16 novembre 2016. Bidonville de Calais : le démantèlement. Le récit heure par heure.

16 novembre 2016. De notre envoyé spécial. Le démantèlement du bidonville de Calais. Le récit heure par heure. Le discours de F. Hollande.

(Le récit heure par heure de notre correspondant, en direct à partir de 6h30)

 

Vers 3 h du matin ce mercredi, dans le vent et la pluie, d’importantes forces de police se sont mises en place autour du camp, interdisant l’accès aux médias, aux bénévoles et aux curieux, empêchant même quelques migrants venus du port ou de la ville, de rejoindre leur abri. C’est ainsi qu’a commencé la plus importante évacuation de camp jamais organisée en France. Il fallait remonter aux rafles des années 1960 ou à celles de1942 pour assister à un tel déploiement de moyens policiers.

L’ arrivée de ces troupes, durant la journée de lundi et de mardi, n’était pas passée inaperçue. Plusieurs convois avaient été signalés sur l’A16 et l’A25, en tout sans doute près de 2 000 hommes, CRS et gendarmes mobiles. Au préalable, de nombreux hôtels, dans le Dunkerquois, l’Audomarois et le Boulonnais, ainsi que trois villages de vacances du Pas de Calais, avaient été réquisitionnés, ce qui était venu confirmer la rumeur de ces derniers jours. Il était clair d’ailleurs, après les récentes déclarations de M. Cazeneuve, et la deuxième manifestation des « forces économiques du Calaisis », le 24 octobre dernier, que l’évacuation du camp était programmée à court terme. Les associations d’aide aux migrants avaient décompté, lors de leur dernier recensement, 8 500 personnes sur le camp, un chiffre en légère diminution sur ceux de fin septembre. La Préfecture en avait annoncé 6 200, dont 1800 abrités dans les conteneurs et le centre Jules Ferry. Les départs en C.A.O. (centres d’accueil et d’orientation) s’étaient accélérés courant octobre, avec 150 partants chaque semaine au lieu d’une centaine en septembre. On se souvient aussi que quelques associations avaient elles-mêmes programmé le 7 novembre leur propre « opération escargot » sur l’A16, pour faire entendre leur parole, manifestation interdite par la Préfecture, contrairement à celles des organisations demandant le démantèlement du camp.

4 h 10 De puissants projecteurs, répartis le long du chemin des Dunes, sur la « bande des 100 m » le long de la route de Gravelines et de la rocade portuaire, sont mis en service, afin de mieux surveiller l’ensemble des abords du camp. Une lumière blanche et crue éclaire le camp, traversée des trainées de pluie. Quelques journalistes, guidés par des humanitaires, ont tenté vers 3 h 30 de pénétrer sur le bidonville par le secteur nord-ouest, un terrain broussailleux et parsemé de fossés emplie d’eau, mais des policiers avaient été disposés sur ce flanc-là également, et ils les ont refoulé. L’ensemble du secteur était bloqué, à 3 ou 400 m des limites du camp, tant rue des Garennes que route Gravelines, côté Calais et côté Marck, ainsi que sur le chemin de terre partant de Jules Ferry vers l’Est.

Depuis 6h30 de nombreux autocars, une centaine peut-être, commencent à se ranger sur la chaussée à l’intérieur de la bande des 100 m, puis sur la rue des Garennes et enfin sur le chemin des Dunes. Des militants et bénévoles des organisations humanitaires se regroupent rue des Garennes, au niveau du bois Dubrulle, à proximité d’un barrage policier, avec des banderoles. L’ambiance est morose. Quelques bénévoles, qui ont décidé de rester dormir sur le camp depuis plusieurs jours, en donnent des informations par téléphone. Une grande partie des réfugiés sont sortis de leur abri. Certains ont décidé, en soulevant les grillages, de se réfugier dans les conteneurs. D’autres tentent de quitter le camp en traversant les propriétés le long du chemin des Dunes puis les champs sur la commune de Marck. Les associations ont distribué ces derniers jours des « nécessaires de survie » : une petite tente, un duvet, une couverture, une polaire, un kit d’hygiène, mais tous n’ont pas pu être servis.

7h15 Trois voitures noires venant de Calais se font ouvrir le barrage chemin de Gravelines, suivies par un fourgon. Les vitres fumées et la faible lumière de l’aube blafarde empêchent de reconnaître les occupants, mais il s’agit sans doute du nouveau préfet et du sous-préfet. Personne ne pense ici que le Ministre sera présent.

