françois périgny
Abonné·e de Mediapart

314 Billets

7 Éditions

Billet de blog 27 déc. 2014

françois périgny
Abonné·e de Mediapart

Il fait si froid, Berchta !

françois périgny
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

             "Les Déesses Tempestaires, les Dames d'Hiver et les Taties de Noël, l'Avent, Noël, l'Epiphanie, autant de portes du Grand Royaume ..."

                             (Angélus Milhauser, L'Esprit des Fêtes)

          "Aprés le couloir de l'Avent, le vieux Noël ouvre le cycle des douze jours ou des douze nuits, suivant ses origines celtiques ou germaniques. Depuis le 1er novembre l'air du temps n'est plus tout à fait le même. Les frontiéres entre le monde des vivants et des morts, entre le monde des hommes et des Fées se sont effacées dès l'arrivée des "Êtres de Passage".

   De l'Avent à la Sainte-Mélanie, au coeur de l'Épiphanie les cieux sont visités de nombreuses cohortes aériennes. Devançant de plusieurs millénaires le traîneau de Santa-Claus, Wodan-Odin, dieu des tempêtes et des morts monté sur son cheval blanc, conduit la Jorelei (horde du temps de Jule, l'armée furieuse ou chasse sauvage) encadrée par la blonde cavalcade des Valkyries, et majestueusement escorté par la déesse Berchta, la Wilda Bertha, Perchta ou Eisenberta. Par-dessus les campagnes et les villes d'Allemagne, de Baviére, du Tyrol, de Suisse orientale, survolant les petites maisons à colombages, pignons et tourelles, qui, des nuages, ressemblent à ces jouets que les enfants attendent, Berchta mène derrière elle sa suite féerique. Accrochée à son manteau de brouillard, de neige et de vent se presse la foule des "laissés-pour-compte" qu'elle rassemble et réconforte. Une nichée de bébés mort-nés gazouille dans sa capuche, des enfants trépassés non baptisés, des morts mal enterrés, oubliés, des âmes d'assassinés, de pauvres âmes suicidées par trop d'amour voisinent des ombres de Lutins perdus, de Fées défuntes, d'Elfes délaissés, de fantômes fanés, tout heureux de se retrouver ensemble à courir la campagne avec leur bienfaitrice, à visiter les maisons décorées pour Noël, à déposer des cadeaux, punir les méchants, récompenser les méritants et recueillir d'autres âmes en peine abandonnées sur les chemins.

   Elle descend au carrefour de quatre routes où pleure une âme gelée, l'emporte parmi les siens qui, empressés de l'entourer, lui rendent par des caresses et baisers vie et lumière. Et c'est une nouvelle luciole qui va et vient joyeusement entre les formes iridescentes et gracieuses, et mêle son chant aux jappements joueurs d'une bande de chiens minuscules et ailés.

   On raconte que, non loin de Kufstein, la compagnie céleste avait atterri dans un champ et s'amusait dans la neige en attendant la Mère Berchta occupée à examiner les travaux ménagers  d'une fermiére paresseuse. Le plus petit d'entre eux, échappant à la surveillance de ses aînés, s'était alors égaré dans les bois en essayant d'attraper des flocons sur le bout de la langue. Sa chemise trop longue pour lui entravait ses jambes et il trébuchait à chaque pas. Un pauvre bûcheron passant par là le ramassa, le moucha, le débarassa du givre collé à ses cheveux puis, ému de le voir si mal attifé, lui remonta la chemise en la serrant à la taille avec sa propre ceinture, avant de le remettre dans la bonne direction. Berchta, qui l'observait à travers un buisson, s'avança alors vers lui en souriant : Tu es un brave homme, dit-elle, que tes enfants soient bénis, ils ne manqueront jamais de rien. En effet, sur le chemin du retour, le bonhomme trouva une bourse d'or qu'il sut faire fructifier et toute sa famille vécut heureuse, n'oubliant jamais au moment de l'Épiphanie de rendre hommage à la bonne Berchta.

