Calais: dragonneries et bouchardises à 6 mois des élections municipales

Le dragon géant commandé par la Maire de Calais, Natacha Bouchard, et sa politique anti-migrants, vont-ils lui permettre de gagner les prochaines élections municipales, ou au contraire la dévorer toute crue ? Rien n’est sûr aujourd’hui, dans le contexte économique et social difficile de la ville.

Le conseil municipal de Calais, avec à sa tête Natacha Bouchard, vient de produire une série d’arrêtés visant à éloigner les migrants et les bénévoles du centre ville. C’est qu’il faut faire place nette au « dragon des mers », cette mécanique géante sortie des ateliers de la Machine à Nantes, et à ses admirateurs. Cette bête va dévorer 27 millions d’euros, aux fins de redorer l’image de Calais et faire venir des touristes. Il ne s’agit donc pas que les exilés troublent la fête, par le spectacle de leur misère, et que les bénévoles des associations humanitaires les encouragent à rester en ville en leur distribuant repas et couvertures.

Natacha Bouchard a été élue en 2008 grâce aux voix du Front National  venues renforcer au second tour sa liste UMP. Elle a été réélue en 2014, à nouveau grâce au F.N., dont les candidats se sont maintenus au deuxième tour. Grâce sans doute aussi à une usure réelle de la gauche locale, du P.C. notamment, qui avait dirigé la ville précédemment. Comment les prochaines élections municipales se présentent-elles pour la Maire sortante, dans un contexte déprimant pour sa ville ?

Déprimant, en effet. Calais cumule des taux de chômage et de pauvreté record. Les causes en sont multiples. L’industrie dentellière s’est effondrée, alors qu’elle a employé des milliers de Calaisiens, et la dernière entreprise, achetée par les Chinois, va mettre la clef sous la porte. Les commerces du centre ville sont en grande difficulté : les Britanniques de passage ne s’arrêtent plus, et les grandes surfaces en périphérie ont capté l’essentiel des dépenses des familles. Les compagnies de ferries françaises ont disparu ou ont été absorbées par leurs concurrents étrangers (Sealink, DFDS…) et n’emploient plus guère de Français, puisque les coûts salariaux des employés britanniques sont plus faibles. L’industrie chimique a perdu des fleurons, comme l’américain Tioxide, et le port de commerce a un trafic proche de zéro.

Calais lieu de passage

Et le paysage urbain s’est totalement défiguré. Calais est un point de passage pour les migrants depuis les années 1980. Progressivement, la frontière a été renforcée. Le port, l’entrée du Tunnel, la gare internationale de Calais-Frethun, ont été entourés de grillages, surmontés de fil barbelé, de projecteurs et de caméras. Des murs et des grilles entourent désormais également des espaces naturels, des parcs, des friches, à mesure que les campements des migrants sont détruits et leurs occupants chassés. On en construit tous les jours ! Malgré la destruction de la grande jungle de Calais en octobre 2016, malgré les dispositifs électroniques de détection sur le port, les chiens, les vigiles, les policiers français et britanniques – environ deux pour un exilé !-  Calais reste un lieu de passage possible pour franchir la Manche. Ils et elles sont de 300 à 500 migrants à tenter d’y survivre, avec l’aide des associations humanitaires et malgré les violences policières.

Dans ce contexte, Natacha Bouchard et son équipe se sont … radicalisés. Il est loin le temps – il s’est arrêté en juillet 2014 - où la municipalité dialoguait avec les associations, mettait à leur disposition un lieu de distribution, rue de Moscou, et même leur accordait quelques subsides. En mettant à disposition de l’état, en 2015, un ancien centre de vacances et le terrain qui devait devenir la « grande jungle », les élus municipaux avaient pour objectif de déplacer les migrants vers l’extérieur de la ville. Après la destruction du bidonville, en octobre 2016, les migrants étant revenus, Natacha Bouchard avait déjà tenté en 2017 d’éloigner les humanitaires et les militants, supposés attirer les migrants, à travers des arrêtés d’interdiction de distribution, vite annulés par la Justice.

Circenses sans panem

Alors comment être réélue dans ce contexte ? Le projet de parc d’attraction « Heroic Land » a capoté, faute d’investisseurs. L’extension des zones industrielles n’est pas à l’ordre du jour, car les installations vides sont nombreuses. Mais Natacha Bouchard a réussi à obtenir quelques dizaines de millions d’euros des états français et britannique. Et Tunnel et port apportent des recettes à Cap Calaisis, la communauté d’agglomération. Faute de vrais projets économiques et sociaux – même la gratuité des transports urbains n’est pas acquise - la Maire se lance dans des programmes à but récréatif. Pas de panem mais des circenses. Le badaud calaisien, et les supposés touristes, vont venir s’esbaudir devant un monstre mécanique mobile, sans aucun lien avec l’histoire, avec la culture locale.

Politiquement, Natacha Bouchard jongle : elle est adhérente LR, tout en se déclarant Macron-compatible, de peur d’avoir un candidat LREM de poids en face d’elle, et elle a adopté le langage et les pratiques de l’extrême-droite. Dans les faits, si la gauche ne réussit pas à s’unir, si l’extrême-droite ne se divise pas –elle a déjà commencé- et si les Calaisiens finissent par penser qu’une autre politique est possible, son sort ne tiendra qu’à un fil. Cette descendante d’immigrés, qui a balayé toute compassion, humanité et ouverture d’esprit vis-à-vis des migrants de passage, pourrait bien être dévorée par ce déjà fameux dragon.

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