Burkina-Faso - Conférence de J-L Mélenchon, questions et réponses à l’auditoire

Le mercredi 21 juillet 2021, à l’issue de l’exposé présenté lors de sa conférence « Y a-t-il un avenir en commun pour la francophonie », à l’université Ki-Zerbo de Ouagadougou, Jean-Luc Mélenchon, a répondu sans détour aux questions posées par un auditoire très nombreux et attentionné, dont nous publions la transcription intégrale.

Jean-Luc Mélenchon à l'écoute des questions des étudiants de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, après son exposé, le mercredi 21 juillet 2021 Jean-Luc Mélenchon à l'écoute des questions des étudiants de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, après son exposé, le mercredi 21 juillet 2021

Transcription intégrale effectuée par la rédaction. 

Première série de questions

1ère Question : Ako Tiga Mussa Serge Dao, [NDLR - Pdt du Mouvement Fasokooz : la cause du Faso, @lacausedufaso].  Il a parlé de créolisation et moi je veux ajouter un mot, je parle du mot respect dont il est beaucoup imbibé. Mon pays, nos pays, sont en train d’expérimenter la république et nous avons fait un petit bout de chemin, nous pensons que le moment est venu de définir l’avenir en commun que nous pouvons avoir ensemble. Moi je voudrais que M. Mélenchon fasse le lien avec la communauté française que le général de Gaulle nous avait proposée.

2ème Q : Nous pensons que la francophonie est avant tout une vitrine pour l’expansion de la culture française dont la langue est le principal véhicule. Sachant qu’il n’y a pas de culture, ni même de valeurs universelles, Monsieur le conférencier, comment pensez-vous promouvoir une francophonie universelle en Afrique, sans que cela ne détruise la richesse, ou la riche diversité culturelle africaine.

3ème Q : La question concerne la sécurité au sahel. Quand on veut évaluer le rapport des opérations au sahel en ce qui concerne la Force Barkhane le seul moyen par rapport aux Forces Barkhane, mais résultats satisfaisants de la France au Sahel. Est-ce que les français sont-ils là pour sauver réellement, nous, les sahéliens ?

4ème Q : Merci M. le conférencier. Je voudrais faire savoir au monde entier que nous sommes réellement inspirés de Thomas Sankara. L’impérialisme, le néocolonialisme… Tous les pays colonisés réclament le départ de l’armée française en Afrique et elle persiste d’y rester. Merci

5ème Q : Bonjour, moi je me nomme Rodrigue Kombiano. J’ai deux questions, le mot de créolisation que M. Mélenchon a employé, dans cette histoire de francophonie, si je comprends bien ça s’oppose à l’Anglais, si j’ai bien compris, parce que si l’on doit aller dans une démarche commune et que c’est le français qui doit dominer, alors pourquoi est-ce que la France dans une dynamique, ne va pas quitter l’Euro et ensemble avec les pays francophones africains, on va créer une monnaie commune. Puisque le F CFA mondialement, il n’est pas reconnu comme une monnaie. Dans votre nouvelle démarche de vision de nouvelle francophonie, je pense que cette dimension économique doit être prise en compte. Le second volet de ma question …

Animateur : – s’il vous plait une autre question on va revenir – Il va répondre aux cinq questions et on va revenir dans une deuxième phase.

Ako Tiga Mussa Serge Dao, Président du Mouvement Fasokooz la cause du Faso, interroge Jean-Luc Mélenchon sur le concept de créolisation du monde Ako Tiga Mussa Serge Dao, Président du Mouvement Fasokooz la cause du Faso, interroge Jean-Luc Mélenchon sur le concept de créolisation du monde

Réponses de Jean-Luc Mélenchon

Je vous remercie pour le ton direct, c’est comme ça qu’il faut parler en effet. Je ne suis pas sûr d’avoir bien compris toutes les questions je vais essayer répondre à ce que j’ai compris.

Je ne sais pas comment vous avez lu Hampâté Ba, mais je l’ai lu plutôt comme du travail anticolonialiste

Je vais commencer par ça. Vous dites si j’ai bien compris la langue commune s’oppose à l’anglais. Non, je crains que vous m’ayez mal compris parce que je ne m’oppose à aucune langue. L’anglais est là, il est la langue des affaires, il est la langue de peuples que nous aimons, respectons, qui sont nos voisins, nos amis. Il ne s’agit pas de s’opposer à leur langue, pas plus qu’à n’importe qu’elle autre. Il s’agit de savoir si celle que nous avons en usage commun peut nous servir à quelque chose. Si on décide que non, eh bien non, voilà tout. C’est fini. Ce n’est pas mon avis, mais je comprends qu’on ait cet avis. Mais je demande que ceux qui l’ont, ou qui pensent que la langue commune est seulement une ruse, j’ai entendu le mot tout à l’heure, donc ça en fait des rusés, parce que des écrivains du continent africain, qui écrivent des merveilles, dans la langue commune et qui mettent au défi d’ailleurs les dominants, je ne sais pas comment vous avez lu Hampâté Ba, mais je l’ai lu plutôt comme du travail anticolonialiste, ce n’est pas un compliment qui était fait à la colonisation française ce qu’il raconte. Donc je trouve que ce n’est pas juste de dire, c’est seulement une ruse, parce que qui est le rusé qui a inventé ça ? Que ç’ait été la langue du dominant c’est tout à fait évident, que ç’ait été le véhicule et une forme de contrainte, c’est vrai aussi, on ne va pas dire le contraire. La question qui nous est posée c’est, au moment où on est qu’est-ce qu’on fait ? Mais j’admets que l’on puisse dire, ben on s’en fout, ce n’est pas notre affaire, ici nous parlons cinq langues, nous n’avons pas besoin du français, nous laissons tomber et puis pour faire nos affaires, nous parlerons en Anglais avec nos voisins, d’autant qu’il n’y aura pas trop le choix, ils vont être quatre cent millions en 2050 et vraisemblablement un milliard à la fin du siècle. S’il y a une fin au siècle.

Comprenez bien que je n’y ai aucun intérêt personnel dans cette affaire. A l’instant ou je vous parle, je ne représente pas une puissance dominante qui essaie de vous faire avaler je ne sais quelle pastille. Je dis juste voici notre génération, la vôtre, pas la mienne, votre génération a une question qui lui est posée. Elle peut décider que ce n’est pas son intérêt, que la langue commune est plutôt un handicap, que ça ne sert à rien, ce sera votre décision. Et vous ferez bien comme vous voulez. Personne n’est en état de vous empêcher de faire ce que vous voulez. Je plaide devant vous pour que vous vous appropriiez ce bien commun, parce que mon peuple y trouve son compte, et votre peuple peut y trouver son compte.

C’est donc dans une idée de relation nouvelle de la période de début du XXIe siècle. La France du début du XXIe siècle n’est pas la puissance qu’elle était au début du XXe ou à la fin du XIXe. Nous le savons tous, je n’ai pas de gêne à le reconnaitre, c’est moi qui serais un illuminé si je faisais comme si nous étions cette superpuissance qui, que quoi… ce n’est pas vrai. Mais nous avons des instruments de puissance et ces instruments de puissance il s’agit de les conforter ensemble puisqu’ils nous sont communs par la langue. J’ai dit la science, la technique, etc., etc.

Si vous pensez que vous pouvez parvenir à être souverains, autonomes et indépendants d’une autre manière, eh bien parlons-en. Moi je n’ai pas d’inconvénient. Je plaide pour une langue commune d’opinion et de projet commun. J’ai essayé de montrer comment on pouvait faire et de quoi on parlerait.