7h25 Des confrères du Monde nous signalent que deux drones ont été mis en service par eux-mêmes et le Figaro, afin de prendre des images du camp, et ce malgré l’interdiction formelle transmise aux médias il y a deux semaines.

8h 10. De puissants haut-parleurs, disposés en trois emplacements autour du camp, diffusent un message, apparemment prononcé par le sous-préfet, en français, et traduit en anglais, en pachtou et en tigrinya. Le son nous est transmis par les téléphones des bénévoles du camp. Il s’agit d’un appel au calme, et d’une invitation à monter pacifiquement dans les autocars. Les autorités espèrent sans doute éviter les incidents qui ont éclaté lors de la destruction des abris des Soudanais, entre le CAP (les conteneurs) et Jules Ferry, le 27 septembre dernier. Des bénévoles nous indiquent que, selon leurs estimations, un millier de réfugiés ont quitté le camp ces derniers jours, et qu’il ne reste probablement « que » 5 000 personnes sur le bidonville, en plus de ceux abrités à Jules Ferry et dans le CAP.

8h25 En direct sur France Inter / France Info Mme Bouchard se félicite de l’opération « que nous avons demandée depuis des mois », et que M. Cazeneuve se soit « incliné «  en agissant face au drame que représente pour mes concitoyens l’afflux migratoire à Calais ».

8h30. Le jour est maintenant bien levé. Des photographes et cameramen juchés sur un bâtiment d’une entreprise chimique indiquent que les réfugiés ne semblent pas bouger, ce qui est confirmé par des occupants du camp et par les images d’un des drones.

8h50 Plusieurs centaines de CRS et gendarmes mobiles sortent de leurs fourgons, avec leur harnachement, et s’alignent le long de la rue des Garennes et de la route de Gravelines. Ils marchent vers le camp. Le Ministère de l’Intérieur, sollicité par les médias, indique qu’une déclaration sera faite en cours de journée.

9h20. Marchant derrière trois camions lanceurs d’eau et deux bulldozers, les forces de police pénètrent sur la zone des 100 m. Leurs collègues, alignés en une file tout autour du camp depuis 4 h du matin, restent en place. Quelques dizaines de femmes et enfants, et quelques hommes, se dirigent vers les autocars. Les haut-parleurs continuent à distiller leurs appels au calme et au rassemblement vers les bus.

9h30 A Paris, une déclaration commune des plusieurs ONG est publiée (Secours Catholique, Emmaüs, CIMADE, Amnesty International, …) protestant contre cette évacuation et demandant un traitement humain et individualisé des réfugiés. Le PCF, le Front de Gauche et les Verts prépareraient un communiqué commun.

9h50. Deux escouades d’une centaine de CRS chacune entrent, l’une par l’ancienne rue commerçante, près du pont de la rocade portuaire, une autre à une centaine de mètres, à travers le cordon de sable, au niveau de la mosquée syrienne. Ils vont sans doute tenter d’évacuer le secteur situé entre ces deux points. Des migrants refluent vers le centre du bidonville. Une opération similaire aurait débuté côté chemin des Dunes.

9h55 Des fumées s’élèvent, il y a apparemment deux ou trois départs de feu sur le secteur proche de la rue des Garennes. Toujours par téléphone, on nous signale qu’un grand nombre de migrants sortent sur la zone des 100 m. Les véhicules des pompiers, garés rue des Mouettes, ne semblent pas bouger. Sur la rocade portuaire, laissée ouverte, la circulation se fait au ralenti, sans doute du fait de la curiosité des chauffeurs. Il ne semble pas y avoir de migrants sur cette rocade.

10h5 Un correspondant de presse qui a réussi à entrer dans le camp signale que les feux prennent de l’ampleur, du fait du vent, et que les quelques bénévoles ou migrants qui utilisent des extincteurs semblent impuissants.

10h20. Il semble maintenant y avoir plus de mouvements vers les bus. Des bénévoles appellent du camp et indiquent que la police a chargé sur un rassemblement de migrants constitué autour de la mosquée syrienne. De là où nous sommes, à quelques 500 m du camp, le bruit des tirs de grenades lacrymogènes se font entendre, très denses, et un nuage de fumée blanche s’ajoute aux fumées noires de l’incendie. D’autres départs de feux auraient été signalés en plusieurs endroits : s’agit-il d’incendies volontaires, ou accidentels liés aux tirs de grenade ? Deux véhicules de pompiers sont autorisés à partir, toutes sirènes hurlantes, mais ils semblent bloqués au niveau du pont au bout de la rue des Garennes et ne pas pouvoir intervenir sur le camp.

