Cachez ces malsains que je ne saurais voir.

À Strasbourg, le Maire étiqueté socialiste vient de signer un arrêté interdisant la mendicité au centre-ville tous les jours de 10h à 20h.

"Le texte arrête que « l’occupation de manière prolongée des voies publiques par des personnes seules ou en groupe, que cette occupation soit accompagnée ou non de sollicitations à l’égard des passants, lorsqu’elle est de nature à entraver la libre circulation de personnes, à porter atteinte à la tranquillité publique, notamment lorsqu’elle s’accompagne de nuisances sonores, ou à la salubrité publique, est interdite dans les lieux et pendant les périodes [du lundi au dimanche de 10 h à 20 h jusqu’au 30 septembre et du 23 novembre au 31 décembre de 10 h à 20 h.].

Ceci avec l'approbation de l'association des commerçants qui regrette même que cet arrêté ne s'applique pas à d'autres lieux du centre-ville que ceux qui sont concernés et, on l'attend, sans doute bientôt de l'opposition de droite.

Après avoir hérissé les lieux traditionnels de repos des sans domicile fixe que sont les bancs publics et les abords de monuments de dispositifs les empêchant de s'y allonger, voilà un pas de plus pour éloigner du centre de la Ville tout ceux qui pourraient gêner le regard ou l'ouïe des braves gens - surtout des touristes durant les beaux jours et la période du sacro-saint marché de Noël.

Pendant ce temps, des familles de migrants kosovars vivent dans des conditions épouvantables, comme on peut le lire ici, des familles albanaises voient les leurs évacués et privés de soins comme on peut le lire .

Bienvenue à Strasbourg, capitale européenne et gérée par une majorité socialiste et dont le Premier adjoint est inscrit LREM, majorité par conséquent sensée se préoccuper de la cause sociale. Un miroir de ce qu'est devenue la sociale-démocratie en Europe.

On ne saurait oublier qu'en 1989, les socialistes autour de Catherine Trautmann ont battu Marcel Rudloff (PR) grâce au soutien actif de la même association de commerçants Les Vitrines de Strasbourg en raison d'une pomme de discorde appelée VAL. L'équipe municipale d'alors voulait un transport en commun souterrain, un métro sans chauffeur comme à Lille ou à Roissy, le VAL qui était alors fabriqué par Matra. De leur côté, les commerçants n'en voulaient absolument pas, car souterrain, donc accusé de faire passer leurs clients sous leurs magasins au lieu de les amener devant leurs vitrines. Aujourd'hui, le Maire Roland Ries, Premier adjoint de Catherine Trautmann à l'époque de sa première élection à la Mairie, montre qu'il n'est pas un ingrat. Que sont quelques SDF en face d'une corporation puissante capable de faire et de défaire des municipalités ? Ce surtout que nombre d'électeurs crédules sont sensibles aux discours qui font d'une "mafia de roumains" les véritables maîtres des trottoirs, asservissant femmes et enfants obligés d'aller mendier agressivement pour ramener l'argent qui alimentera des trafics inavouables. Rien n'est plus facile que d'alimenter la rumeur et de jouer sur les peurs des braves gens.

Roland Ries a bien compris dans quelle direction souffle le vent des prochaines élections municipales et, empêtré dans les divisions de sa majorité actuelle, il tente de jouer la carte de l'autorité pour donner des gages à la frange droite de son électorat. Actuellement, avec le GCO, cet autoroute de contournement dont ne veulent pas les écologistes, il sait qu'il ne pourra pas compter sur ceux qui ont été ses alliés durant deux mandatures. Une autre partie de sa majorité se dit macroniste. C'est donc sur sa droite qu'il lui faut trouver de nouvelles voix en vue d'une bataille municipale qui, même s'il ne briguera sans doute pas un troisième mandat, ne doit pas profiter à ses adversaires de droite et marquer le retour d'une alliance LR/UDI comme au bon vieux temps du tandem Keller/Grossmann.

Alors, quelques SDF de plus ou de moins…

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