Le texte de Fodé Roland Diagne est suivi de quelques commentaires sur les nuances de la concordance des temps.
ÉLECTION DE LULA AU BRESIL
UNE ÉTAPE POUR L'UNITÉ DES RÉSISTANCES SOCIALES
ET NATIONALES A LA RE-MONDIALISATION CAPITALISTE ?
Fodé Roland Diagne, octobre 2002
Mettant fin à la succession des gouvernements libéraux depuis 1990, le peuple brésilien vient de porter Luiz Inàcio Lula da Silva du Parti des Travailleurs à la présidence de la République. Lula est le symbole politique du Forum social de Porto Alegre, de la lutte des paysans sans terre, des syndicats ouvriers qu’il a dirigé dans les années 70/80, de l’implication des milieux populaires dans la « gestion participative » à l’administration de Municipalités, de l’exigence de l’annulation de la dette, etc. Mais ce symbole résistera-t-il conséquemment à l’épreuve du pouvoir ou n’est-ce pas là une nouvelle étape pour frayer la voie à l’alternative ouvrière, populaire et anti-impérialiste ?
Le Brésil, dixième pays le plus riche, mais dont le peuple est si pauvre !
De par son Produit Intérieur Brut (PIB) le Brésil fait partie du G 20, c’est-à-dire les 20 pays les plus riches du monde. Des décennies de dictatures militaires ont cédé la place, à partir de 1985, à des coalitions civiles libérales et social-démocrates chargées d’exécuter les politiques décidées à Washington, Londres, Paris, Bonn et Tokyo. La crise de la dette commencée en 79/80 va précipiter le Brésil comme la plupart des pays du tiers monde dans l’ornière des plans d’ajustement structurel dictés par le FMI et la BM.
Les conséquences de cette mainmise des institutions de Bretton Woods sont éloquentes : « La crise financière … a entraîné 2 emprunts au FMI – l’un de 10 milliards de dollars (plus de 6 mille milliards de francs CFA), l’autre de 30 milliards de dollars (plus de 19 mille milliards de francs CFA) (…) le service de la dette publique représente plus de 32,7 milliards d’euros par an. En 2002, 2003, et 2004, le Brésil aura besoin de 1,02 milliards d’euros (plus de 669 milliards de francs CFA) par semaine pour financer l’amortissement d’une dette extérieure de 30,6 milliards d’euros et d’un déficit du compte courant de 20,4 milliards d’euros (plus de 13 mille milliards de francs CFA), alors que jusque-là, les flux s’élevaient à 20,4 milliards d’euros par an ». Les politiques libérales imposées par le diktat du FMI et de la BM font que « les dépenses d’éducation (qui) représentaient 20,3% des recettes courantes en 1995, ne comptent plus que pour 8,9% en 2000 ; le paiement des intérêts de la dette, qui absorbait 24,9% des recettes, en détourne aujourd’hui 55,1% ». Sur le plan social « si en 1991, 53,7% des travailleurs avaient pris pied dans l’économie formelle et accédé aux droits que confère un contrat de travail, ils ne sont plus que 45% en 2000. Les 55% restants s’activent dans l’économie parallèle » (Le Monde Diplomatique, octobre 2002).