Daouda Elegodo s’interroge sur le fait que depuis la colonisation esclavagiste et l’indépendance gaullienne il n’y a pas eu un véritable changement de société Daouda Elegodo s’interroge sur le fait que depuis la colonisation esclavagiste et l’indépendance gaullienne il n’y a pas eu un véritable changement de société

La créolisation, c’est ce petit miracle qui permet de cesser de faire de l’universel une valeur qui s’oppose au singulier et au particulier

La créolisation n’est pas la guerre contre une langue. La créolisation telle que l’a présentée Edouard Glissant, il dit les gens vivent ensemble et dans cette vie commune ils se mettent à partager des manières d’être…, j’ai pris des exemples un peu drôles sur la cuisine, mais ça va beaucoup plus loin, c’est dans les mœurs, dans les manières de vivre, dans les mots qu’on utilise, et qui petit à petit fabriquent une culture commune qui est le résultat de la vie. Et c’est ce petit miracle dont parle le poète Edouard Glissant qui m’intéresse, parce que justement il nous permet de cesser de faire de l’universel une valeur qui s’oppose au singulier et au particulier. Parce que les philosophes, il y en a dans cette salle, les sociologues, les anthropologues, il y en a dans cette salle, savent que telles sont les sociétés humaines. Et que, soit vous êtes dans un rapport de domination les uns sur les autres, domination sociale, domination culturelle, soit dans un rapport de symbiose créolisante.

Que je ne confonds pas avec le métissage, parce que le métissage est d’un ordre plus intime en quelque sorte. Il a sa place mais il n’est pas la condition de la créolisation. La créolisation c’est vous êtes comme vous êtes et puis vous finissez par être quelqu’un d’autre parce que vous vivez autrement avec les autres. Je n’ai rien voulu dire d’autre que ça.

On a parlé à l’instant de monnaie commune. Alors, bon, j’ai apprécié le trait d’humour. Eh bien figurez-vous que je suis pour une monnaie commune mondiale. Mais là-aussi, pas d’enfantillage. Ça ne sert à rien. Il y a une monnaie mondiale, qui est à la disposition d’un empire, l’empire nord-américain, qui peut décider tous les plans de relance qu’il veut, parce qu’il est la seule nation du monde qui échappe à la règle que toutes les autres nations doivent respecter, parce que sinon, nous péririons dans l’hyperinflation, c’est que les États-Unis d’Amérique peuvent émettre autant de dollars qu’ils veulent, sans qu’il y ait une contrepartie matérielle dans la production aux États-Unis d’Amérique. Comme le monde entier utilise le dollar et notamment pour échanger la matière première fondamentale de notre époque qu’et le pétrole, et c’est vrai pour les autres marchandises qui se traitent en dollar, donc les États-Unis d’Amérique peuvent émettre des dollars tant qu’ils veulent, ces dollars circulent et vous les prenez pour argent comptant. Que vaut un dollar, ce que vous croyez que ça vaut.

Parce que en réalité, si on rapportait la masse des dollars à la production des nord-américains, le dollar que vous avez entre les mains, ne vaudrait même pas le papier et l’encre qui sert à l’imprimer. Donc la planète financière est continuellement sous la menace d’un effondrement de cette masse monétaire dont les États-Unis d’Amérique ne publient jamais - alors on le sait quand même, parce que bon, on la sait – combien il y en a, et combien il y en a dans le monde.

Alors, certaines puissances l’on parfaitement compris ce qu’il fallait faire. Alors pendant des années ils ont acheté des titres de dette des États-Unis d’Amérique, c’est la Chine qui a fait ça. Puis c’est la Russie aussi. Enfin tous ceux qui arrivaient sur le marché, pour se faire bien voir, faisaient comme ça. Mais évidemment, au bout d’un moment, si vous mettez toute la production du monde en Chine, le résultat est simple, c’est que ça devient le premier vendeur et le premier acheteur. Le premier vendeur, moi je me rappelle des propos délirants que j’ai entendus et que je combattais à l’époque, ceux qui disaient oui, oui, il n’y a qu’à se partager le travail, alors les chinois feront des ombrelles et nous des ordinateurs.

Eh bien maintenant nous ne faisons même plus des masques en tissu, c’est eux qui les font, en même temps que tous nos ordinateurs. Par conséquence si la première masse productive et le premier acheteur est là, sa monnaie est en état de prendre progressivement le contrôle des circuits financiers. Et les chinois qui avaient empilé des montagnes de titre du Trésor et de dollars des États-Unis d’Amérique, chaque mois, en vendent un petit peu, en achètent un petit peu, un peu plus, etc., et progressivement sont en train d’essayer de se débarrasser, pas trop, de la masse de dollars qu’ils possèdent. La Russie l’a fait avant, il n’y en a plus.

Et puis, quand il y a eu la coalition de BRICS, (Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud, Chine), j’en ai oublié un, l’Inde, eh bien les nord-américains ont sauté au plafond parce que les autres ont dit, bon on commerce entre nous dans nos monnaies nationales. Si vous commercez entre vous dans vos monnaies nationales, vous n’utilisez plus le dollar, ça commence à sentir le souffre pour les États-Unis d’Amérique.

Un étudiant interpelle Jean-Luc Mélenchon : « tous les pays colonisés réclament le départ de l’armée française d’Afrique qui persiste à y rester » Un étudiant interpelle Jean-Luc Mélenchon : « tous les pays colonisés réclament le départ de l’armée française d’Afrique qui persiste à y rester »

Une monnaie commune mondiale qui servirait de référence à toutes les autres permettrait d’établir des taux de change sincères

Donc les chinois ont fait une proposition que pour ma part j’approuve, qui est de former une monnaie commune mondiale qui servirait de référence à toutes les autres et qui permettrait d’établir des taux de change sincères, c’est-à-dire représentatifs de valeurs matérielles produites. Je pense que dans la salle il y a bien quelques théoriciens matérialistes de la monnaie qui peut être acceptent l’explication que je donne. Où ce n’est pas, non, le marché à lui tout seul, qui détermine la valeur d’une monnaie, parce qu’une monnaie n’est pas une chose comme une autre. Elle est forcément l’intermédiaire entre deux valeurs. Réelles et matérielles.

Alors on me dit, M. Mélenchon, les services, c’est réel et matériel. Oui bien sûr les services, c’est réel et matériel. Mais à la fin des fins il faut qu’il y ait une production. Il faut qu’il y ait quelque chose qui soit fait en échange de la monnaie. Par conséquent c’est ça la situation mondiale.

Quand l’Euro s’est créé, les nord-américains n’ont pas vu ça du tout d’un bon œil. Je le dis alors que j’ai émis toutes sortes de critiques sur l’Euro. Cette critique que je formule sur l’Euro c’est un comble, c’est la même que vous sur le CFA. C’est la même ! Vous, vous protestez contre le CFA en disant, ce n’est pas nous qui décidons du taux de change et par conséquent nous ne pouvons pas décider de la masse de CFA que nous mettons en circulation et avec laquelle nous pourrions investir. Et qu’est-ce que c’est une dette, c’est une production à venir. Si vous faites une dette pour du fonctionnement, ou si vous faites une dette, je ne sais pas, pour payer les menus plaisirs des puissants, évidemment à la sortie vous n’avez rien. Mais si vous faites une dette pour construire une voie ferrée, si vous faites une dette pour construire un hôpital, à la fin, vous avez un hôpital, vous avez une voie ferrée. Vous pouvez y mettre des trains dessus et vous pouvez avoir des gens qui circulent, qui payent un passage, enfin bref, une économie réelle qui fonctionne.

