Palestine: le nœud coulant se resserre brutalement

Certains éditorialistes ont eu le courage de nommer le «Plan de paix» américano-israélien (ou devrait-on dire : le plan Netanyahou-Kushner) pour ce qu'il est. À savoir, une mascarade dictée par la droite extrême israélienne à une administration américaine gangrénée par le lobby pro-Israël : l'AIPAC, le JINSA, le B'nai B'rith, les évangélistes… Du courage, donc, mais pour quelle efficacité ?

Oh, il est certain, hélas, qu'aucun édito ni aucune protestation ne fera bouger d’un atome les lignes de la situation du misérable peuple palestinien. Sans doute de telles prises de position n'attireront-elles pas non plus les louanges d’une communauté juive française, plus prompte à la louange qu’à la critique des décisions du gouvernement israëlien, quelles que soient la couleur politique de ce dernier et les conséquences de ses choix. Mais au moins auront-elles le mérite de dire les choses comme elles sont : le pseudo « plan de paix » de l’administration américaine n’est autre qu’un geste brutal qui vise à serrer encore plus vigoureusement le nœud coulant qui étouffe depuis 1948 un peuple qui n’a comme seul tort de ne pas renoncer à disparaître en silence. Ou plutôt si : ce plan a un autre mérite. Il montre que, de la SDN à l’ONU, la colonisation est un concept qui se porte toujours aussi bien dans notre monde, malgré toutes les résolutions vertueuses que sait si bien distiller le « machin » dont se gaussait déjà de Gaulle. Et le fort a toujours autant de liberté d’écraser le faible, dans l’indifférence générale. Et on retrouve une fois de plus les communiqués timorés de nations comme la France, prompte à « saluer » le plan Trump-Kurshner, au lieu de le traiter pour ce qu’il est : une mascarade ne cherchant même pas à dissimuler son cynisme brutal. Y aura-t-il un dirigeant français prêt, comme Daladier revenant de Munich en septembre 1938, à murmurer « Ah, les cons ! », devant l’inertie de l’opinion publique ?

Le mettre sur les réseaux sociaux, c'est se faire accuser de comparaisons hideuses. Et pourtant. Comment ne pas penser au mot « ghetto », quand on regarde ce qui a déjà commencé en Palestine et ce qui va se renforcer du fait de ce « plan » ? Tout comme dans un gigantesque ghetto, il y a bien l’enfermement de tout un peuple dans des confettis territoriaux privés de tout : liberté d’aller et venir, liberté de disposer des moyens de se nourrir (cf les restrictions mises à la pêche, les terres arables spoliées, les ressources en eau détournées…), liberté de commercer, liberté de voyager (interdiction de construire un aéroport), liberté de disposer d’une armée de défense, liberté de recevoir l’argent versés par la communauté européenne (perçu par Israël et conservé au titre de représailles), etc etc.

Face à cela, que faire, lorsqu’on est un citoyen du monde, légitimement indigné par cette situation intolérable ? Autrefois, lorsque l’Afrique du Sud se livrait à l’apartheid, les nations dites civilisées, sous la pression de leurs opinions, appelaient officiellement au boycott. Aujourd’hui, le mouvement BDS est condamné et réprimé par les tribunaux français. Même la timide mention d’origine des produits issus des colonies israëliennes a eu besoin de la Cour de justice européenne pour s’imposer à tous les pays de l’UE. Mais demain, alors que ces colonies vont être officiellement partie intégrante d’Israël, en violation du droit international mais avec la bénédiction états-unienne, cette décision ne va-t-elle pas devenir de facto caduque ?

Alors oui : que faire, sinon pleurer des larmes amères et se dire que le droit reste comme toujours celui du plus fort ? Bush fils, après Bush père, ont réussi à déstabiliser durablement le Proche-Orient en envahissant l’Irak, sous l’affirmation mensongère qu’il s’y trouvait des armes de destruction massive. Trump, en bon isolationniste qu’il est, préfère laisser les puissances locales (Israël, Turquie) s’y coller à sa place. Stratégie « gagnante-gagnante », comme il les affectionne : économies pour son administration en termes de dépenses militaires et, au contraire, gains en dollars, avec les vente d’armes qui accompagnent ce dispositif. Sans compter que Mister President met de son côté une bonne partie de l’opinion américaine, à l’heure où son procès en impeachment éclaire d’une lumière crue les turpitudes de son mode de gouvernement.

Quant à l’opinion publique mondiale, trop sollicitée par les sirènes (d’alarme) écologistes, elle se préoccupe davantage du réchauffement climatique qui, même si cette préoccupation est tout-à-fait légitime, ne doit pas détourner son regard de la criminelle injustice qui se déroule ouvertement. À l’heure où l’on commémore le massacre d’une inouïe sauvagerie de millions d’innocents en raison de leur religion, on n’a aucune excuse pour ne pas s’indigner d’une tragédie sans doute moins sauvage, mais qui n’en est pas moins tout aussi condamnable dans sa finalité : la disparition d’un peuple en tant que nation libre et autonome, vivant sur sa terre, celle de ses ancêtres.

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