Le Brésil est devenu de ce fait un concentré explosif de terribles maux sociaux engendrés par le capitalisme en crise : chômage généralisé et chronique, misère endémique, narcotrafic, trafic d’organes humains, d’enfants, maladies, violences urbaines, escadrons de la mort véritables milices des riches, foisonnement des sectes religieuses, etc. En outre, la discrimination raciale, dont la source réside dans l’esclavage et la traite des noirs, perdurent fortement amplifiée par la crise économique et sociale : les noirs forment 45% de la population, mais constituent 65% des 30 millions de brésiliens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Lula devra choisir de satisfaire la bourgeoisie ou les travailleurs
Le Parti des Travailleurs (PT) de Lula vient historiquement de la conjonction de deux forces sociales : à la fois le mouvement syndical - Lula a été dirigeant de la Centrale Unique des Travailleurs (CUT) du Brésil dans les années 70/80 - et le Mouvement des Paysans Sans Terre (MST) apparu dans les années 80. Mais, après trois échecs aux présidentielles de 1989, 1994 et 1998, Lula s’est peu à peu éloigné des luttes et revendications radicales des ouvriers et des paysans sans terre. Lula a ainsi peu à peu troqué son alliance politique avec les forces sociales ouvrières et paysannes contre une alliance avec des sections nationalistes de la bourgeoisie brésilienne représentée par le parti libéral de José Alencar. Le projet de Lula est un « partenariat entre syndicats ouvriers, mouvements paysans et patrons », pacte social entre le capital et le travail qu’il a expérimenté dans la gestion municipale en utilisant « la transparence et la démocratie participative ». Dans un Brésil où le cancer de la corruption, de la gabegie, du népotisme gangrène toute la classe politique, de la droite libérale à la social-démocratie officielle, la « démocratie participative » modélisée par le Forum social de Porto Alegre est en effet objectivement un progrès. L’alliance du PT de Lula et une fraction importante de la bourgeoisie brésilienne a conduit le PT et Lula à présenter « un programme dont la dominante est la consolidation du marché intérieur. Si davantage de gens voient leur salaire augmenter, ils pourront acheter mes produits…j’applaudis Lula lorsqu’il dit que le pays doit accomplir des progrès afin d’être en mesure de limiter les importations » commente un directeur d’une société d’informatique de l’Etat de Rio de Janeiro. En effet, des fractions plus ou moins importantes de la bourgeoisie nationale dans les pays opprimés sont confrontées au choix entre la soumission ou la résistance face aux exigences prédatrices de l’impérialisme en crise, mais aujourd’hui totalement libéré par la mise à mort temporaire du socialisme, de l’URSS.
Agrandissement : Illustration 2
L’élection de Lula inquiète l’impérialisme US
Dans le journal ouvrier et populaire Québécois l’Aut’Journal, on peut lire les déclarations suivantes d'Alan Greenspan, président de la Réserve Fédérale des USA : « Le problème du Brésil est à 100% politique ». L’un des patrons brésiliens très lié aux milieux du FMI et de la BM devait ajouter : « Le capital a peur, les capitaux étrangers vont fuir ». Même si Lula a cessé de critiquer le FMI, la BM et l’ALCA (aire de libre commerce) imposée par les USA faisant du Brésil « un marché ouvert » aux capitaux US, le New York Times, journal des milliardaires américains, criait à « la menace d’effondrement de la 10ème économie du monde avec sa dette de 264 milliards de dollars (plus de 173 mille milliards de francs CFA) (le double de l’Argentine) » (Courrier International, 31 octobre au 06 novembre 02). C’est à un véritable délire que se livrent certains milieux impérialistes des USA face à la victoire de Lula. Un ex-conseiller de Ronald Reagan écrit dans le Washington Times : « Une nouvelle menace terroriste constituée d’armes nucléaires et de missiles balistiques peut provenir d’un axe qui comprend Cuba de Fidel Castro, le régime d’Hugo Chavez au Venezuela et le président gauchiste du Brésil, qui tous entretiennent des liens avec l’Iran, l’Irak et la Chine » (C I, op. cité). Le cauchemar des impérialistes est en effet qu’un « axe Castro – Chavez - Da Silva Lula signifierait associer les quarante-trois ans de guerre politique de Fidel Castro contre les Etats-Unis avec la richesse pétrolière du Venezuela et avec le potentiel nucléaire-balistique et économique du Brésil ». La pression étatsunienne a même poussé Lula a déclaré lors de la campagne électorale que le PT est « pacifiste et donc opposé à la construction de la bombe atomique de la part du Brésil ou de tout autre Etat » (C I, op. cité). Les impérialistes voient d’un très mauvais œil l’alliance montante possible entre le mouvement anti-globalisation en occident et les résistances nationales montantes dans le tiers monde contre le « nouvel ordre mondial » impérialiste : « M. Da Silva Lula ne fait pas mystère de ses sympathies. C’est un allié de M. Castro depuis plus de vingt-cinq ans. Avec le soutien de M. Castro, il a fondé en 1990 le Forum de Sao Paulo, un sommet annuel qui rassemble des organisations communistes et autres groupes radicaux et terroristes d’Amérique latine, d’Europe et du Moyen-Orient. Ces sommets ont servi à coordonner et à planifier les activités terroristes et politiques dans le monde et contre les Etats-Unis » (C I, op. cité). Le Brésil de Lula est a ajouté manifestement dans « l’axe du mal » dixit Washington.
