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Billet de blog 11 octobre 2014

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Ecrire fragment. Un

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

   L'écrire n'est que la notation de ce que l'on expérimente, et ce que l'on expérimente - souvent à notre corps défendant - c'est la lecture de notre destin, ce à quoi l'on est destiné. On ne vit pas pour rien, on vit pour être essayé, la vie - l'immensité, l'infinité de la vie essaie telle ou telle possibilité. J'en suis une. Et je n'ai qu'à la suivre, aussi.

   Ceci écrit aprés lecture prolongée, nocturne, mais et finalement inattentive d'une biographie un peu trop verbeuse de Joë Bousquet - ou plutôt devrais-je dire : sur Joë Bousquet.

   Et ensuite - insomnie prolongée - ouverture d'un volume réunissant "Les écrits de Marseille" (S.W.) à la page où s'insérait ce fragment qui servait de marque-pages :

   "Je vis dans un monde désenchanté

   Il n'y a autour de moi qu'autoroutes, périphériques, rues et avenues surchargées de voitures qui lâchent des gazs irrespirables.

  Les rues la nuit.

   Les rues de cette ville que j'ai tant méprisée

   Mais où je pouvais marcher, la nuit.

   Mais je cherchais

   je cherchais quelqu'un à qui parler

   La rue Louis Renard, la nuit, le lycée

   Le lycée fermé, la nuit, derriére les hauts murs

   La rue déserte, tranquille, chacun chez soi

   Et moi, sobre

   La rue, la nuit, nulle part, l'amour jamais.

   Jamais mon pére ne m'a dit qu'il m'aimait

   Jamais ma mére ne m'a dit qu'elle m'aimait.

   Jamais.

   La rue, la nuit, la nuit noire

   Les chemins, les petites rues, les ponts déserts, les réverbéres

   les impasses, les escaliers.

   Les cafés.

   Les bars

   Les ivrognes

   Les idiots

   Les idiots et les imbéciles

   Les méchants

   J'étais un petit enfant, la nuit, dans les rues la nuit, jamais on ne m'aimait.

   Mon pére est mort.

   il a sauté sur une mine.

sur un pont, une mine

   il a posé le pied sur une mine

   Elle a explosé.

   Il a sauté.

   Et il est mort.

   Sur un pont, en Syrie, en 1929,

   je m'en souviens j'avais six ans, il avait six ans, mon pére avait six ans, il est mort en Syrie, en 1929, pour la France, pour l'honneur, pour la patrie, pour des bêtises, pour le pétrole

   Pour la puissance de quelques uns

   Il est mort, mon pére avait six ans.

   Qu'est-ce qu'on est à six ans ?

   On est quelqu'un qui ne reverra plus jamais son pére

   Ou bien quelqu'un qui n'en a jamais eu.

   Ou bien quelqu'un qui ne sentira jamais plus la chaleur de bras        désintéressés.

   La chaleur gratuite, la chaleur d'amour. La chaleur de bras, oui de bras. Les bras d'un pére, de son pére, d'un pére qui dit à son fils : Tu es mon fils, mon tout petit, et je t'aime, et tu grandiras et tus es le plus beau, et guili, jamais, plus.

   Les rues, la nuit.

   La rue.

   Mais je pouvais respirer.

   Je ne le peux plus.

   Les rues, ici, sont pleines de gazs

   Et de gens pressés

   Pressés d'en finir

   Des gens qui s'ignorent, se méprisent

   Se bousculent

   Se pressent.

   Et puis ceux qui ne bougent plus

   Qui ne demandent même plus

   Qu'on ne voit plus.

   Les autoroutes, la vitesse

   Le silence.

   Le bruit, le bruit.

   Bruit de l'autoroute, bruit des bavardages pour couvrir le silence la mort l'autoroute le téléphone la télévision la maladie

   La peur

   Ces petits enfants

   Le vin, les valiums, la vitesse

   La mort

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