parce qu’on me l’a demandé. Donc la question est de savoir pour les africains, pour les dirigeants africains eux-mêmes : qu’est-ce qu’ils veulent exactement ? Ils veulent arrêter le terrorisme ou ils veulent permettre à un pays étranger de faire de l’ingérence dans leurs affaires ? C’est ça la vraie question !
Le Mali a déjà donné la réponse à la question. La réponse est que, si je peux moi-même, avec mon armée, trouver un accord avec un partenaire qui m’apporte et le soutien militaire et le soutien de renseignement, voire le soutien financier, et j’obtiens des succès et je réussis à bloquer et ralentir le terrorisme je crois que c’est une bonne solution. Et les autres, ils vont certainement faire pareil.
Donc écoutez laissez cela au temps. Je pense que c’est du b.a ba. Parce que le Bénin qui subit maintenant le terrorisme va commencer à se poser la question sur le renseignement. S’ils étaient renseignés, il n’y aurait pas eu les morts que l’on a eus il y a quelque temps.
D’ailleurs je vous fais remarquer que le françaisque l’on a identifié, on est allé vérifier, il s’agit d’un ancien militaire français, sauf que c’est un mercenaire – ah bon ? – c’est un mercenaire. Donc quand on dit à quelqu’un qu’il y a des mercenaires, et que non content des mercenaires il y a l’armée française derrière, on eut se poser la question : de quoi parle-t-on exactement ?
Je vous dis ce qui est important. C’est à dire que le seul fait qu’Air France ait décidé de revenir au Mali, c’est déjà le début de l’amorce que les choses vont s’améliorer. Ça veut dire que la France, tôt ou tard sera d’abord obligée de reconnaitre le régime malien, et surtout la France a choisi ce régime pour faire sa transition, parce que c’est de ça qu’il s’agit. On ne peut pas faire de l’ingérence pour empêcher un pays de faire son approche pour organiser sa transition, c’est de l’ingérence, à tous points de vue, politique, économique, militaire etrenseignement.
I.S. : D’accord. On a appris sur un journal économique Financial Afrik, que le Mali entre 2020 et 2021a quand même pu économiser un peu d’argent en termes de déficit budgétaire. Qu’est-ce que vous en pensez ? On est passé de fin 2020 de 482 milliards de déficit budgétaire à maintenant, fin 2021, à 462 milliards. Donc 482 milliards, 462 milliards, il y a quand même eu une avancée comme on l’a remarqué dans le document de ce journal économique. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Y.E.A : Je vais vous donner deux points. Je n’aime pas trop traiter des chiffres dont je ne connais pas trop la source même si c’est une source du gouvernement malien, je préfère les sources que l’on appelle harmonisées qu’on retrouve au niveau, soit du Fonds Monétaire International, soit de la Banque Mondiale, et ça ne concerne que les données quantifiables et qui ont été quantifiées, cela veut dire que beaucoup de données peuvent ne pas être inscrites,même dans ces données-là.
Moi, des données que j’ai me disent simplement que le déficit de ce gouvernement l’année passée a plutôt légèrement augmenté, ce qui s’explique par l’importance des investissements faits, dans le domaine militaire. Donc il n’y a rien de grave à cela…
I.S. : vous pouvez expliquer s’il vous plaît le déficit budgétaire, est-ce que vous pouvez l’expliquer en deux mots avant qu’on aille dans le vif du sujet ?
Y.E.A : Le déficit budgétaire est très simple, toutes les recettes que le gouvernement a pu faire, les recettes fiscales, s’ils ont des domaines qu’ils ont vendu, s’ils ont fait des entreprises publiques qui rapportent de l’argent, tout ceci additionné plus les impôts que payent les gens, tout ça c’est plus, plus, plus, plus, au niveau des recettes…, et en face toutes les dépenses que ce même gouvernement a fait, s’il a fait des routes, s’il a créé un hôpital, s’il a remboursé la sécurité sociale, s’il a créé des écoles…, toutes les dépenses, donc le plus c’est les recettes, le moins les dépenses, le total de cela si vous êtes en équilibre, c’est bon, si vous n’êtes pas en équilibre, si vous êtes en moins, c’est un déficit.
On parle donc le déficit de l’Etat, mais ce déficit ce n'est rien de grave vous pouvez le remonter sur des années à venir. Vous avez généralement des institutions qui sont spécialisées pour vous donner justement un peu d’argent pour vous permettre de continuer et si vous réduisez l’année d’après alors ce déficit va diminuer petit à petit.
Justement, le Fonds Monétaire International a dit et a prévu pour le Mali qu’en 2022, ce déficit budgétaire va s’améliorer, pour deux ou trois grandes raisons. D’abord parce que, en fait, le taux de croissance restera élevé au Mali, je n’ai pas le chiffre exact devant moi, mais ce sera essentiellement dû au fait qu’il y aura beaucoup plus d’exportations, donc vous voyez on revient à la notion de renseignement, on revient à la notion de partenaires.
S’il n’y a pas de problème agricole notamment lié au climat, trop de sècheresse par exemple ou aléas climatiques, ou des choses comme cela, le coton, l’or, tout ce qui est agricole notamment les mangues devraient bien s’exporter. Là où le Mali va avoir des problèmes, c’est que le Mali est un pays enclavé et n’a pas justement tout ce qui touche à l’énergie notamment le gaz, l’essence, le kérosène, cela par contre va augmenter. Donc entre les exportations et les importations il se peut que cela ne s’équilibre pas tout à fait.