Lénine avait déjà analysé que l’impérialisme est l’ère du « maintien artificiel du capitalisme à l’aide de colonies, de monopoles, de privilèges et d’oppression nationale ». Cette tendance fondamentale pousse l’impérialisme à attaquer le droit à la souveraineté nationale, à l’indépendance nationale des peuples. En effet, le « nouvel ordre mondial » des USA laisse peu de choix aux différentes sections de la bourgeoisie nationale des pays opprimés : ou capituler et se mettre aux ordres des maîtres impérialistes ou en revenir, jusqu’à un certain point tout au moins, à la défense de l’intérêt national. Nous sommes loin de l’utilisation par les bourgeoisies nationales de l’opposition entre le capitalisme et le socialisme, les USA et l’URSS comme cela se faisait parfois durant la période du monde bipolaire. L’élection de Lula au Brésil est partie prenante de la montée de cette résistance nationale. Dans ce contexte, la montée parallèle des contradictions inter-impérialistes peut être utilisée jusqu’à un certain point pour résister dans un contexte où le rapport des forces est largement favorable à l’impérialisme.
Pour l’unité de la résistance au Nord et au Sud contre le « nouvel ordre mondial » impérialiste
Ainsi l’élection de Lula participe du mouvement de plus en plus perceptible de contestation du « nouvel ordre mondial » impérialiste, notamment l’hégémonisme américain. Les résistances sociales et nationales momentanément tétanisées par la chute du mur de Berlin, la défaite du socialisme, de l’URSS, ont commencé à se relever en particulier contre les conséquences économiques, sociales, écologiques et antinationales catastrophiques. Le mouvement anti-mondialisation, qui a réussi à organiser des contre-manifestations massives à tous les sommets des impérialistes depuis Seattle, doit développer le rapprochement et la solidarité internationaliste avec les résistances nationales des Etats et des peuples sous domination impérialiste. Ces résistances prennent de multiples formes :
- Les impérialistes ont pensé que les régimes socialistes restants s’effondreraient mais les dirigeants de ces pays, notamment cubains et nord-coréens, sont restés liés aux masses et préservent leur indépendance nationale.
- De même des dirigeants confrontés aux agressions coloniales des impérialistes ont pris le chemin de la résistance nationale. C’est la voie prise par Slobodan Milosevic qui continue de défier les impérialistes au TPI et retourne ce procès en procès de l'impérialisme. La politique de Mugabe de remise des terres des fermiers blancs aux noirs au Zimbabwe fait partie de ce mouvement. Le sommet de Johannesburg a été une tribune pour dénoncer l’esclavage comme crime contre l’humanité, exiger des réparations et le sionisme comme une des pires formes du raciste. A Johannesburg, A. Wade s’est situé ouvertement dans le camp de la soumission aux impérialistes.
- La guerre contre la Yougoslavie a provoqué une nouvelle forme d’opposition. En effet, cette agression a montré que les impérialistes s’apprêtent à balkaniser tous les pays multinationaux (la quasi-totalité des pays) ce qui provoque un mouvement d’opposition chez de nombreux gouvernements (russes, chinois, brésiliens, indiens...), expression de la montée de l’opposition à l’hégémonisme américain au sein des peuples, y compris donc même parmi les plus liés aux impérialistes en général et aux Etats-Unis en particulier.
- La résistance se fraye un chemin chez de plus en plus de peuples. Des luttes armées progressistes se poursuivent aux Philippines, au Népal... et en Colombie sous la direction des FARC pour ne citer que ces exemples.
- La résistance la plus symbolique est la nouvelle Intifada des Palestiniens qui montre à tous les peuples du monde qu’un peuple uni même très faiblement armé peut s’opposer à une armée sioniste qui a le soutien inconditionnel des USA.
- Le régime irakien et son peuple continue à s’opposer courageusement au diktat des Etats-Unis, à l’embargo qui y a fait plus d’un million de morts et à la guerre d’agression en préparation.
- Le processus en cours de la recolonisation fait cohabiter à la fois les « marécages de l’histoire» (le génocide au Rwanda, la guerre d’occupation réactionnaire du Rwanda et de l’Ouganda soutenue par les impérialistes Yankees au Congo de Lumumba et de Mulélé, la menace intégriste islamiste en Algérie et la guerre civile réactionnaire qui menace de faire imploser la Cote d’Ivoire) et les résistances sociales et nationales montantes multiples et diverses.
- Les rivalités intestines entre les impérialistes pour le profit maximum les poussent à mener des politiques de plus en plus réactionnaires que ce soit au niveau social, démocratique, national et provoquent progressivement en cela de plus en plus de résistances.