La critique que vous faites sur le CFA, moi je la comprends, je la partage d’autant plus que c’est la même que celle que je fais à propos de l’Euro. Je dis, je ne comprends pas pourquoi nous avons inventé, nous les européens, une banque centrale indépendante qui n’a qu’une seule mission, la stabilité de la monnaie. Par conséquent, pour être bien sûrs que c’est stable, ils vissent tant qu’ils peuvent. Ça ne nous empêche pas d’avoir des dettes partout et ils nous obligent partout à l’équilibre. Enfin, on est en train d’appliquer en Europe et pratiquement dans toutes nos économies, tout ce qu’on a d’abord essayé en Afrique. Suppression des services publics, désarmement de l’Etat, etc., etc.

Maintenant c’est notre tour. Alors à notre tour de supprimer des lits d’hôpitaux, fermer des écoles, de couper des voies de chemin de fer, etc., etc., etc., avec les conséquences que tout le monde connait et eux vivent dans une illusion qui vaut largement celle que j’ai pu connaitre dans ma jeunesse à propos du socialisme réel. Mais enfin, eux pensent que le marché va venir remplacer toutes les prestations que jusqu’à présent l’Etat faisait, à vil prix, et ils prétendent que ça va coûter moins cher. Ce qui est naturellement faux, puisque le résultat principal de la concurrence c’est que chacun essaye d’attirer le client vers lui. Et que donc toute prestation est grevée du coût de la publicité, avant même d’avoir commencé.

Je pourrais donner dix exemples qui, pour moi, font du libéralisme une idéologie absurde, ou on suppose que les acteurs économiques sont tous omni sachants et prennent les bonnes décisions. Par exemple je vais avec mon panier, je vais dans une première boutique, j’achète des sardines, parce que là elles valent ce qui me convient, et puis ensuite avec le même panier je m’en vais à l’autre bout de la ville acheter des poireaux parce qu’on m’a dit qu’ils étaient moins chers. Ça n’existe pas ça. Mais ils le savent bien. C’est eux qui ont inventé les supermarchés pour qu’on ait tout au même endroit et au prix qu’ils ont décidé.

Rodrigue Kombiano demande : « pourquoi est-ce que la France ne quitte pas l’Euro et crée une monnaie commune avec les pays francophones africains ? » Rodrigue Kombiano demande : « pourquoi est-ce que la France ne quitte pas l’Euro et crée une monnaie commune avec les pays francophones africains ? »

Je prends ces exemples pour revenir à la monnaie commune. Je suis donc partisan d’une monnaie commune, je suis donc partisan du fait qu’il y ait une souveraineté sur la monnaie et que l’objectif des banques centrales ne soit pas vissé à dire, seulement la stabilité de la monnaie pour avoir la stabilité des prix. C’est tellement intenable, c’est tellement ingérable, qu’après 2008, massivement, toutes les banques centrales, y compris la nôtre, la Banque centrale européenne, à qui parait-il, on ne peut même pas regarder dans les yeux, parce que ce serait une forme d’intimidation, on ne doit pas lui parler, on ne doit rien lui dire. Ils venaient dans les réunions communes, ou il y avait des américains. On se demandait ce qu’ils foutaient là ? Ça ne choque personne quand c’est la crise, quand c’est l’argent qui est en cause, alors là c’est fini, au revoir les règlements.

On a accumulé des montagnes de dettes et puis là on a recommencé avec le Covid. La Dette est un sujet qui était jusqu’à présent un sujet africain, mais qui n’est pas vraiment un sujet. Bien sûr le service de la dette vous saigne, mais le total de la dette sur le continent africain, ce n’est même pas la dette de la France toute seule. Donc c’est un problème éminemment et facilement réglable. Pour nous en Europe, il se trouve que par un règlement complètement absurde, la banque centrale n’a pas le droit d’aider nos économies, mais elle a le droit d’aller dans les banques privées dire, écoutez, on vous rachète les titres de dette des Etats, c’est fou cette histoire. Donc ils ne peuvent pas donner aux Etats, ils ont acheté dans les banques privées. Tant et si bien que nous avons aujourd’hui des montagnes de dettes des Etats qui sont dans les coffres de la Banque centrale, à qui nous payons des intérêts.

Qu’ont-ils fait, qu’ont-ils fait mes amis, quand ça a mal tourné, quand on a failli plonger en récession ? Ben ils ont fait ce qu’il fallait faire, hop, ils ont ouvert tous les robinets, en avant, des sous de tous les côtés. Le banquier central était formidable parce que c’était un italien, assez azimuté le reste du temps. Alors lui a vite compris que l’on était en danger de mort si jamais on continuait comme ça à serrer les écrous. Il a dit à moment donné une thèse de Keynes, qui était un peu, presque une plaisanterie.

Keynes a dit, « si vous voulez être surs de relancer l’économie et que ça ne marche pas, parce que les intermédiaires qui sont chargés de le faire ne le font pas bien … » – vous savez les banques on vous donne des sous vous allez les prêter aux gens, parce que les banques vous savez c’est plus intelligent que vous et moi, donc ils savent exactement au goutte-à-goutte, celui-là oui je lui donne son prêt, celui-là, non, celui-là oui, etc., bref, donc comme c’est un agent vraiment efficace on lui donne tous les pouvoirs,  sauf que les banques sont des agents comme les autres, quand ça va mal ils ont peur et ils ne font rien – donc la Banque centrale européenne a acheté des milliers de titres de dette sans que ça donne rien du tout dans l’économie réelle. Tant et si bien, écoutez bien, que Mario Draghi a dit : « s’il faut à moment donné on fera l’argent hélicoptère ».

Si vous ne savez pas ce qu’est l’argent hélicoptère je vous l’explique. Keynes dit : quand tout est bloqué, vous montez dans un hélicoptère avec un sac de dollars et vous les jetez sur les gens ; parce que tous ceux qui vont les ramasser vont n’avoir qu’une hâte c’est se dépêcher d’aller le dépenser pour qu’on ne le leur reprenne pas. » En disant quoi ? des dollars qui sont tombés du ciel ? c’est une thèse un peu fantastique. Personne n’a jamais fait d’argent hélicoptère, on a connu des gens fuyant en hélicoptère avec des sacs de billets mais on n’en a pas connu qui les jetaient depuis l’hélicoptère sur les gens à qui ils les avaient volés.

Donc nos banques centrales… – (interruption de l’animateur sur la longueur de l’intervention…), oui, mais on explique, j’ai été prof moi, mes collègues me reconnaissent, je vais arrêter ne vous inquiétez pas – Donc d’accord avec vous pour dire il y a nécessité d’une monnaie commune mondiale qui soit une référence solide. Deuxièmement, vous ne m’avez pas posé la question mais j’y réponds quand-même, pour ce qui concerne la transformation du Franc CFA en Eco, et les conditions dans lesquelles cela se fait, je n’ai qu’une réponse à vous faire, débrouillez-vous-en. Parce que moi je suis d’accord avec le résultat. Sauf avec une chose, je ne suis pas d’accord pour que la France soit au bout de la chaine le garant d’une conversion illimitée. Donc si l’on ne doit pas avoir le Franc CFA, j’ai lu toutes sortes de choses sur le sujet, je comprends parfaitement ce qui est en cause, notamment la souveraineté monétaire. Je comprends ça, je ne discute pas ce point-là.

