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Billet de blog 3 oct. 2021

Calais : une catastrophe humanitaire organisée par l’État

L’État crée en ce moment une situation humanitaire catastrophique, afin de dissuader les exilés de venir ou de rester à Calais.

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Mardi 28 septembre, à 6 h du matin, 17 autocars, 21 fourgons de police, 10 voitures et 6 motos de la Police Nationale, 4 vans et 20 voitures de la gendarmerie, ainsi que 3 véhicules de la Police aux Frontières se garent boulevard des Justes, sur le secteur de l’hôpital de Calais. Le périmètre est bouclé. Près de 400 exilés sont expulsés de leurs tentes ou des bâches leur servant d’abris et doivent monter dans le bus, sans pouvoir prendre toutes leurs affaires personnelles. Ces affaires sont emportées et détruites.La plupart des exilés reviennent dans les jours suivants.

La Vie Active, Refugee Community Kitchen, Calais Food Collective/L’Auberge des Migrants et Salam, qui préparent et donnent des repas sont interdits de distribution, malgré l’absence totale de documents légaux écrits. Peu de temps après, la ville interdit tout stationnement sur le boulevard des Justes et sur les trois ronds-points proches, au prétexte de travaux à venir.

La routine ? Non, il s’agit là d’une étape supplémentaire dans la mise en place de dispositifs visant à affamer les exilés. Retour en arrière sur ces mesures : évacuation totale de la zone industrielle des Dunes en juillet 2020 et fermeture du point fixe de distribution de repas de La Vie Active ; arrêté préfectoral d’interdiction de distribution de repas et vivres en centre ville, en septembre 2020, arrêté reconduit depuis ; pose systématique de panneaux d’interdiction de stationner et de blocs de rochers là où les associations humanitaires travaillent, et enlèvement de cuves d’eau par la police courant 2021 ; interdiction de recharge de téléphones. Les expulsions quotidiennes, accompagnées de la destruction de biens – environ 6 000 tentes par exemple en moins d’un an - et de violences policières, ne suffisent plus pour décourager les exilés de venir ou de rester à Calais. Ils et elles sont entre 1 000 et 2 000, tous ces derniers mois, venus ici pour tenter de traverser la Manche, en quête d’une solution pour mettre fin à leur errance.

Ils et elles sont désormais encore plus dans la précarité absolue, les associations ne pouvant que difficilement suivre le rythme des pertes de biens et distribuer assez de tentes, de couvertures et de vêtements pour les remplacer. Les bénévoles témoignent quotidiennement de personnes trempées d’humidité, assoiffées ou affamées.

Très clairement, les autorités cherchent à chasser les exilés en les plongeant dans une situation qui ne peut être décrite que comme une catastrophe humanitaire, une catastrophe intentionnelle, prévue, organisée. C’est le résultat de l’échec total, malgré son coût exorbitant, de la politique des gouvernements français et britanniques : malgré les dispositifs de contrôle sur les ports et à l’entrée du tunnel, les patrouilles de centaines de gendarmes sur le littoral, les expulsions et les violences, les arrestations et mises en détention, les exilés parviennent à passer la frontière. Près de 16 000 personnes l’ont fait en petits bateaux pour les seuls mois de janvier à septembre 2021. L’inhumanité se joint aujourd’hui à la violence et à l’illégalité de la plupart des actions de la police.

En ce début octobre, le retour des intempéries, après le répit d’un mois de septembre relativement ensoleillé, aggrave encore la situation. Les associations, indépendantes de l’état, et bien entendu ne travaillant qu’avec les dons des citoyens, peinent à maintenir un minimum humanitaire, d’autant que le principal pourvoyeur britannique de fonds d’aide aux exilés, Help Refugees/ Choose Love, stoppe actuellement toute aide financière sur Calais, probablement sous la pression des autorités britanniques. Ici, la précarité, voulue, organisée, est source de souffrances et de mort. Il y a quelques jours, deux personnes d’origine kurde ont été victimes de tirs de LBD. Le terme de « guerre contre les exilés et ceux qui les aident » ne paraît pas excessif aujourd’hui. Qui y mettra fin ?

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