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Billet de blog 2 janv. 2015

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Quelques réflexions autour de la notion de valeur 2/7

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            "Tout ce qui est susceptible d'être pris comme fin échappe ainsi à toute définition. Les moyens - tels que la puissance, l'argent - se laissent aisément définir, et c'est pourquoi tant d'hommes s'orientent exclusivement vers l'acquisition des moyens. Mai ils tombent alors dans une autre contradiction, car il y a contradiction à prendre comme fins de simples moyens. Cette contradiction est sentie par tous les (...)

    (Fragment de manuscrit manquant.)

    (...) intuition de l'esprit et sans raisonnement.

   Que peut demander de plus un esprit qui établit un tel ordre entre les valeurs ? Doit-il encore répondre à la question : Est-il sûr que quelque chose ait une valeur ? Est-ce que tout n'est pas également sans valeur ? Une telle question est vide de sens, non seulement parce qu'il ne peut y avoir aucune méthode pour en chercher la réponse, mais par une raison plus profonde. Le pouvoir de poser une telle question repose entièrement sur le pouvoir d'assembler des mots ; mais l'esprit ne peut pas véritablement poser cette question ; il ne peut pas véritablement être incertain si la notion de valeur est ou non quelque chose de fictif. Car l'esprit est essentiellement, toujours, de quelque manière qu'il soit disposé, une tension vers une valeur ; il ne peut regarder la notion même de valeur comme incertaine, sans regarder comme incertaine sa propre existence, ce qui lui est impossible.

   Quant à l'ordre même établi par la réflexion entre les valeurs, quelle incertitude peut-on élever à ce sujet ? Le principe même de cet ordre empêche qu'on puisse en élever aucune. Car dès qu'un ordre m'apparaît entre mes pensées, tel que la valeur d'un certain jugement soit une condition de la valeur de tous les autres, sauf ceux qui viennent avant lui et que je connais, que demander de plus? Puis-je supposer quelque autre idée, ignorée de moi, plus vraie que celles que j'ai mises en tête du classement et qui peut-être les contredit? Mais une comparaison de valeur entre deux idées implique un même esprit qui les pense toutes deux ; l'idée supposée doit donc être conçue comme pouvant être pensée par moi ; mais alors je la concevrais comme pouvant être classée dans la hiérarchie des idées, après les premières, et elle n'aurait pas plus de valeur qu'elles. Puisque la valeur est un caractère de ma pensée, la valeur que j'aperçois entre les valeurs est certaine ; rien d'extérieur à ma pensée ne saurait la démentir ; rien d'extérieur à ma pensée ne peut intervenir dans la notion de valeur. Et pour bien voir la portée de cela, il faut se souvenir que la vérité est une valeur (du jugement) de la pensée. Le mot de vérité ne peut avoir d'autre sens.

   Ainsi la rigueur et la certitude de l'investigation philosophique sont aussi grandes qu'elles peuvent l'être ; les sciences n'en approchent pas de très loin. Faut-il conclure que la réflexion philosophique est infaillible? Oui, elle est infaillible pour autant qu'elle s'exerce. Mais la condition humaine rend l'exercice de la réflexion, au sens rigoureux du mot, presqu'impossible. Car puisque l'esprit est une tension vers quelque chose, comment se détacherait-il de la valeur vers laquelle il est tendu pour la considérer, la juger et la mettre à son rang par rapport aux autres?  Ce détachement exige un effort, et tout effort de l'esprit est une tension vers une valeur. Ainsi pour opérer ce détachement, l'esprit doit regarder ce détachement même comme la suprême valeur. Mais pour voir dans le détachement une valeur supérieure à toutes les autres, il faut déjà être détaché de toutes les autres. Il y a là un cercle vicieux qui fait apparaître l'exercice de la réflexion comme un miracle ; le mot de grâce exprime ce caractére miraculeux. L'illusion du détachement est fréquente, car on prend souvent pour détachement un simple changement de valeur. Le joueur dans la pleine excitation du jeu, haletant et angoissé, ne se demande pas pourquoi il désire gagner, dans quelle mesure il a raison de désirer gagner ; il ne peut pas se le demander. Après quelques heures de cette angoisse, cette question apparaît peut-être à son esprit ; ce n'est pas qu'il se soit détaché, c'est que par l'effet de l'épuisement la valeur est devenue pour lui le repos et non plus le gain. Le détachement exigé par la réflexion philosophique consiste à se détacher non seulement des valeurs adoptées il y a une heure, hier, il y a un an, mais de toutes les valeurs sans exception, y compris celles vers lesquelles on est actuellement tendu. Un joueur qui, au moment même où il est haletant dans l'attente du gain, mettrait le gain au même rang que le repos, la volupté de bien manger, le travail bien fait, l'amitié, ou n'importe quel objet de désir possible, et comparerais impartialement ces divers objets, telle est l'image du détachement. Il s'agit bien d'un miracle."

S.W.

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