10h25 Un groupe d’une dizaine de migrants se dirige, en marchant ou en courant, en direction de Calais, à travers la zone industrielle, et passe à une centaine de mètres de nous, sur notre gauche. Quelques minutes après, d’autres passent en courant sur la droite, sans doute en direction du bois Dubrulle, ils sont les mains nues ou ont simplement un petit sac à dos, parfois un sac en plastique à la main. Les forces de police ne bougent pas. Un confrère nous signale que plusieurs centaines de migrants fuient à travers champs, à l’Est, vers la commune de Marck.

10h45 Le sous-préfet aurait indiqué à des journalistes qu’environ 500 personnes, surtout femmes et enfants, seraient montés dans les bus. Une dizaine de ces bus sont partis, ce que nous confirment des collèges postés route de Gravelines. Le sous-préfet « se félicite que malgré les conditions difficiles, l’opération se déroule conformément au plan prévu, et que les migrants commencent à se rassembler pour monter dans les autocars ». Questionné sur les incendies, il déclare que ses services étudient la possibilité d’autoriser les pompiers à intervenir « malgré les risques que présentent pour ces hommes une intervention dans le camp, dans les conditions actuelles ».

11 h Alors que des fumées noires en grands volutes montent de la partie nord, il semble que l’église de la partie sud soit aussi en feu. Le commissariat de Calais indique que ses forces sont mobilisées afin de repérer et refouler des migrants entrés en ville. Une centaine de militants et bénévoles improvisent une manifestation et parlent de se diriger vers la préfecture, mais de nombreuses personnes sont en pleurs et l’indécision semble de mise.

11h20 Un communiqué du HCR condamne vivement l’opération, indique l’Agence France-Presse. M. Toubon, Défenseur des Droits, serait sur place, mais il a été empêché de passer les barrages de police. La sous-préfecture indique qu’environ un millier de migrants seraient montés dans les bus et que « l’opération se poursuit normalement ».

11h25 Un confrère nous signale que l’A16 est bloquée aux environs de la sortie Marck-ouest par une centaine de migrants et quelques Européens. La police se prépare à intervenir.

11h40 De l’un des drones nous parviennent sur nos portables des images de l’incendie. Il touche désormais presque la moitié de la zone Nord. Des pompiers ont été disposés devant Jules Ferry, prêts à protéger cette partie du dispositif de l’état. Une rumeur de l’évacuation du CAP, qui est directement en contact avec  le bidonville, nous parvient.

11h50 M. Cazeneuve, au cours d’une brève intervention, confirme que le démantèlement est entrepris. Il remercie vivement les forces de police pour leur calme et leur efficacité. Il déplore « que des incendies criminels aient été déclenchés, ans doute par des No Border ». Il indique que l’opération sera terminée vers 16 h.

12h10 C’est maintenant une impressionnante et unique colonne de fumée qui s’élève du camp, poussée vers l’Est par le vent. La sous-préfecture confirme qu’une partie du CAP a été évacuée « dans le calme » et les occupants mis à l’abri dans le centre Jules Ferry. Des ambulances, jusqu’ici stationnées vers la zone portuaire, sont autorisées à passer les barrages. Le sous-préfet déclare qu’une dizaine de gendarmes ont été blessés et parle « d’un comportement inadmissible et violent de militants activistes » « qui poussent les migrants résister et à s’attaquer  aux forces de l’ordre ». Il explique aussi que les CRS ouvrent méthodiquement chaque abri, dans la zone non touchée par les incendies, afin de vérifier que les occupants se sont dirigés vers les autobus.

12h30 Les Verts et le PCF se sont mis d’accord sur un communiqué commun. Ils appellent à un rassemblement pacifique métro de Stalingrad à 18 h ce soir, pour dénoncer « une brutale évacuation ».  M. Mélenchon n’a pas signé le communiqué, il va prendre la parole de son côté sur les journaux télévisés du milieu de journée. Du côté de LR et du FN on se refuse à toute déclaration « pour le moment ». Le PS renvoie aux déclarations de M. Cazeneuve.

13h 5. D’après la sous-préfecture, le départ des migrants se continue. Le maire de Oye-Plage informe les médias que plusieurs dizaines de migrants sont sur sa commune. Il proteste contre « l’improvisation » de cette opération et rappelle ses mises en garde précédentes sur les conséquences d’une évacuation totale du camp.