Mais une chose va avec l’autre. Que les impérialistes français se disent nous on a intérêt, quel que soit la monnaie dans laquelle se payent les africains entre eux qu’il y ait une garantie, nous aurons quand même nos sous. Parce que même s’ils font ce qu’ils veulent, de toutes façons à la fin on viendra avec nos francs et la France garantira la conversion en euros. Mais pardon, mais j’ai de l’expérience dans ce domaine, j’ai connu l’Argentine, un peso, un dollar. Résultat, le premier qui avait un peso courait acheter un dollar. Au bout d’un moment il n’y avait plus de dollars. Et donc ceux qui avaient des pesos n’avaient plus rien.

Non je ne fais pas ça. Comme on vous la dit je suis candidat à une élection, si je la gagne je ne ferai pas ça. Si l’on ne doit pas faire une monnaie commune pour le continent, ce que je comprends parfaitement, ce que je suis prêt à admettre immédiatement, parce que je ne vois pas au nom de quoi nous déciderions à votre place de ce qu’il faut faire, je ne suis pas d’accord pour être le Candice ultime. Et je ne sais pas pourquoi la France court après un tel avantage. J’ai demandé aux économistes de ma famille de m’expliquer ça et les explications ne valaient pas un clou, donc je ne vous les sors pas.

Mati interroge Jean-Luc Mélenchon : « comment pensez-vous promouvoir une francophonie universelle en Afrique ? » Mati interroge Jean-Luc Mélenchon : « comment pensez-vous promouvoir une francophonie universelle en Afrique ? »

La force Barkhane :  si vous n’avez pas d’objectif politique connu, alors qu’est-ce que nous faisons là ?

Je finis. La force Barkhane. Non mais, acceptons nos contradictions. Moi j’ai dit en France, dans mon pays, que j’étais contre ce qu’on était en train de faire. Pas contre nos militaires. Aucun homme politique ne peut parler dans son pays contre les militaires de son pays. Vous ne dites pas à des gens allez, allez là-bas, faites ceci, faites cela, mourrez, on a en perdu cinquante, bien plus de morts parmi la population que parmi les soldats français, mais ce n’est pas possible de manquer de respect à ses propres forces armées. Vous ne le feriez pas vous-mêmes. Donc ne me demandez pas de le faire. Je ne le ferai pas.

Cependant depuis le début je dis je ne suis pas d’accord. Si vous n’avez pas d’objectif politique connu, alors qu’est-ce que nous faisons là ? C’est exactement la question que vous avez posée. Vous dites est-ce qu’ils sont là pour sauver ? Je pense que, eux pensent que oui, il vaut mieux qu’on leur dise, parce qu’il faut bien que l’action humaine ait un sens. Moi je vous ai dit ce que j’en pensais, je pense que ce n’est pas comme ça qu’on va y arriver. Il faut prendre le problème par un tout autre bout. Et je le prends avec réalisme. Mon intention n’est pas de dire je m’en fous. Ils ont le gouvernement qu’ils veulent et puis s’impose par la force qui veut. Je ne dis pas ça. Mais je dis que ce n’est ni par la violence militaire, ni en se frottant les mains qu’on va régler le problème. Parce que si tout tourne mal, ça tournera mal pour vous et ça tournera mal pour moi, ça tournera mal pour tout le monde. Parce que ne pense pas qu’il y ait des gens dans cette salle qui soient partisans du type de société qu’on voit de dessiner. Mais s’il y en a c’est aussi leur droit et après tout ça se règle dans les élections. Tant que ça se règle dans les élections.

Le départ de l’armée française, mais évidemment, mais quand vous voulez. Parce que la présence de l’armée française, ce n’est pas une décision des généraux français. C’est le pouvoir politique en France qui a décidé, le président de la République était M. Hollande. Et, nous dit-on, peut-être que ce n’est pas vrai, à la demande des autorités de ce pays. Vous pouvez dire elles n’étaient pas légitimes, mais c’est votre affaire, ce n’est pas la nôtre. Comment on fait nous ? On va dire celui-là il est légitime, l’autre il n’est pas légitime ? Alors résultat, ils ont tout légitimé. Et voilà pourquoi on se retrouve à soutenir Idriss Déby, son fils, que sais-je encore, Paul Kagamé, pendant qu’on y est, comme si ce n’était pas un dictateur, et combien d’autres ? Je ne suis pas pour ça. Mais comment fait-on ?

Je vous pose la question presque, à vous, comment fait-on pour régler ce problème ? Moi je ne peux pas le régler. Si j’étais le président de la République française, ce n’est pas moi qui désigne les présidents de la République en Afrique. Les africains se choisissent, alors après je sais une chose, c’est ce que m’a dit mon camarade, pardon, Fru Ndi, c’était un social-démocrate du Cameroun, [NDLR – John Fru Ndi, Fondateur et dirigeant du Front social-démocrate (SDF)], eux ils ont des raisons de se faire des cheveux. Et il me dit, vous autres les européens vous êtes incroyables, vous arrivez, vous nous dites les poissons qu’on a le droit de pêcher, la taille des mailles du filet, ça, vous êtes imbattables.  Mais quand on vous dit qu’est-ce que c’est une élection honnête vous regardez au plafond. Vous n’êtes pas capables d’organiser, avec nous un état-civil qui tienne la route ? Fru Ndi, c’est un camerounais, vous n’êtes pas capables d’organiser un état-civil raisonnable et respectable ? Vous n’êtes pas capables d’organiser des vrais bureaux de votes ? avec du vrai matériel ? pour un vote vraiment secret ? un pluralisme respectueux de la diversité des opinions ? Voilà ce qui retiendrait mon attention. Comment vous pouvez dire ça. Mais le reste non. Ça ne sert à rien.

Alors il parait que nous avons des intérêts français. Je l’admets. Mais quels sont-ils ? Il faut le savoir. En quoi sont-ils français ? Il y a des intérêts de M. machin, de M. truc, de telle entreprise, je comprends ça, et puis des fois il faut considérer ça avec bienveillance, mais pas au point d’assujettir la nation et le peuple français, à la défense, par les méthodes qu’on connait, de tels intérêts. Et je n’hésite pas à le dire ici, et je ne suis pas chez moi. 

Madeleine, étudiante, interroge Jean-Luc Mélenchon sur les accords de défense entre la France et certains pays d’Afrique Madeleine, étudiante, interroge Jean-Luc Mélenchon sur les accords de défense entre la France et certains pays d’Afrique

Si nous devons annuler tous les accords de défense avec les Etats africains j’y suis prêt

Donc quand vous me dites l’armée française hors d’Afrique, vous ne rencontrerez pas avec moi quelqu’un qui s’y oppose. Je demande seulement, si je peux me permettre, qu’on réfléchisse à toute la conséquence, ce qui signifie que donc, nous devons annuler tous les accords de défense avec les Etats africains. J’y suis prêt. Tous les accords de défense. Vous voyez vous êtes des jeunes gens cultivés, vous êtes des jeunes gens qui êtes à l’université, vous avez pour vous l’immense avantage du recul, de la documentation, du savoir. Alors il ne faut pas fuir la complexité, il faut au contraire entrer de plain-pied dedans. C’est pourquoi je vous ai dit, moi je ne viens pas diluer les vieux grumeaux des catéchismes antérieurs dans la bouillie du présent. C’est ça qu’on a à affronter. C’est ça que je voulais vous dire de toute la force d’un Insoumis. D’un français qui a partagé la cause de la plupart d’entre vous.

