dans un campement

JAHAN (brandissant une lettre)   Quelqu’un ici parle espagnol ?

L’HUMANITAIRE   Un peu. Poquito.

JAHAN   Lettre de mon frère, Ramin.

L’HUMANITAIRE   Il t’écrit en espagnol ?

JAHAN   Il travaille en Espagne. Il ne sait pas lire, pas écrire l’européen.

L’HUMANITAIRE   Donc, quelqu’un a écrit pour lui.

JAHAN   Oui.

L’HUMANITAIRE (lisant)   Cher Jahan, j’ai fini avec les fraises. On nous a montés en Catalogne, pour les pêches. (s’interrompant) Où est-ce qu’il était, avant ?

JAHAN   Dans l’Andalousie.

L’HUMANITAIRE (reprenant)   Je gagne un peu. Là-bas on était sous la tente, ici dans une baraque. Nous sommes dix dans la chambre, surtout des Africains. Je suis le seul Afghan. Je reste un mois peut-être. Après les pêches, il y a les poires, les pommes. Ensuite les raisins, si Dieu le veut. Je reviendrai l’hiver. J’espère toi aussi tu trouves le travail. Fais attention la police. Fais attention aussi le COVID. Mets le masque. Hier, on en a reçu deux chacun. Pour la première fois. Je ne tousse presque pas, ne t'inquiète pas. Que Dieu nous réunisse. Ramin.

JAHAN (récupérant la lettre)   Et pour mes papiers, ça avance ?

L’humanitaire a un geste las.

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