13h20 Une vingtaine d’Européens ont été arrêtés par la police près du CAP. Ils tentaient de former une chaîne humaine. Le sous-préfet indique que des poursuites judiciaires seront engagées pour violences envers les forces de l’ordre, refus d’obtempérer et mise en danger de la vie d’autrui par incendies volontaires, en rappelant que ce dernier fait est susceptible d’un renvoi devant la cour d’Assises.

13h45 De nouvelles images provenant d’un drone montrent que l’incendie a été stoppé par les soldats du feu à proximité du CAP, mais que le feu dévore maintenant les abris sur la partie Nord, et de là jusqu’aux abords du chemin des Dunes. Des ambulances passent régulièrement toutes sirènes hurlantes en direction de l’hôpital de Calais. Celui-ci, par l’intermédiaire de son chargé de communication, confirme qu’il a reçu une trentaine de blessés. Plusieurs cas graves de brûlure ont été dirigés sur le CHR de Lille à partir de l’aérodrome de Marck et par hélicoptère, directement du service Urgences de l’hôpital, « probablement des migrants ».

13h50 Quelques migrants, échappés du camp et cachés dans le bois Dubrulle, racontent que l’évacuation a été brutale, et qu’il y aura certainement plusieurs morts, des gens bloqués dans leur abri dans l’incendie

14h10 Le porte-parole du comité organisateur des manifestations du 5 septembre et du 24 octobre, à Calais, se félicite du démantèlement. Il « déplore les violences à l’égard des forces de police, et regrette vivement que le gouvernement n’ait pas su proposer à plus de migrants un abri ailleurs en France avant de procéder à l’évacuation ». Mme Bouchard, Maire de Calais, tempère sa satisfaction exprimée le matin par le regret « que le gouvernement ait laissé ce bidonville grossir démesurément », ce qui « bien évidemment a rendu son démantèlement difficile ». Elle annonce aussi que le personnel municipal est appelé à veiller à la sécurité des Calaisiens et des Calaisiennes, en recevant de la population toute information utile sur les attroupements et squats éventuels de migrants dans sa ville, qui, dit-elle, ont été amenés au centre-ville par des camionnettes de bénévoles et d’activistes. Un numéro de téléphone spécial est mis en place.

14h45. Les incendies semblent avoir perdu de leur ampleur. Un rassemblement de militants d’extrême-droite a été dispersé par la police devant la gare de Calais-Ville. Leur porte-parole déplore cette dispersion, car « le rassemblement était pacifique et n’avait pour but que d’apporter un soutien moral aux policiers ».

15h Les départs de bus continuent. Au total une cinquantaine auraient quitté Calais. D’après des témoins, ils ne sont pas pleins, ce qui fait supposer le départ d’environ 2 500 migrants. Aune question posée par nos confrères d’Europe 1 au sous-préfet : « Où sont les autres ? », celui-ci a déclaré que 3 000 migrants avaient accepté de monter dans les bus et étaient partis pour une mise à l’abri dans un certain nombre de lieux, et que sur les « 1400 autres », un millier étaient encore dans le camp ou à Jules Ferry, en attente d’évacuation, et que « seuls 2 à 300 migrants avaient choisi de se disperser dans les environs » mais que les « forces de police étaient au travail pour les déloger et les ramener à Calais ». D’après les estimations des associations d’aide aux migrants, ce seraient environ 2 000 personnes, au minimum, qui auraient fui. Les bénévoles vont s’atteler dans les prochaines heures et les prochains jours à essayer de leur assurer le minimum, bien que leur tâche soit très compliquée par la dispersion des gens et les conditions météo. D’après eux moins de la moitié disposeraient de quoi s’abriter, « une petite tente, un duvet et un vêtement de pluie », et il y aurait de très nombreux mineurs parmi eux, ainsi que quelques familles.

16h. Les forces de police commencent à refluer vers leurs cars. Une déclaration de M. Hollande est annoncée pour le journal de 20 heures. L’incendie semble se calmer. Le centre Jules Ferry fait savoir qu’il distribue normalement ses repas, sous la surveillance de policiers, et que 300 à 400 personnes pourraient être sans abri la nuit prochaine, du fait de l’évacuation d’une partie du CAP. Il admet que parmi ces personnes certaines n’étaient pas des occupants initiaux du CAP. Le centre leur proposera pour la nuit des places sous tentes. Quelques autocars sont prévus pour évacuer demain matin ceux qui ne sont pas des occupants du CAP.