Nous sommes dans un moment très compliqué, et nous avons besoin de trouver une solution qui soit raisonnable. Si vous voulez que l’armée française s’en aille, elle s’en ira. J’en suis certain. Et si ça ne se fait pas, vous aurez de toute façon le dernier mot, vous le savez aussi bien que moi. Tout ça est une perte de temps, un gâchis invraisemblable, c’est contre ça que je me prononce.

C’est pour ça que je viens vous le dire ici. Je pourrais le faire en France, mais vous me direz, ça ne les intéresse pas. Les questions internationales, oh, c’est loin…, et puis ils préfèrent ne pas savoir des fois. Mais vous le savez, les êtres humains sont comme ça. Et vous en connaissez des français, vous savez bien comment ils fonctionnent, c’est mes compatriotes. Alors bon, je me suis dit teins je vais aller au Burkina, parce que là-bas ils vont m’attendre au coin du bois, ils ne me feront pas de cadeau. C’est ce qui se passe, et ça me va. Et comme ça je peux faire des réponses bien carrées. Comme ça tout le monde les entend. Pas ici, au fond vous ne votez pas vous pour moi ni contre moi, mais là-bas. Il faut qu’ils comprennent que j’ai l’intention de le faire, que je suis contre les expéditions militaires sans perspective et sans accord avec personne. Dans un pays où on fait deux putschs sans que personne n’ait rien à dire.

Et mon pays se trouve enchainé à une série de décisions prises par des gens dont on se demande qui les a mandatés pour les prendre. C’est une question pour nous, nous avons cinq mille militaires là-bas, nous avons perdu cinquante militaires déjà. Combien avons-nous cassé autour de nous. Je le sais très bien. Je sais ce qu’est une guerre. Cela n’existe pas les guerres propres. Cela n’existe pas ! Il faut que tout ça s’arrête et pour que ça s’arrête, il faut qu’on en trouve le moyen comme je l’ai dit tout à l’heure. Alors peut-être vous n’avez pas pris de notes mais bon, voilà, j’ai cité un certain nombre de points de passage.

J’ai fini, est-ce que la force barkhane est là pour sauver, je vous garantis que les militaires le croient, moi je pense que ça ne va pas le faire. Alors voilà attendez pardon… sur l’universel je crois que j’ai déjà répondu.

Un auditoire très nombreux et attentionné lors de la conférence de Jean-Luc Mélenchon Un auditoire très nombreux et attentionné lors de la conférence de Jean-Luc Mélenchon

 Deuxième série de questions

6ème Question :  Etudiante Como (?) – Sur la francophonie, c’est la difficulté de cette organisation à créer un attachement de la société civile, telle est ma position. La francophonie semble être décriée comme un héritage du monde colonial. A-t-elle un futur ?

7ème Q : Etudiante Madeleine – Bonsoir, Ma question est de savoir, d’abord il faut dire qu’il a raison, parce qu’en tant que ex-colonie française, nous ne comprenons que le français, sur le marché de l’emploi, si tu ne parles que le français tu n’as pas de chances. Mais pour cela il faudrait que la France montre sa bonne foi, parce que depuis lors elle n’a toujours été que de mauvaise foi avec nous. J’aimerais savoir quand vous aurez l’occasion, si le destin vous permet d’être au pouvoir, vous êtes à l’Assemblée, est-ce que vous comptez, ou bien nous avons des chances que vous annuliez les traités que nos parents ont signés en état de nécessité. Parce qu’après des années d’exploitation et de souffrance ils étaient prêts à tous les accords pour avoir une vie tranquille et une matinée claire. Ils ont signé des accords qui aujourd’hui, c’est vrai que théoriquement, nous sommes indépendants, mais dans la pratique vous savez très bien que nous ne sommes pas indépendants. Et quand vous vous serez au pouvoir, est-ce que vous allez annuler ces accords. Après ça, nous sommes prêts à lutter avec vous jusqu’aux tréfonds des océans.

8ème Q : Etudiante Sawadogo – Ma question est la suivante. Nous savons tous que François Compaoré et …. Sont des individus qui sont sous mandat d’arrêt d’une condamnation par la justice de leur pays. Mais ces derniers continuent à se pavaner dans les rues de Paris. Quel est ce que vous allez proposer en tant que député à l’Assemblée Française pour éviter que la France protège ces délinquants sur son sol. Merci.

9ème Q : Etudiant Daouda Elegodo – Honorable député, est-ce que votre exposé politique sur la francophonie, peut convaincre les peuples colonisés, si bien que depuis la colonisation esclavagiste, en passant par la parodie d’indépendance de gaullienne, il n’y a pas eu un véritable changement au sein de la société si ce n’est que des erreurs de temps. Je vous remercie.

10ème Q: Phillipe Arnold alias (inaudible) – [NDLR - secrétaire général, délégué pour l'Afrique de la Fondation Dreyer au Burkina Faso] Bonsoir Monsieur Mélenchon, je vis depuis treize ans au Burkina Faso, et je suis un producteur de Moringa, dont j’espère que Madeleine Sankara, vous a montré toutes les vertus dans son jardin, ma question est très simple, les trois cent millions de francophones que vous évoquez et qui sont régulièrement évoqués, il y a vingt-deux millions de Burkinabés, est-ce que ça correspond à une réalité ? Pour ceux qui vivent et travaillent ici, c’est loin d’être le cas. Et c’est juste une question, on se gausse et aujourd’hui nous avons un secrétaire général anglophone, d’un pays où sept millions de personnes sont considérées comme francophones aussi, parce qu’ils font partie, mais il y a une réalité qui est toute différente. Le nombre de burkinabés qui parlent le français n’est pas aussi nombreux que celui qu’on trouve dans cette salle. Est-ce que ce programme s’adresse à toute la nation burkinabé ou à une partie, une élite et on pourrait le comprendre, pourquoi pas, à une élite qui est composée d’universitaires, d’étudiants, de gens lettrés qui sont largement minoritaires. Donc les trois-cent millions je voudrais, juste pas que ce soit illusoire. Je partage largement les objectifs que vous avez brillamment développés ce soir. Mais cette réalité je trouve qu’on n’en parle pas assez. Le nombre réel des francophones dans les pays dits francophones entre griffes comme on dit ici.

Réponses de Jean-Luc Mélenchon

Donc on est bien d’accord sur le fait, que pour finir, je donne des opinions personnelles. Je préfèrerais être le président de la République française, mais je ne le suis pas et donc je réponds. Je me sens en quelque sorte de plain-pied avec vous. Je n’ai pas de conflictualité. Si j’étais le président de la République française, il faudrait que j’assume la totalité de la politique de mon pays et je le ferais. J’essaierais de corriger, d’entendre, de dire on ne fait plus ci, ça on a eu tort, enfin bref, comme on fait quand on respecte ses interlocuteurs. Je tenais à mettre cette chose là au point parce que sinon on ne se comprend plus. À la fin, je ne vais pas, venant ici payer pour tous les autres, surtout que chez moi je les combats. A la fin si c’est pour me retrouver ici m’entendre reprocher ce que font ceux que je combats c’est un peu douloureux vous le comprenez. Mais ça fait partie de ce que j’ai à faire, et donc je vous réponds à chacun, pour autant que je comprenne bien ce que l’on me demande.

