Pour contribuer à essayer d'en finir avec la phobie de l'Islam et avec l'Islam haineux 3

 

 

                                           Prière

 

"Ma prière n'est pas une prière, Seigneur,

si mon âme ne Te voit pas face à face

quand retentit l'appel (du muezzin)

si, tourné vers la Ka'ba, je prie

c'est vers Toi seul, pour Ta seule beauté .

Je prie. Gestes vains. Paroles inutiles,

prière d'hypocrite, inerte et monotone.

J'ai honte de ma prière, Seigneur, j'ai honte !

Je n'ose plus lever les yeux vers Toi.

Pour oser la prière il faudrait être un ange,

mais je suis en exil, déchu et perverti.

Silence donc ! Silence à ma prière !

Seigneur, elle ne peut t'atteindre.

Mais je prie, je le dois, car il faut que je dise le tourment de mon cœur s'il est privé de Toi.

Seigneur au regard de pitié ! Pitié pour moi ! Regarde-moi."

(Rûmi)

 

 

 

                                 L'union

 

"J'ai vu mon Seigneur avec l'œil du cœur, et Lui dis : Qui es-Tu ? Il me dit Toi !

Mais, pour Toi, le "où" n'a plus de lieu, le "où" n'est plus, quand il s'agit de Toi !

Et il n'y a pas pour l'imagination d'image venant de Toi, qui lui permette d'approcher où Tu es !

Puisque Tu es Celui qui embrasse tout lieu, jusqu'au-delà du lieu, où donc es-Tu, Toi ? "

(Hallâj.)

 

 

Eva de Vitray-Meyerovitch :

   "Le Soufisme, cœur vivant de l'Islam, intériorisation vécue des données de la foi, se fonde sur une expérience : l'homme "passe", comme le dit Pascal, infiniment l'homme, c'est-à-dire, ainsi que le répète Rûmi à maintes reprises, qu'il existe un abîme entre le petit "moi" - qu'il appelle "mardak", petit homme - de la vie quotidienne, et le Soi véritable qui, dans le secret du cœur - sirr - est uni à Dieu. Une célèbre parole du Prophète est : Celui qui se connaît connaît son Seigneur. Mais "se connaître" signifie ici avoir conscience de sa véritable dimension intérieure.

   L'homme est un mystère, et Dieu est son mystère, dit encore Rûmi. Comment parvenir à cette connaissance qui consiste à se rapprocher de la Réalité ultime, Dieu, qui est la réalité ultime de chaque être puisque, selon une autre Tradition prophétique, Dieu a dit : Mes cieux et ma terre ne me contiennent pas, mais Je suis contenu tout entier dans le cœur de mon serviteur fidèle. Rûmi explique que :

... Le sceau des Prophètes a rapporté la Parole du Seigneur éternel et permanent: "Je ne suis pas contenu dans les cieux, ni dans le vide, ni dans les âmes ou intelligences élevées; Mais Je suis contenu, comme un hôte, dans le cœur du véritable croyant, sans qualification, définition ou description.

   Et il ajoute: Mais dans la goutte de sang du cœur est tombé un joyau que Dieu n'a pas donné aux mers ni aux cieux.

   La psychologie moderne des profondeurs a beaucoup parlé du subconscient. Mawlâna n'ignorait pas son rôle ; dans le premier livre du Mathnawî, cette vaste théodicée en 25 000 distiques qui est un des plus grands chefs-d'œuvres de la littérature universelle, il décrit en détail une séance de psychanalyse par association d'idées de type très jungien, effectuée par un "médecin de l'âme" sur une jeune fille névrosée.

   Mais il va bien plus loin, en montrant qu'il existe aussi dans l'homme un surconscient, qui n'est pas non plus perceptible à la conscience claire. C'est pourquoi il déclare, dans une formule admirable, que l'homme est comparable à un isthme, ou un pont, entre deux obscurités. Pour franchir ce pont, pour parvenir à son être véritable, où Dieu réside, le plus court chemin est la prière".

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