17h10 Le dispositif commence à être levé. Durant l’heure précédente les ambulances ont continué leurs transports. Nous pouvons approcher du camp, mais un cordon continu de gendarmes interdit toujours toute entrée ou sortie de ce qui reste du bidonville. Les images de drones montrent qu’il ne reste qu’à peine 20 % des abris initiaux. Des équipes de la Sécurité Civile et de pompiers, escortés de policiers, fouillent les décombres pour voir s’ils n’y trouvent pas de cadavres. Quelques autobus sont encore garés sur la bande des 100 mètres, avec un petit groupe de migrants prêts à partir. Sur la zone Sud l’église a disparu dans le feu. Nous recueillons le témoignage d’un bénévole et de deux migrants titulaires de papiers, qui ont été autorisés à quitter Jules Ferry. Ils parlent d’une opération brutale. D’après eux il faudra déplorer de nombreux morts dans l’incendie et des blessés dans la confrontation avec des CRS. Les associations de bénévoles nous informent qu’elles ne peuvent pas entrer dans ce qui reste du bidonville. Elles seront autorisées durant les prochains jours à distribuer des vêtements et des chaussures dans le CAP et devant Jules Ferry, mais l’alimentation sera entièrement prise en charge par le centre Jules Ferry. Les associations nous indiquent aussi que deux de leurs fourgons ont été arrêtés à l’Est de Calais, en maraude pour repérer des migrants en fuite, et que les véhicules ont été mis en fourrière, avec leur contenu, pour des prétextes divers.

(De notre envoyé spécial à Calais.)

 Allocution prononcée à 20 h par M. François Hollande, Président de la République.

« Françaises, Français. Conformément à nos engagement vis-à-vis des citoyens et des forces économiques du Calaisis, j’ai demandé au Ministre de l’Intérieur, aidé par ses forces de police, de démanteler le camp de la Lande. Il n’était plus possible d’accepter que des hommes, des femmes et des enfants, pour une partie d’entre eux réfugiés de guerre, vivent dans des conditions déplorables, sur le plan de leur santé, de leur alimentation, et plus généralement de la satisfaction de leurs besoins matériels et psychologiques. La France est une terre d’accueil, et la France a pris les moyens d’accueillir ces personnes dans des conditions dignes. Déjà, durant les deux derniers mois, l’ouverture de 2 000 places d’accueil avait permis d’héberger dans de bonnes conditions une partie de la population du camp. L’opération de ce jour a permis de diriger vers des centres d’hébergement, créés dans des gymnases, des villages de vacances, des bâtiments publics désaffectés, dans 43 villes et villages de France, l’essentiel des 4200 habitants du bidonville. Je remercie les Maires et les citoyens qui les accueillent dès ce soir, je leur demande d’agir avec humanité. Les résidents pourront, durant les prochaines semaines, choisir de demander la protection de la France au titre de réfugiés, ou devront accepter leur retour dans leur pays d’origine. Je demande aux autorités compétentes d’accorder une attention toute particulière aux mineurs, dont la plupart ont accepté de bénéficier de notre dispositif d’accueil, ainsi bien sûr qu’aux femmes et enfants. Je demande aux services académiques d’assurer sans délais la scolarisation des jeunes de moins de 16 ans : il en va du respect de la Loi républicaine et de l’intérêt de ces mineurs. Bien entendu, aucune personne ne sera expulsée vers des pays en guerre, nous nous y engageons. J’ai aussi demandé au gouvernement d’agir désormais de façon à panser les plaies du Calaisis. Nous affecterons des moyens spéciaux pour revitaliser l’économie locale, qui a tant souffert de la crise migratoire. J’ai la douleur de vous indiquer que, dans l’opération, nous ayons à déplorer deux personnes décédées, parmi la population du camp, ainsi que 23 blessés, dont l’un grièvement, parmi les forces de police. Ces dommages aux personnes ne sont pas du fait de nos forces de police, et je regrette profondément que des agitateurs, que nous identifierons et que la Justice punira, aient, par leurs provocations, et sans doute par des incendies volontaires, créé de la violence dans une opération pacifique. J’ai demandé à M. le Ministre de l’Intérieur de veiller à ce que le camp ne se reconstitue pas. Il pourra pour cela compter sur les 2 000 policiers déjà présents dans le dispositif, et qui resteront sur place durant le temps nécessaire. Les défenses du port vont aussi garder toute leur utilité, tant que nous n’aurons pas l’assurance de ne pas se voir reconstituer ces campements inhumains. Les quelques dizaines de personnes qui ont estimé devoir fuir, soit par peur, soit par souhait de rester à Calais, sont invitées à se présenter au centre Jules Ferry pour y être abritées, et à accepter le départ vers un centre d’accueil. Bien sûr, la Gendarmerie Nationale unira ses moyens à ceux de la Police Nationale pour empêcher la constitution de squats et éviter autant que nécessaire la présence des migrants dans le centre ville de Calais, d’autant que leurs besoins seront assurés dans les installations créées par l’Etat au cours de leur séjour à Calais, et qu’ils ne seront obligés de s’y rendre que pour des formalités administratives que pour un temps : en effet, il ne sera désormais plus possible de demander l’asile en sous-préfecture de Calais, mais seulement en préfecture de Région. Au cours des prochains jours, le camp sera remis en état, les décombres enlevés, et un aménagement paysager rendra le site à son état d’origine. Je voudrais aussi ajouter aux remerciements de M. Cazeneuve les miens propres, à l’attention des forces de police, pour leur comportement admirable et leur sens du devoir républicain. La France a fait, dans ces périodes difficiles, la preuve de son humanité et son sang-froid. Vive la République, vive la France.