Phillipe Arnold, Secrétaire Général délégué pour l’Afrique de la Fondation Dreyer au Burkina-Faso, après avoir indiqué qu’il partageait les propositions formulées par Jean-Luc Mélenchon selon sa vision d’un d’avenir pour une francophonie nouvelle, s’interroge : « Le nombre de burkinabés qui parlent le français, n’est proportionnellement pas aussi nombreux que celui de cette salle » Phillipe Arnold, Secrétaire Général délégué pour l’Afrique de la Fondation Dreyer au Burkina-Faso, après avoir indiqué qu’il partageait les propositions formulées par Jean-Luc Mélenchon selon sa vision d’un d’avenir pour une francophonie nouvelle, s’interroge : « Le nombre de burkinabés qui parlent le français, n’est proportionnellement pas aussi nombreux que celui de cette salle »

On ne peut pas parler une langue, sans son usage social, il n’y a pas d’expansion de cette langue si elle ne correspond pas à un intérêt général dans la société

Vous avez tout à fait raison quand vous dites sur la langue commune, il faut qu’il y ait des causes d’attachement de la société civile - on dit civile pour dire ceux qui ne sont pas des officiels, je comprends comme ça le message -, de la société à cette langue. Vous avez un million de fois raison. Une langue qui n’existerait que comme un code et c’est la dernière question qui a été posée fonctionne, elle est condamnée à mort. Ce n’est même pas la peine d’en discuter. Au bout d’un moment elle disparait.

Je peux vous donner un exemple de ça. Une fois - après…, J’aime bien mon pays, donc je suis comme tout le monde, quand on en dit du bien je suis content -, je me trouvais à Addis-Abeba et on me dit viens on va visiter la gare SNCF. Pourquoi pas. Après on m’explique que la gare et le directeur de la gare a une place particulière dans la hiérarchie, de l’époque. C’était un peu après la fin disons, quatre, cinq ans, après la fin de Haile Mariam Mengistu, et donc il y avait le nouveau pouvoir en place. Alors je rentre dans cette gare, d’abord elle avait un air terriblement familier, parce que c’est des français qui l’avaient construit, et les français, vous savez comment c’est, enfin à l’époque, donc il y avait un prisme du concours administratif de la construction d’une gare et celui qui gagnait construisait la même gare partout. Donc il y avait là une gare à Addis-Abeba qui se trouvait être la gare de Lons-le-Saunier, dans le Jura, que je connais puisque j’y habitais. J’étais assez surpris. Puis au bout d’un moment on me dit, vous savez M. Mélenchon, ici nous parlons tous français. Comme j’étais fier. Tout le monde parlait français, alors, ceux qui réparaient les machines, ça faisait partie du concours de recrutement.

Et je suis ressorti extrêmement satisfait en me disant, c’est bien nous avons une langue en commun. Et un de mes bons camarades me dit, tu n’as rien compris. Tu ne comprends pas quel est l’enjeu social, c’est que pour pouvoir être employé à la SNCF, il faut parler français. Et donc pour parler français, il faut que déjà dans ta famille on ait parlé français, parce que les gens du commun, ils ne parlent pas français. Donc la langue était devenue en quelque sorte le moyen, d’un privilège on va dire, parce que ce n’était pas des prébendiers, c’est des gens qui faisaient un travail concret et réel.

Donc vous avez tout à fait raison de signaler qu’on ne peut pas parler une langue, sans son usage social, et qu’il n’y a pas d’expansion de cette langue si elle ne correspond pas à un intérêt général dans la société. Donc je suis complètement d’accord avec ce que vous dites et vous avez raison de dire que le chiffre que l’on donne de trois-cent millions, comme celui de sept-cent millions, ils ne sont pas garantis ces deux chiffres. Pourquoi ? Parce qu’il y a d’autres évaluations, moindres, et certaines en donnent plus. Mais je crois que c’est plutôt les moindres qui ont raison. Parce que progressivement l’usage de la langue commune se perd, pour plusieurs raisons.

La première c’est la destruction des systèmes d’éducation, y compris là où l’on enseignait en français, où c’est la langue officielle, il y a trente-neuf états comme ça. Donc comme dans tous ces pays on a appliqué des politiques néolibérales, il y a moins d’enseignement, donc moins de connaissance de la langue commune, etc. Sans que ce soit pour autant un grand progrès de la langue locale que cette amputation. Donc c’est comme ça, première raison et non des moindres. Et il y en a d’autres qui interviennent mais qui ont toutes une origine sociale. Les français ne font pas grand-chose, enfin ce qu’ils peuvent…, mais les budgets vont réduisant, les instituts français sont d’accès de plus en plus difficile.  

Et puis deuxième raison, puisque vous me dites est-ce que c’est une langue réservée à une élite, comprenez la singularité de ma position. C’est que les tarifs universitaires que pratique mon pays, et les méthodes d’attribution du visa, condamnent la langue commune à l’étiolement. Parce que si vous rendez…, le principal avantage d’une langue commune c’est la mobilité qu’elle contient, non-seulement dans les œuvres d’art, dans les choses qu’on consulte, mais aussi du fait de pouvoir parler soi-même. On a pris une décision lamentable et insultante pour les ressortissants francophones des peuples et des nations africaines. Parce qu’avoir augmenté les frais d’inscription comme on l’a fait, doublé d’une politique de restriction des visas aussi absurde que celle qui est faite, eh bien le résultat, voilà, nous l’avons sous les yeux. Moins de gens formés dans notre langue, et, j’ajoute, que ça correspond du coup à une déqualification des élites qui la parlent.

Parce que moins il y a de gens qui parlent la langue commune, moins ceux qui la parlent y ont un intérêt et y voient attachées des possibilités qu’ils avaient jusque-là. C’est pourquoi je parle par exemple de la revue scientifique, il y a toujours des gens qui me disent qu’est-ce que tu viens nous chercher avec ça ? Eh bien, je viens juste vous chercher que si vous ne pouvez figurer que sur des revues anglophones, à quoi bon parler français. A quoi bon parler la langue commune ? Moi aussi, je veux bien apprendre à parler une autre langue. Je parle l’espagnol couramment, quand j’étais gamin on m’a fait apprendre le latin, ça ne sert à rien puisqu’on dit que c’est une langue morte, locueris latine, à qui que je peux dire ça, à personne.

Donc, les conditions sociales de la propagation de la langue commune reculent. Question : pourquoi ? C’est pourquoi je vous disais tout à l’heure si on le prend simplement en disant, la langue commune c’est une arnaque des français pour dominer les autres, bon eh bien n’en parlons plus. Longue vie à la langue de l’impérialisme anglais. Parce que remplacer un impérialisme par un autre ça ne nous mène nulle part. Nulle part. Moi j’entends des gens dire, ah si c’est comme ça, on va faire venir les chinois. Mais faites. Faites, il n’y a pas de problème. Mais en quoi tout ça me concerne ?

Moi je suis contre le néolibéralisme, quelle que soit sa nationalité. Je suis contre l’accumulation et l’exploitation, quelle que soit sa nationalité, y compris si elle est française. Je vous le livre comme un des éléments de réflexion, mais après je suis un grand garçon, je ferai avec ce qu’il y a. Si personne n’en veut, eh bien personne n’en veut. On fera autrement.

Ce serait dommage, c’est ça que je veux vous dire.

