Il y a, depuis 48 heures, un incendie de forêts entre Tel-Aviv et Jérusalem. Une vingtaine de blessés dénombrés dans les maisons avoisinantes. En long, en large et en travers, radios et télés commentent. Vive émotion, qu’on alimente en images, en envoyés spéciaux. Au même moment, le quotient d’attention au Moyen-Orient étant épuisé sans doute, on ne nous dit rien du nombre de morts sous bombardements à Gaza, sous rafles en Cisjordanie. Là-dessus, aucune image, aucun envoyé spécial, Israël boucle tout : la nourriture, les informations. Et ici, on boucle l’indignation, on parle de dissoudre des associations pro-palestiniennes, on s’incline sans protester contre le refus d’Israël d’accueillir une délégation de parlementaires français, au prétexte qu’ils seraient pro-palestiniens.
Avant-hier, une tribune est parue dans Le Monde appelant l’Europe à soutenir d’une confédération des Etats d’Israël et de Palestine. Des universitaires en Allemagne, aux Etats-Unis, en Belgique, en France l’ont signé. Plus Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature en 2022. Je retrouve sous ces plumes prestigieuses l’inquiétude, l’horreur que je ressens, génocide en cours.
La tribune a le mérite d’essayer de sortir du sable où s’enfouissent les autruches environnantes et régnantes, avec, oubliée, retrouvée, leur solution à deux Etats, qu’elles brandissent pour essayer de ne rien dire contre la solution que de facto, de bello, Israël poursuit : un seul Etat, avec le moins d’Arabes possible, tous ceux qui survivraient poussés à l’exil ou à l’absence totale de droits.
La tribune refuse cette honteuse échappatoire. La réalité, jour après jour, bombe après bombe, rafle après rafle, rend de plus en plus illusoire et factice, la fameuse et ressuscitée solution à deux Etats. La tribune s’incline symétriquement devant les douleurs des uns et des autres, mais, je le crains, ne fait que substituer une noble impasse à une autre devenue ignominieuse.
Bien sûr, depuis longtemps, il y eut des rêveurs, de part et d’autre, et même d’ici, pour imaginer ce qu’un Etat issu de ces deux peuples pourrait représenter. Intelligences, courages, imaginations, connaissances de la souffrance… Une force qui tirerait l’ensemble de la région vers la paix, l’égalité et la démocratie.
L’obstacle, plus que jamais, est, sans fausse fenêtre, l’ambition impérialiste du gouvernement de Benjamin Netanyahou et de ses alliés d’extrême-droite. Cette ambition n’est pas neuve à la tête de l’Etat d’Israël. Elle est même constitutive depuis 1948. Avec des répits, sans jamais de replis. Mais, aussi dur que cela nous semble, les gouvernements d’Israël sont issus d’élections. Le peuple israélien, décennie après décennie, se donne à eux en majorité et leur confère la monstrueuse légitimité dont nous voyons les effets pour les deux peuples. Le peuple israélien choisit son destin incessamment depuis 1948. Et impose le sien au peuple palestinien, incessamment
C’est donc au peuple israélien, à lui d’abord et à lui seul au point où nous en sommes, qu’il incombe de changer l’accablant, le mortifère cours des choses -de l’inverser en vérité. Si l’on essaie d’oublier cette évidence, ou/et de la dissimuler, on triche avec le réel, et on contribue à encore assombrir l’avenir.