19 novembre 2016

Bilan définitif de l’opération, donné le 18 novembre à 17 h par le Ministère de l’Intérieur. 3 450 personnes auraient été évacuées. On déplore 9 morts de migrants dans l’incendie*, dont 2 décédés suite à leurs brûlures au CHR de Lille, ainsi que 49 blessés plus ou moins graves. 23 blessés parmi les forces de police, dont l’un est encore hospitalisé. 27 activistes ont été arrêtés, gardés 48 h en garde à vue. Tous ont été libérés, sauf 2 accusés d’incendies volontaires, mais sont appelés à comparaître pour des motifs variés.

*(mais ce nombre pourrait être plus important en fait d’après les associations, les bulldozers ayant, d’après elles, travaillé avant une fouille exhaustive des décombres, et les cadavres ayant pu être complètement détruits par la température très élevée des feux)

 Un camp de 45 migrants environ vient d’être évacué ce 19 novembre au petit matin d’un petit bois sur la commune du Fort-Vert. Un agriculteur de la commune de Marck a été entendu par la police, après avoir tiré sur un groupe de migrants et fait un blessé au cours de la nuit du 17 au 18 novembre. Les incursions des migrants sur la rocade se sont déplacées vers Marck-Est. Les syndicats de police déplorent les conditions de travail « nouvelles et dégradées » liées à la recherche de migrants dispersés. Les organisateurs des manifestations du 5 septembre et du 24 octobre envisagent une nouvelle action « pour faire cesser les dégâts provoqués par les migrants sur les communes de Fort-Vert, Marck et Calais ». Il y aurait une dizaine de camps sur les communes de l'Est de Calais, jusqu'à Oye-Plage)

La France vient d’être condamnée par la CEDH, en vertu de l’article 6 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, pour cette opération : c’est la 283ème condamnation de la France, pour ce seul article, depuis 1959.

Le réseau Info CAO indique qu’environ 800 migrants auraient quitté les lieux d’accueil depuis leur arrivée le 16 novembre au soir, pour Paris, ou Calais, ou d’autres destinations. Deux mineurs, de 11 ans et 13 ans, dont le départ pour la Grande-Bretagne avait été accepté courant septembre par les autorités britanniques, pour rapprochement familial, mais qui attendaient leur départ sur le camp, avaient disparu.

 

Un salarié de la Vie Active, association qui gère le CAP, a déclaré, sous anonymat, que des maffieux font désormais payer les places aux nouveaux arrivants ou aux résidents actuels, dans la majeure partie des conteneurs du CAP. Il affirme que « cela n’est pas contrôlable » « ou sinon il faudrait un encadrant par conteneur, et encore…». Cette même personne pense que « le fait de ne plus pouvoir s’installer de façon libre sur le camp permet ces extorsions de fond, car le seul hébergement possible est le CAP ». Toujours d’après lui, plusieurs mineurs hébergés au CAP subissent des violences, y compris sexuelles, de la part de « faux mineurs » hébergés avec eux. La Direction de la Vie Active a refusé de s’exprimer à ce sujet « en attendant des informations plus fiables ». Elle a admis que l’encadrement de ces mineurs n’était pas conforme aux textes, mais que le dispositif réglementaire était en cours de mise en place.

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