- Les forces révolutionnaires et anti-impérialistes conséquentes doivent participer aux mobilisations populaires et nationales pour contribuer à affaiblir les impérialistes et préparer ainsi l’avènement de véritables alternatives ouvrières et populaires.
Fodé Roland Diagne
Octobre 2002 (la suite à venir)
BRESIL 2002-2022 : CONCORDANCE DES TEMPS : QUELQUES NUANCES !
François Fabregat
Luiz Inácio Lula da Silva a donc a remporté le premier tour de l’élection présidentielle avec plus de 48 % des voix, mais l’élection escomptée dès le premier tout n’a pas eu lieu, l’électorat de Jair Messias Bolsonaro ayant fait preuve d’une résistance plus importante que prévu. Les deux candidats se retrouveront le 30 octobre, lors du scrutin qui décidera si le Brésil décide de refermer la double parenthèse néo fasciste et néolibérale.
VICTOIRE PROGRESSISTE, MAIS DROITE ET EXTREME DROITE FORTES EN EMBUSCADE
Si le résultat de Luiz Inácio Lula da Silva fut conforme aux attentes, avec plus de 48,4 % des voix, J. Bolsonaro n'a pas pu être délogé dès le premier tour du Palácio do Planalto dépassant toutes les prévisions et obtenant 43,2 % des voix, grâce à une sorte de rébellion électorale de ses électeurs à l’encontre des sondages qui le donnaient partant dès le premier tour. Le bolsonarisme est donc un mouvement coriace et qui a encore du répondant.
Lula, qui fut président du Brésil de 2003 à 2011 est donc revenu en 2022 avec force au premier plan de la scène politique, après avoir été victime en 2018 d’une cabale judiciaire qui lui a valu de passer 580 jours en prison avant d’être blanchi et lavé de toutes les accusations. par la Cour Suprême du Brésil. Il est aujourd’hui avéré que cette instrumentalisation abusive de la justice brésilienne n’avait d’autre objet que d'empêcher Lula de se représenter à l’élection présidentielle[i]. Cela avait permis à l’extrême-droite d’accéder au pouvoir avec l’élection de J. Bolsonaro qui durant les vingt années où il fut député, a toujours ouvertement affiché son positionnement politique d’extrême-droite, de surcroit négationniste, illustré par sa réfutation des agissements de la dictature des années1980.
Dès son accession au pouvoir en 2019, J. Bolsonaro se comporte davantage en idéologue qu’en président de la République. Il se fait le chantre et structure une idéologie dépeinte par le quadriptyque « Dieu – famille – patrie – liberté » destinée à durer, qui relève davantage d’un catéchisme que d’un programme gouvernemental. Dans cette veine il a été permis d’observer durant les quatre dernières années combien la prégnance des églises évangéliques a prospéré au Brésil, pays marqué par une forte croyance dans lequel leur représentation est très forte et qui influencerait plus de 30% du corps électoral. Durant les quatre ans de son mandat s'est révélé le vrai visage de J. Bolsonaro, arrogant, raciste, homophobe, irrespectueux de ses semblables comme des institutions de son pays, habité par une sorte de mission christique, s’adressant à ses partisans comme les pasteurs des églises évangéliques s’adressent à leurs fidèles. Cette stratégie d’appui sur les églises lui a permis de renforcer sa base sur le terrain au plus près des préoccupations et des réalités de la vie des gens, pendant que le Parti des Travailleurs de Lula perdait de sa force militante.
Par ailleurs J. Bolsonaro s’est employé durant son mandat à mépriser les institutions du pays, prônant parfois contre elles une révolte ouverte, telle celle contre la Cour Suprême en mars 2021, lorsque celle-ci annonça son verdict sur la question de l’indépendance du juge Sergio Moro, décida d’annuler la procédure et la libération de Lula. Cette décision rendit fous de rage J. Bolsonaro et son cercle de pouvoir. Il organisa une manifestation de ses partisans et un défilé de chars militaires devant ladite Cour[ii] pour tenter d'impressionner les juges.
Il s’employa également à se libérer des carcans administratifs marqueurs selon lui des gouvernements de gauche. Avec comme conséquence directe sur le plan social la suppression des aides aux plus défavorisés et aux associations. Une manière de confirmer, que l’extrême-droite ne fait bon ménage qu’avec le néolibéralisme le plus pur et dur, contrairement à l’idée fort répandue qu'elle servirait les intérêts du peuple, au sein des milieux populaires qui lui accordent leurs suffrages.