Alors après vous dites des choses, je comprends, parce que l’identification à l’histoire ce n’est pas moi qui vais vous la reprocher. Je m’identifie tellement à l’histoire de la grande révolution de 1789, que je comprends que dans d’autres pays on en fasse autant avec les épisodes de l’histoire locale dans lesquels on se reconnait et qui permettent de faire peuple et nation. Nous autres français nous pouvons être français non pas par ce que raconte M. Zemmour et ses sottises, mais tout simplement parce que nous avons un pacte politique, qui bien sûr fonctionne mal, qui n’est jamais respecté, mais enfin il est là, liberté, égalité, fraternité. On peut mettre ça en partage avec la terre entière. C’est pourquoi la République, chez nous, est un horizon qui ne sera jamais atteint. Parce que nous opposerons toujours les principes républicains à la réalité.

Como, étudiante, relève les difficultés de la francophonie, perçue comme un héritage du monde colonial à créer un attachement de la société civile et interroge : « A-t-elle-un-futur ? » Como, étudiante, relève les difficultés de la francophonie, perçue comme un héritage du monde colonial à créer un attachement de la société civile et interroge : « A-t-elle-un-futur ? »

La colonisation n’a rien à voir avec l’idéal républicain.

La colonisation n’a rien à voir avec l’idéal républicain. Mais vous connaissez cette histoire comme moi. Vous savez comment elle s’est décidée ? Personne n’a jamais voté la colonisation au parlement français. Personne. La question est arrivée par surprise, aux alentours des années 1890, parce qu’il s’agissait d’augmenter le budget pour payer des troupes coloniales de plus pour aller en Indochine. Alors pour la première fois, on a discuté de ce qu’on foutait là-bas. Et il y a eu une discussion terrible. Si vous voulez la lire elle est incroyable. C’est là que vous voyez que… l’esprit d’un peuple chemine par mille canaux. C’est Jules Ferry, monument de l’école républicaine laïque et tout…, qui dit que on vient apporter les lumières aux peuples inférieurs.

Stupeur dans la salle. Et c’est un royaliste qui lui dit, mais vous savez où vous êtes, vous ? On est en France ici, pour nous il n’y a pas de peuples supérieurs et de peuples inférieurs. Donc voyez, ça n’aurait pas dû se passer comme ça, mais ça s’est passé. 1895, c’est Bismarck qui convoque tout le monde pour se partager l’Afrique. Ça s’est passé comme ça. Bon, alors je comprends que naturellement vous soyez dans la lutte de décolonisation et que vous y sentiez un ressort qui est intact, à mon avis. Parce que vous n’avez pas tort. Si la colonisation, c’est un process de domination culturelle et économique, eh bien la suite, aussi longtemps que vous n’êtes pas liberté, égalité, fraternité, à 100%, eh bien la lutte continue. La lutte pour l’émancipation.

Il n’y a pas pour moi quoi que ce soit de choquant, même si évidemment c’est mon pays qui colonisait. Mais mon pays, eh, pas moi. Non, mais il faudrait s’en rappeler. Il y a quand même eu un mouvement ouvrier en France, qui pendant des décennies s’est battu contre la colonisation. Il ne faut jamais l’oublier. Ce n’est pas juste sinon. Ce n’est pas juste. Nous avons mené ces luttes, jusqu’au bout. Et encore maintenant.

Assassinat de Thomas Sankara : nous n’avons aucun intérêt à couvrir des crimes. Quel est l’intérêt pour la France ?

On m’a posé la question à propos des assassins de Thomas Sankara. Nous avons déposé -nous venions d’arriver, en octobre 2017 -, une proposition de résolution pour ouvrir toutes les archives sur les assassins de Thomas Sankara. Si, je suis élu, on vous les livrera. Nous n’avons aucun intérêt à couvrir des crimes. Quel est l’intérêt pour la France ? Quel est l’intérêt pour le peuple français ? Qu’est-ce que ça lui donne ? qu’est-ce que ça lui rapporte ? D’encourager d’autres voyous à dire de toutes façons les français vous tireront toujours d’affaire ? Je ne veux pas qu’ils le croient. Je veux que tout le monde se le tienne pour dit. Ces méthodes-là appartiennent à un passé non seulement détestable, mais grossier, inutile, qui ne nous mène nulle part. Bon, voilà c’est dit. Voilà ma réponse sur ces sujets, les assassins doivent être poursuivis et toutes les archives qui sont nécessaires à la justice Burkinabé doivent lui être données. C’est la position des Insoumis, elle n’est pas de circonstance aujourd’hui, elle est depuis le premier jour où nous avons siégé à l’Assemblée nationale, et voilà ce que nous avons fait.

Un étudiant interroge Jean-Luc Mélenchon : « les français sont-ils là vraiment pour sauver les sahéliens ? » Un étudiant interroge Jean-Luc Mélenchon : « les français sont-ils là vraiment pour sauver les sahéliens ? »

Après, je ne trouve pas juste de dire - mais ça vous regarde, vous dites bien ce que vous voulez -, la parodie d’indépendance. Pardon. Mais vos ainés se sont battus pour l’indépendance. Certains en sont morts. Leur mort n’était pas une parodie. C’était une lutte réelle. Thomas Sankara a continué la lutte, et la dernière conférence internationale à laquelle il va, il dit : « s’il n’y a que le Burkina qui refuse de payer la dette, vous ne me reverrez pas l’année prochaine ». Il avait raison. Il s’est battu, ce n’était pas une parodie ça non plus. La lutte est longue. Ne nous déprécions pas. Souvent vous savez j’ai été dans ma folle jeunesse - je ne vois pas pourquoi on dit folle – j’étais un militant de ce que l’on appelle l’extrême-gauche. Eh bien, il y avait une manière de toujours tout décrier, qui était destructrice, qui ne nous menait nulle part.

Alors on disait François Mitterrand il n’a pas fait ci, il n’a pas fait ça, etc., etc. D’accord. Il a juste nationalisé le tiers de l’industrie, toutes les banques, supprimé la peine de mort, etc., etc. Mais ça ne compte pas. Alors ici aussi, pareil, on va dire ça ne compte pas ? La lutte d’indépendance - s’il n’y avait pas eu les luttes d’indépendance et l’indépendance, eh bien les colons seraient toujours là. Ils ne seraient pas partis en disant tiens on a changé d’avis, c’est plus confortable pour nous de nous en aller. Ils seraient toujours là. Les possédants ne vous lâchent jamais. On a continué à faire payer à Haïti, le prix des esclaves libérés, jusqu’en 1982. C’est le gouvernement d’union de la gauche qui a annulé cette dette. Ils auraient pu y penser avant, disant tout compte fait, depuis le temps… Non ! Non ! Ils prenaient et ils prendront encore maintenant.

La lutte pour la décolonisation en effet n’est pas terminée

Donc la lutte pour la décolonisation en effet n’est pas terminée. Mais, ayons l’intelligence de comprendre que dans le moment dans lequel nous sommes les rapports coloniaux ne sont pas ceux du XIXe et du XXe siècles. Que voulez-vous, la domination elle est rentrée dans nos esprits à tous, dans nos mœurs, dans notre intimité, dans nos goûts. La colonisation elle commence quand on forme un goût universel. Nous autres, français, on fait du vin. Alors autrefois, c’était interdit de mettre du vin dans des cuves en aluminium. Eh bien, l’Union européenne a dit, si l’on peut. Ah oui mais ça n’aura pas le même goût a-t-on dit. Eh bien, très bien, mettez des copeaux et du sucre. Il y a quarante ans on coupait les mains des gens qui faisaient ça. Maintenant non, c’est légal. Pourquoi ? Parce qu’il y a un goût universel. Et pareil pour toutes les nourritures.

