Togo : Bolloré–Gnassingbé, occasion en or pour redorer le blason de la justice

Editorial adressé par la rédaction de Radio Avulete le 24 mars 2021. Nombre d’acteurs et observateurs de la vie socio-politique togolaise trouveraient cette interrogation, à la limite, naïve. Nous ne leur en tiendrons point rigueur car tout semble verrouillé tous azimuts au Togo et ce, depuis des décennies.

Editorial de Radio Avulete

Affaire : Vincent Bolloré a corrompu Faure Gnassingbé : une occasion en or pour la justice togolaise de redorer son blason ?

Togo : Bolloré – Gnassingbé une occasion en or pour redorer le blason de la justice Togo : Bolloré – Gnassingbé une occasion en or pour redorer le blason de la justice

Nombre d’acteurs et observateurs de la vie socio-politique togolaise trouveraient cette interrogation, à la limite, naïve. Nous ne leur en tiendrons point rigueur car tout semble verrouillé tous azimuts au Togo et ce, depuis des décennies. Plusieurs sont celles et ceux qui pensent que rien ne pourra plus changer sur la Terre de nos Aïeux car tout a été essayé ; le contraire relèverait du miracle.

La minorité pilleuse et son chef ont consenti à maintes reprises que le 3e pouvoir togolais – le judiciaire – était dans un état déplorable. Ses acteurs seraient embourbés ou parties prenantes de la corruption permanente à ciel ouvert – pour ne pas dire institutionnelle, tels tous les rouages de l’appareil judiciaire étant infectés – que connaît notre justice.

C’est fort de ce constat, de cette réalité piteuse, que l’Etat togolais avait fait appel à ses principaux bailleurs de fonds, l’Union Européenne en pole position, pour l’aider à assainir et moderniser sa Justice. Des milliards de nos francs ont été investis dans ce qui ressemble à un challenge, tellement la mission part de très très loin ; l’abime étant si profond que peux sont celles et ceux qui en espéraient une quelconque réussite.

Monsieur Akakpovi GAMATHO, Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, dans le cadre de ce travail de réforme de la Justice, avait fait réaliser un « guide des droits et obligations du justiciable » et effectué une tournée nationale pour sa vulgarisation. En août 2018, lors de l’étape de Kpalimé de ladite tournée, le haut magistrat lança à l’endroit de l’assistance, surtout de ses collègues : « Je vous invite à retenir que la vérité doit être pour nous tous qui servons ou sollicitons le service public de la justice, la règle de toutes pensées et actions, la norme de tous les jugements, l’inspiratrice de tous les comportements et décision ».

Oui le 3e pouvoir de la République togolaise est un grand corps malade qui se contente, se plaît et se complaît dans les affaires liées à des conflits fonciers – dont il n’est pas étranger – représentant plus de 80% des cas qu’il connaît. Comment pourrait-il en être autrement quand le sommet de cet appareil, le chantre de la garantie de la constitutionnalité des textes et actes, affichait allègrement et sans la moindre retenue, ni sens de responsabilité, son activisme politique lors des manifestations du parti au pouvoir ou à la dernière cérémonie de prestation de serment de Faure Gnassingbé en 2020 ?

Les faits ont « gravement porté atteinte à l'ordre public économique » et « à la souveraineté du Togo ». C’est avec ces mots forts que la juge Isabelle Prévost-Desprez, qui présidait l’audience, a rejeté le plaider-coupable du milliardaire français et a estimé nécessaire qu’il soit jugé. Lors de la même audience, « La juge a validé la convention judiciaire d'intérêt public visant le groupe Bolloré, qui prévoit une amende de 12 millions d'euros. La société s'est engagée à verser cette amende au Trésor public sous dix jours », peut-on lire sur lepoint.fr.

Autrement-dit, pour une affaire dont les lésés principaux (la République togolaise, le Peuple du Togo et le-s candidat-s triché-s aux élections de 2010) se trouvent au Togo, le trésor français empochera 12 millions d’euros parce que la justice française est professionnelle et surtout indépendante. Par cet aveu et l’acception de l’amende par le corrupteur, il va sans dire qu’il y a un corrompu qui n’est autre que Faure Gnassingbé.

Dans un Etat normal, un Etat de droit, Faure Gnassingbé, si le bon sens et le principe de la responsabilité l’habitaient, démissionnerait immédiatement après l’audience judiciaire française. Mais est-ce pour autant que rien ne pourra se faire au Togo dans cette affaire dont les faits sont établis ? C’est une constante qu’il y a eu « atteinte à la souveraineté du Togo ». Qu’attentent les parlementaires togolais pour se saisir de cette affaire d’une si rare gravité ? Leur mission première n’est-ce pas de défendre les intérêts supérieurs du peuple souverain ? L’article 129 de notre Constitution ne vous dit-il rien ? Messieurs les élus, démontrez-nous que vous n’êtes pas des « nommés » du prince.

En dehors des députés, le 3e pouvoir togolais doit être interpellé au plus haut point par cette affaire. Le dossier lui est servi sur un plateau d’or ; les investigations sont faites et les faits sont établis par l’aveu du corrupteur et consorts. Il y a un usurpateur fraudeur à votre tête en qualité de premier magistrat du pays. Il a faussé le jeu démocratique en 2010 – forfaiture que vous aviez validée – fait qualifiable de « haute trahison » conformément à l’article 127 de la Constitution togolaise. Aussi y a-t-il assez d’éléments pour dénoncer le fameux contrat de concession au groupe Bolloré ; et cela vaut autant pour vous que pour Messieurs les députés.

Dans l’émission « Appel sur l’actualité » de RFI ayant suivi l’audience française, la question concernant le Togo était : « Y a-t-il un juge togolais suffisamment courageux pour recevoir et instruire une plainte contre Faure ? »

Seriez-vous déjà défaitistes, sans avoir ne serait-ce que tenter d’essayer, comme le prédit sans ambages le politologue togolais, Madji Diabakaté, qui a déclaré : « Il n’y aura pas de retombées réelles en Afrique de cette affaire parce que ceux qui peuvent prendre des actions contre de telles pratiques, malheureusement sont ceux qui sont aujourd’hui les corrompus » ? Cet avis fut d’ailleurs partagé par l’opposant guinéen, Rafiou Sow. Il faut rappeler que Vincent Bolloré a usé du même procédé en Guinée aussi en faveur d’Alpha Condé. [NDLR- Le cas de la Guinée n’a pas été retenu par les juges d’instruction au motif de la prescription des faits.]

Messieurs les Magistrats togolais, vous avez toujours fait montre d’un zèle inouï, été intraitables sur différentes « affaires » dites d’atteinte à la souveraineté ou la sûreté nationale. Le député Kpatcha Gnassingbé, le commandant Olivier Amah, le docteur Antoine Randolph, les détenus dans l’affaire dite « Tiger Revolution », etc., voilà des exemples de citoyens ayant connu votre foudre.

Il y a péril en la demeure ! Faites-nous goûter à la réalité du principe cardinal de la séparation des pouvoirs et soyez à la hauteur. Faites vivre l’article 127 de la Constitution qui vous donne cette compétence.

Rectifiez votre tir malheureux de 2010 au risque d’être définitivement des complices assumés. Vos collègues français vous ont balisé le chemin et sauront vous offrir une franche collaboration. Et le Peuple du Togo sait récompenser ses vrais serviteurs et protecteurs.

La Rédaction de FSA Avulete

24 mars 2021

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