François Jakob (avatar)

François Jakob

Etudiant en anthropologie

Abonné·e de Mediapart

2 Billets

0 Édition

Billet de blog 28 mai 2018

François Jakob (avatar)

François Jakob

Etudiant en anthropologie

Abonné·e de Mediapart

Le peuple suisse votera sur l'interdiction des pesticides de synthèse

Le 25 mai dernier, l'initiative citoyenne fédérale "Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse" était déposée au Palais fédéral, à Berne. Les 100'000 signatures requises ayant été récoltées, le peuple suisse devra s'exprimer sur le sujet dans 2 à 3 ans.

François Jakob (avatar)

François Jakob

Etudiant en anthropologie

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sur la place située devant le Palais fédéral, un soleil de plomb accompagne le rassemblement de quelques dizaines de citoyen·ne·s, venus ensemble déposer l'initiative pour l'interdiction totale des pesticides de synthèse sur le sol helvétique. Malgré l'atmosphère surchauffée, le groupe fait preuve d'une certaine retenue, comme une forme de modestie face à l'ampleur de la révolution dont ils marquent ici le premier acte. Un maraîcher "bio", venu depuis la plaine voisine du Seeland, installe à l'aide de son tracteur une remorque sur laquelle monteront les intervenants. Cet agencement symbolique illustre bien le mot d'ordre du texte que la petite foule est venu déposer à la chancellerie : la transition se fera avec les paysan·ne·s et non pas en conflit ouvert avec elles·eux. C'est également une façon de signifier que le changement de paradigme proposé constituera une chance pour tou·te·s plutôt qu'un fardeau supplémentaire.

Le texte de l'initiative est très simple: la Confédération suisse interdira l'utilisation de tout pesticide (insecticide, fongicide, herbicide) synthétisé artificiellement ainsi que l'importation de denrées alimentaires en contenant ou pour la production desquels de tels pesticides auraient été utilisés. Cette seconde condition empêche, selon les initiant·e·s, que la concurrence étrangère ait définitivement raison de l'agriculture suisse en inondant le pays de denrées bon marché produites de façon conventionnelle. En réalité, cette simplicité fait la force de l'initiative. Elle illustre également parfaitement le caractère universel des revendications: avoir droit à une environnement préservé et à des aliments sains, sans condition et pour tous. Hors de toute velléité partisane, le comité d'initiative est composé de citoyens (tous masculins) ne se revendiquant d'aucun parti et exerçant des métiers divers: un garagiste, un biologiste, un viticulteur, un géomaticien, des commerçants et directeurs d'entreprises se côtoient et proposent une vision alternative commune du système agroalimentaire.

Au pied d'une porte dérobée située à l'arrière du Palais fédéral, les citoyen·ne·s déposent les cartons contenant les quelques 145'000 signatures récoltées pendant plus d'une année. Une ambiance joyeuse et détendue fait place au moment solennel des discours, prononcés en français et en allemand. Une fois les cartons disparus derrière les murs épais du palais gouvernemental, la petite foule se disperse gentiment. Pas de slogans scandés, pas de vociférations; l'assurance d'un changement inéluctable doublée de la conscience du travail qu'il reste à accomplir laisse le sentiment d'une petite victoire d'étape. Car pour ces quelques fervents militants, il s'agira maintenant de mobiliser largement, de parfaire l'argumentaire, d'avancer les solutions, les alternatives, de rendre évident et accessible ce qui a toujours relevé de l'utopie. Et au-delà de la simple interdiction, c'est d'un nouveau modèle de société, écologique, social et solidaire dont il sera inévitablement question.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.