De même J. Bolsonaro a toujours mené une croisade contre les gouvernements de gauche, communiste ou non, de la région, selon lui responsables de la pauvreté et de la faim dans leurs pays, alors même que les chiffres de la pauvreté au Brésil ont battu tous les records sous son mandat.
DES ÉLECTIONS AU PRISME DU NEOFASCISME
La prise en compte de la réalité d’un Parti des Travailleurs en perte d’influence a contraint Lula à faire d’autres choix dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022 pour tenter de chasser l’extrême-droite du pouvoir. Il fait ainsi le pari d’une alliance avec son adversaire de toujours Geraldo Alckmin, ancien chef de 2017 à 2019 du Partido da Social Democracia Brasileira (PSDB)[iii] lui demandant d’être son vice-président et tentant de créer une très large alliance, mais avec comme corollaire un centre de gravité qui s’est quelque peu éloigné de la gauche.
Cela induit une autre question : une fois la victoire éventuellement acquise, l’arc politique duquel émane le « binôme » Lula-Alckmin est-il de nature à permettre l’application d’une politique sociale et économique qui est à la hauteur des aspirations populaires et éloigne durablement l’extrême-droite du pouvoir ?
La présence de l’extrême-droite au pouvoir, incarnée par J. Bolsonaro, rebat quelques peu les données du problème car le PT et la coalition formée par Lula se battent aujourd’hui contre une idéologie de type néofasciste et ses diverses représentations, organisées, structurées, parfois en milices, déterminées dans leurs objectifs, auxquelles les soutiens financiers ne font pas défaut.
Le combat de l’élection présidentielle 2022 est donc rude et d’une tout autre nature que celui des années 2002/2011 lorsque l’on observe que la campagne électorale en cours est partout dans le pays, entachée d'actes de violence, d’agressions, de menaces de mort, et d’assassinats. À une exception près, les victimes sont toujours des militants des partis de gauche et du Parti des Travailleurs. La politologue et directrice du Réseau d'action politique pour le développement durable, Mônica Sodré, estime que « Cela démontre la gravité de la situation. Nous ne pouvons pas négliger le fait que nous avons un chef d'État qui a un discours pro-armes et pro-violence. La manière dont un leader se comporte et la manière dont il s'exprime ont des répercussions sur comment la population reçoit ces discours et se comporte ».
Une situation que J. Bolsonaro, fidèle à sa démarche, traite avec quelque légèreté et un mépris assumé en assimilant les agressions et meurtres politiques à des bagarres de supporters de football.
La clé du problème semble donc être dans la capacité du Parti des travailleurs à déjouer cette violence organisée par le clan au pouvoir en renforçant sa présence dans les quartiers populaires ou par exemple récemment des appartements ont été saccagés parce que les locataires exhibaient le drapeau rouge du PT. Seules, la masse et la force militante peuvent inverser le rapport de forces.
Devant cette situation ou la violence politique atteint le paroxysme, la réponse de Lula avec la création de cette coalition est celle d’un véritable homme d’Etat, pour lutter contre ce néofascisme. Il reste à lui donner un contenu réellement progressiste et social qui permette à l’ensemble de l’électorat du spectre politique qu’incarne cette coalition de s’y retrouver et demain de la soutenir.
Il s’agit donc pour le Parti des travailleurs et ses alliés de créer une dynamique plus active que celle des soutiens de J. Bolsonaro. C’est tout l’enjeu du 30 octobre. Mais cela n’est pas impossible. FF
François Fabregat
17 octobre 2022
Notes
[i] « Le Brésil et le cas Lula da Silva. Radiographie d’un scandale politique », in Arte.tv, 2022, disponible du 30/ 9/2022 au 29/12/2022, accédé le 17 octobre 2022. Voir : https://www.arte.tv/fr/videos/080156-000-A/le-bresil-et-le-cas-lula-da-silva/
[ii] « Le Brésil et le cas Lula da Silva. Radiographie d’un scandale politique », op. cité. Voir vidéo : 01:19:17
[iii] Le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) est un parti politique du Brésil. Il fut, avec les Démocrates, l'un des deux principaux partis d'opposition au Parti des travailleurs (PT), au pouvoir sous les présidences de Luiz Inácio Lula da Silva et de Dilma Rousseff, mais intégra par la suite le gouvernement Temer en devenant allié du Mouvement démocratique brésilien (MDB), à la suite du coup d’état institutionnel qui démit Dilma Rousseff de ses fonctions de présidente de la République du Brésil.