Je fais partie des gens qui ont le privilège de circuler d’un pays à l’autre et donc de prendre des avions, tous les mêmes, et de descendre dans des hôtels, tous les mêmes. Où nous mangeons tous la même chose, tout le temps, à tous les repas, quel que soit la latitude, quel que soit le pays, quel que soit l’heure. Et ainsi, le nouvel impérialisme, il est entré en nous. On ne sait pas manger autre chose, et dès qu’on nous amène autre chose, nos propres gosses, regardent ça de travers, qu’est-ce que c’est, ce n’est pas bon, etc., etc.

Vous connaissez ça vous aussi, et si vous amenez les produits traditionnels, il faut discuter pendant deux heures, parce que le gamin il préfère la Vache qui Rit, qui  est … bon, très bon… enfin voilà quoi, ou le cube, plein de sel, qui va vous faire crever si vous en prenez tout le temps. Bon, je ne veux pas de problèmes avec les multinationales mais c’est pour dire tout ça. Voilà comment dorénavant la domination se fait sur nous.

Donc, notre lutte, ce n’est pas seulement une lutte contre ceux qui exercent la domination, mais aussi contre les moyens par lesquels cette domination s’exerce et que nous sommes partie prenante de cette domination. C’est pour ça, quand on parle de souveraineté alimentaire, en général tout le monde m’applaudit, bravo, formidable, quelle bonne idée. Mais très bien, faites-le. J’ai vu avec – franchement je repars d’ici je suis glacé –, j’ai vu avec notre amie Blandine Sankara et son associé, en gros ils m’ont montré comment une terre complètement délavée ils ont réussi à en faire quelque chose de fertile. C’est très instructif. Et moi je suis reparti et je me suis dit, mais comment on va faire, nous ? Parce qu’ici, vous avez 80% de la population qui vit à la terre et qui connait le truc, on peut parler, bon… Mais nous ? On a moins de paysans que d’étudiants, il reste deux-cent mille paysans en France, il s’en pend un tous les jours, de misère, de détresse, parce qu’on a installé le modèle agro-industriel qu’on vous propose comme un modèle de réussite.

D’ailleurs après on va me dire, mais M. Mélenchon, qu’est-ce que vous racontez ? Regardez, ils sont entrés sur le marché mondial, cette année ils ont tant des dollars qui viennent de l’agriculture, formidable, hourra, encore ! Mais il y a l’autre colonne qu’on ne voit pas, c’est tout ce que vous ne produirez plus, que vous ne vous payiez pas en dollars entre vous auparavant, tout ça disparait, tout ça est détruit. Donc, combattre veut dire réhabiliter aussi ces produits, ces goûts etc.

C’est pourquoi je vous disais tout à l’heure c’est un processus d’humanisation. Le néolibéralisme est un processus qui déshumanise, parce qu’il réduit l’humanité à quelques goûts sommaires, à quelques comportements, à quelques règles absurdes, la concurrence libre et non faussée, etc., etc.

L’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou L’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou

La francophonie elle a un avenir si elle sert à quelque chose de commun.

C’est pourquoi, simplement, j’ai bien compris, je vais laisser la question ouverte, quelqu’un m’a dit est-ce que la francophonie a un avenir ? Je n’en sais rien, je laisse la question ouverte.

J’ai fait de la philo dans mes études, il y avait une bonne blague qu’on racontait, nous autres, les matérialistes. Il y avait au cinquième siècle avant l’ère commune, un groupe de philosophes qui discutait de la réalité de la réalité, nous en philo c’est comme ça. Donc le sujet était est-ce que la réalité est vraiment la réalité, ou est-ce que c’est seulement un rêve ou une illusion comme dit le poète ? Alors chacun avait son argument, tatati, tatata, et arrive Diogène, le philosophe qui ne respectait rien, avec sa toge. Et on lui dit, et toi – avec un peu de mépris, parce que c’est un sauvage – quel est ton argument ? Alors, il ouvre sa toge, il sort un bâton, il tape tout le monde. Tout le monde a donc eu une conscience aigüe de la réalité de la réalité. Il avait en quelque sorte un argument frappant.

Donc, la francophonie elle a un avenir si elle sert à quelque chose de commun. Si elle ne sert à rien elle ne servira à rien, vous l’aurez perdue, comprenez-vous ? ça ne cessera pas d’être la langue d’un certain nombre d’entre nous, mais vous l’aurez perdue. Alors que nous pouvons être, avec la langue commune, à condition de décider, mais ça ne tombera pas du ciel. Il faut qu’on ait une activité commune. Regardez la puissance des hispanophones. Il doit bien y avoir quand même des gens de gauche dans cette salle qui pensent comme moi. Bon, eh bien toutes les idées de la gauche latino-américaine, qui est le seul endroit du monde où la chaine de l’impérialisme a été rompue, pas en blabla, en réalité. Dans les pires difficultés possibles, et où ils continuent avec courage et héroïsme, comme c’est le cas aujourd’hui à Cuba. Eh bien comment ils ont fait ?

Ils ont partagé. Pourquoi ? Parce qu’ils parlent la même langue, parce qu’ils ont les documents qui circulent entre eux, parce que, ils ont pu généraliser, analyser, comprendre les limites d’une expérience, passer à l’autre, ça on ne le fait pas, c’est de la bêtise, ça on le fait. On arrive à comprendre comment affronter l’impérialisme. Pas l’impérialisme mythique, le vrai ! Celui avec lequel vous avez trois-mille cinq-cents kilomètres de frontière commune, quand vous êtes de président de gauche du Mexique. Et qu’on vous amène des hordes de gens, qui tout d’un coup sont partis de deux ou trois pays, et où les nord-américains s’en servent comme d’une provoc. Heureusement, toute l’Amérique latine s’y est mis. Pourquoi ? Parce tous parlent espagnol. Et partout, dans tous les pays, on a organisé des noyaux de résistance, de propagande, pour bloquer l’initiative que l’empire était en train de prendre.

Je vous en parle avec flamme, parce que pour moi c’est ça l’avenir, c’est cette langue commune. Peut-être que j’ai tort. Peut-être que ça ne se produira pas. Peut-être que les comptes à régler entre nous sont trop importants. Réglez-les, ce n’est plus l’affaire de nos générations en quelque sorte. Mais je suis sûr que c’est un joyau que nous avons dans les mains que cette langue commune. Et elle vous appartient, bon sang de bois, elle n’appartient pas aux populations de l’Europe du Nord, ou du centre qui ne savent qu’en faire.

Elle appartient au continent de la dynamique, c’est à vous, cette histoire-là, et par conséquent, même si nous sommes moins nombreux à être de la langue commune, comme on l’a dit tout à l’heure, deux personnes l’ont dit avec justesse, nous sommes quand-même dans des proportions, incroyablement plus nombreux que nos seuls pays. Voilà ce que je voulais dire.

Qu’est-ce que j‘ai oublié ? Est-ce que nous serons indépendants ? Eh bien ça dépend de quoi ? Dites ce que vous voulez. Vous voulez… FIN de la VIDEO

Auteur: ©Jean-Luc Mélenchon

Source : https://www.youtube.com/watch?v=pcL5-9a8oDw

Traduction : © François Fabregat

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