Je pense que le Mali devrait négocier tout l’apport en énergie avec les pays arabes pour avoir taux beaucoup plus basen deçà du prix moyen mondial du baril de pétrole par exemple. Il y a aussi leproblème des dépenses du gouvernement. Tous ces éléments de déficit, sur le fond n’est pas grave. Pour être simple ce sont des découverts, mais du gouvernement, au lieu d’être des découverts du privé ce sont des découverts du gouvernement. Par contre il faut que l’année d’après ce gouvernement travaille mieux pour que ce déficit diminue, pour arriver à l’équilibre, voire même en fait positif.Connaissant les réserves du Mali, dans les trois ans à venir, le Mali doit certainement, peut-être même avant la fin de la transition, repasser complètement dans le côté positif.
I.S. : Oui, justement, les ressources du Mali est-ce qu’on peut en parler un peu ? La carte que nous avons du Mali, la carte en termes de ressources est-ce qu’aujourd’hui vous en savez un petit peu, parce que nous avons appris effectivement qu’il y a des cartes satellitaires qui peuvent être données à nos Etats, avec ces cartes là on peut savoir si nous avons des ressources minières ou pas. Alors est-ce que vous en savez un petit peu sur ces ressources-là ?
Y.E.A : Disons que vous entrez dans un domaine un peu confidentiel, sauf que d’abord les cartes ne se donnent pas, ça s’achète – d’accord – même si vous voulez payer ceux qui détiennent des images satellitaires peuvent aussi refuser de vous donner l’information et de vous donner la carte.
Qui sont ceux qui détiennent çà ? ceux qui détiennent les satellites, donc les grands pays industrialisés, essentiellement les Etats-Unis, la France, l’Europe en général, la Russie bien sûr et la Chine.
Donc il s’agit pour le gouvernement de se rapprocher de son partenaire actuel la Russie, qu’on lui demande si parmi les images satellitaires qu’il a, il n’y en a pas seulement pour les besoins militaires contre les terroristes, mais d’autres images spécialisées d’ailleurs qui permettent de lire mieux le sous-sol.
Non-seulement, là on parle de matières premières, mais vous savez que l’eau, rien que l’eau, c’est une matière première fondamentale dans un pays où il y a le désert, dans un pays sahélien. Donc rien que déjà de retrouver plusieurs nappes phréatiques d’eau potable, c’est une grande réussite pour le Mali.
Donc il faut demander et négocier ce prix avec le partenaire russe ou d’autres, et surtout, surtout, le comparer avec d’autres cartes satellitaires que notamment la France ou d’autres vous ont fournies ou peut-être ne vous ont jamais fournies.
Si l’on vous dit que dans les anciennes cartes, je prends un exemple au hasard, vous n’avez que cinq kilos d’or, et que les nouvelles cartes vous disent que vous en avez cent, la question reste quand-même fondamentale, mais si les autres qui, avant, vous donnaient une carte avec cinq alors qu’il y en avait cent, ou sont passés les 95 ? – absolument – donc vous voyez qu’il y a un problème de fond, tout simplement de confiance avec son partenaire.
Et là nous posons un problème de fond, c’est ce que l’on appelle le dol, c’est-à-dire que vous avez eu une information erronée et il va falloir demander des comptes à celui qui vous a fourni des informations en fait erronées, voire même frauduleuses.
Parce que s’il se trouve que la plupart ce que vous trouvez sur une même carte se trouve justement là ou il y a eu des bagarres de terroristes, la question même est de savoir est-ce qu’il y a vraiment eu des terroristes ? Qui sont ces terroristes, pourquoi ils sont toujours sur des endroits où vous trouvez des matières premières auxquelles le Mali n’a pas accès, parce que le Mali n’avait pas accès à une partie de son territoire.
Ces parties du territoire où l’on n’avait pas accès, si jamais, on trouve beaucoup de matières premières, notamment des métaux rares, notamment l’or, ou bien d’autres choses encore, vous pouvez comprendre que l’appétit des uns et des autres a fait que l’on ne voulait pas que le Mali, le gouvernement malien s’en rende compte.
Cela pose même le problème des anciens gouvernements, comment eux pouvaient-ils avoir accepté cela ? Les deux ou trois derniers régimes maliens comment ont-ils pu accepter cela ? Est-ce qu’ils étaient sous pression ? Est-ce qu’il y avait de l’ingérence ? cela pose beaucoup de problèmes.
D’ailleurs cela va clarifier la situation entre la France et le Mali, parce que, aujourd’hui, c’est le manque de transparence qui pose problème. Mais quand la transparence va venir, notamment sur le renseignement, sur les images satellitaires, je pense que la France va venir à de meilleurs sentiments et discuter avec le Mali. D’ailleurs si Air France revient déjà unilatéralement je vous dis que c’est déjà une très, très bonne piste, et un bon signal, que le gouvernement français ne va pas tarder.
I.S. : et Air Burkina qui ne vient plus, Air Sénégal, Air Côte d’Ivoire, qui ne viennent plus ?
Y.E.A : Les petits pays, vous savez qu’ils sont tous pour la plupart assez dépendants des directives françaises, donc ils vont attendre la décision politique. S’ils ont le courage alors qu’ils viennent là !
Mais il faut voir aussi comment fonctionnent la plupart de ces compagnies aussi, les niveaux d’endettement les niveaux de ceci et cela dépendent beaucoup les services après-vente, des pièces détachées, les équipements, la maintenance dépend beaucoup de la France. Donc ils sont un peu obligés d’accepter – cette situation – voilà, donc je pense qu’il ne faut pas trop se faire d’idées, il faut donner un petit peu de temps au temps, les négociations sont en cours, je pense que cela va se résoudre.
25:51 I.S. : Dr Yves Ekoué Amaïzo, merci beaucoup pour votre disponibilité, Économiste, Directeur du Think Tank Afrocentricity. Merci beaucoup Docteur.