Un, deux, trois : Citoyen Blanquer !

Citoyen Blanquer, tu as déclaré (et confirmé depuis lors) que le voile n’était pas souhaitable dans la société.

D’abord, tu fais croire que tu défends l’égalité homme-femme mais sache que je ne suis pas dupe. Ton propos n’est que l’écho de celui de ton empereur sur l’immigration, début septembre, devant les officiers élus de La République En Marche. En bon général, je comprends bien que tu exécutes les ordres les dix doigts sur la couture dans l’espoir de prendre quelques galons de plus sur ton uniforme. Mais ne me prends quand même pas pour un sot.

Un : Citoyen Blanquer, s’il te plaît, ne me méprise pas.

 

Ensuite, je tiens à te signaler que, dans la cadre de l’école, j’accompagne mon fils cadet à la piscine couverte ou au stade d’athlétisme ou au boulodrome de la ville moyenne du quart Sud-Est de la France où il est scolarisé. C’est assez chouette de voir tous ces petits de cours moyen se baigner en slips de bain ou en maillot une pièce, sauter en longueur, lancer des poids, faire des tours de stade, jeter des boules...  Si tu n'as jamais fait de sorties scolaires à la pistache, sache que les garçons et les filles se mettent toutes et tous en maillots de bain et qu’ils s’amusent de plus beaucoup. Il y a des mamans aussi qui accompagnent. Bizarrement, ce sont souvent plutôt les mamans qui accompagnent. Et qui font la cuisine, le ménage... Ce qui me fait dire que l’égalité homme-femme passe peut-être plus par la juste répartition des tâches domestiques, mais c’est un aparté qui dépasse le cadre de tes fonctions. Pour en revenir à nos moutons, les mamans qui accompagnent mon fils et ses copains et copines sont parfois voilées, enfin, il me semble qu’elles portent plutôt un foulard sur les cheveux. Heureusement qu’elles sont là, parce que sinon, mon fils ne pourrait plus aller à la piscine ou au stade ou au boulodrome. Et je ne vois pas trop en quoi ça te regarde, le bonheur de mon fils. Tu es ministre de l’Éducation nationale. Et si j’étais ton chef, je te demanderais de t’occuper,  plutôt, des personnels de ton ministère. J’aurais bien aimé que tu parles aussi fort quand Christine Redon, cinquante-huit ans, a été retrouvée dans le hall de la maternelle Méhul à Pantin, suicidée. Ça me semblait plus dans le périmètre de tes missions, cette mort d'une directrice d'école. Tu n’es pas encore Premier ministre, même si tu y penses en te rasant.

Deux : Citoyen Blanquer, s’il te plait, revois le sens de tes priorités !

 

Enfin, si tu veux parler religion en dehors de l'exercice de tes fonctions, ne parle pas de bouts de chiffons. Si tu penses que Jésus-Christ n’est que le personnage central d’un roman dont le contenu a été validé lors du Concile de Laodicée en 363 (après sa naissance), si tu penses que Fatima n’est la fille préférée de Mohammed que d’après une légende ou que le prophète n’est pas forcément la personne qui a vu Ali en premier, si tu penses que les paroles recensées de la Torah ne sont pas celles de Moïse, si tu veux expliquer à tous les croyants des religions monothéistes qu’ils croient à des songes retranscrits et perpétués par-delà les siècles, fais-le plutôt en ces termes. Évidemment, les croyants croient justement parce que les religions s’incarnent toutes dans de grands romans : la vérité ne peut être que dans les écritures. Dans ce monde faux et cruel, elles sont ces mensonges pour conquérir la réalité. C'est toujours courageux de le dire et ça laisse même aux croyants la liberté de croire. Historiquement, ça marche plutôt bien pour réduire les fanatismes. Si tu préfères le gloubi-boulga électoraliste, fais gaffe, tu vas finir par déclarer que Corine c’est mieux que Hapsatou et que l’Islam c’est le Bataclan.

Et donc trois : Citoyen Blanquer, n'agrandis pas la cible que portent déjà tous les Français musulmans dans leurs dos, c’est assez lâche ; tous ceux qui ont des couilles les portent nécessairement en public !

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