   Mais elle peut aussi être terrible. On raconte également que, rendue furieuse par les agissements d'un huissier ayant fait expulser la nombreuse et misérable famille d'un sabotier en plein hiver, elle se saisit de lui et le jeta aux griffes vengeresses de la horde. Ses restes arrachés furent, dit-on, déposés à la Noël dans tous les souliers des huissiers de la ville en guise d'avertissement.

   C'est pour ces raisons que toutes et tous attendent avec effroi, joie et vénération la venue de Berchta la Sauvage."

                    Extrait de La Grande Encyclopédie des Fées, de Pierre Dubois.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Services publics
RER B : voyage sur la ligne qui déraille
Le RER B est la deuxième ligne de train la plus chargée d’Europe, et pourtant elle souffre de nombreuses tares : quatre terminus, un tunnel partagé avec le RER D et, surtout, un sous-investissement chronique de la part de la région et de l’État. Les usagers souffrent, les conducteurs aussi.
par Khedidja Zerouali
Journal — Migrations
Étrangers sous OQTF : la justice recadre la préfecture de Seine-Maritime
Le tribunal administratif de Rouen vient de débouter la préfecture qui demandait aux gestionnaires de centres d’hébergement d’urgence d’exclure de leur dispositif « insertion » les étrangers en situation irrégulière faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire exécutoire. Une décision qui vient contredire les circulaires et les récents engagements du ministère de l’intérieur.
par Manuel Sanson
Journal
La précarité étudiante s’enracine et le gouvernement répond à côté
Le gouvernement vient de débloquer 10 millions d’euros pour soutenir les associations qui agissent en faveur des étudiants précaires. Seulement, les principaux acteurs considèrent que la réponse est insuffisante et attendent des mesures structurelles pour endiguer la pauvreté des étudiants.
par Faïza Zerouala
Journal — Europe
À Mykolaïv, les morts hantent civils et militaires
La ville de Mykolaïv subit depuis des mois le manque d’eau potable et les coupures d’électricité. La région a été bombardée sans relâche par l’armée russe jusqu’à la mi-novembre 2022 et plus de la moitié des habitants a quitté les lieux. Civils et militaires restés sur place racontent leur « cauchemar ».
par Mathilde Goanec

La sélection du Club

Billet de blog
Vidéo - le gouvernement empêche les débats sur les forêts publiques par 49-3
Il y a un mois, nous avons publié ici une tribune signée par plus de 40 parlementaires, demandant un débat sur l’avenir de l'Office National des Forêts dans la loi de finances avant le 49-3 du gouvernement. Devinez quoi : les débats devaient avoir lieu le 2 novembre à 17h05. Le 49-3 a été activé le 2 novembre à 17h00. Mais tout n'est pas perdu : la suite se joue au Sénat dès mercredi.
par Pour des forêts vivantes
Billet de blog
Des chênes (français) pour la Chine
Fric-frac dans les forêts françaises. Voler du bois n’est pas une mince affaire. Et pourtant, dans les Pyrénées, en Moselle, en Vendée, dans le Nord, le brigandage se multiplie. A l’heure des drones, GPS et autres trackers… (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Incendie de forêt : les causes ne sont pas que climatiques
[Rediffusion] Les forêts du Sud en particulier demandent beaucoup d'attention pour ne pas prendre feu. Coupe feu, garde-forestiers, défrichages, surveillances, pompiers de proximité, les moyens sont-ils encore là ou ces incendies sont-ils causés par l'impéritie des pouvoirs publics ?
par lecteurfid
Billet d’édition
Reboiser les forêts brûlées est favorisé par une niche fiscale
Si l'investissement forestier offre des possibilités de rendement limitées, il constitue en revanche une niche fiscale qui permet de réduire le montant de son impôt sur le revenu. L'investissement forestier réalisé par une personne domiciliée en France lui permet de bénéficier d'un avantage fiscal, que ce soit au titre de l'impôt sur le revenu ou de l'IFI (impôt sur la fortune immobilière).
par Patrick Cahez