Racisme, islamophobie et autres discriminations

Comme il m'arrive de lire et de commenter un jour trop tard les commentaires aussi divers que (a)variés qui ponctuent si joyeusement certains articles sujet à polémiques , je remets ici un commentaire posté trop tard pour être encore d'une quelconque utilité au débat, à la suite de l'article intitulé La "France insoumise se disloque autour de l’islamophobie"

Un commentateur de l'article paru le 29 août dernier sous la plume de Pauline Graulle et intitulé La France Insoumise se disloque autour de l'islamophobie écrit : "Parler de racisme (à propos de l'islamophobie) n'est pas ridicule, les races n'existent pas, et le racisme englobe toutes les formes de discriminations, dont l'islamophobie (ou tout autre terme qui conviendra, moi celui là me convient), l'homophobie etc... Et en effet, les musulmans ne sont pas une race... pas plus que les "noirs" ou les "blancs"."

Non, le racisme n'"englobe" pas "toutes les formes de discriminations", pas plus que le féminisme n'englobe toutes les formes de soutien à l'égalité hommes/femmes. Le racisme est la croyance qu'il y a des races humaines et que certaine(s) serai(en)t supérieure(s) à d'autres. Le racisme est la pire des discriminations, si tant est qu'on puisse établir une hiérarchie, car elle s'appuie sur une classification des êtres humains en fonction d'un critère totalement artificiel et erroné : la race. Donc sur une ignorance qui aboutit à une attitude dont on a hélas largement vu qu'elle pouvait s'avérer monstrueusement criminelle.

Pour ma part, je suis par définition totalement tolérant vis à vis de tout ceux qui sont capables de manifester eux-mêmes de la tolérance. C'est à dire ceux qui acceptent le vivre ensemble avec d'autres qui ne professent pas les mêmes croyances ou les mêmes opinions que les leurs.
Par contre, il n'en va pas de même envers quiconque place ses croyances au-dessus du vivre ensemble et qui rejette les autres croyances, voire même qui compte imposer les siennes à d'autres (ou pire : à tous les autres). Être intolérant vis-à-vis de l'intolérance est non seulement juste, mais salutaire. Ce qui n'a rien d'un paradoxe.

L'islam comme religion est tout aussi respectable que n'importe quelle autre religion, tant qu'elle est compatible avec les règles laïques de la République et la République laïque se doit de respecter ses croyances, comme elle respecte les autres croyances religieuses. Qu'au nom de sa religion, on refuse le droit à l'avortement, au mariage homosexuel ou à l'égalité homme/femme, ce n'est pas acceptable. Qu'une femme refuse l'avortement au nom de ses croyances ou qu'une femme accepte librement de se voiler par conviction religieuse, est a contrario légitime et ne peut être stigmatisé au nom de la laïcité. Si la laïcité devient exclusion au nom des croyances religieuses (comme par exemple le refus de l'accompagnement des enfants scolarisés par des mères voilées), alors il s'agit d'un laïcisme devenu à son tour intolérant.
Si on peut comprendre l'interdiction du voile intégral dans l'espace public au nom de considérations sécuritaires, comment accepter l'interdiction du voile partiel à l'école ou dans l'exercice d'un emploi dans la fonction publique ? N'est-ce pas faire le lit de l'intégrisme que de stigmatiser et de faire preuve d'intolérance vis à vis d'une religion en particulier, dans ce qu'elle a de démonstratif au niveau de ses signes d'appartenance ?

Pourquoi LFI se trouve-t-elle au milieu d'une espèce de tourmente ? Parce qu'un parti politique qui, comme LFI l'a fait avec constance depuis de nombreux mois, s'est construit sur l'opposition frontale avec les valeurs d'exclusion prônées par la droite et l'extrême droite, se trouve mal à l'aise avec la définition du laïcisme comme étant la promotion de la laïcité. Faut-il, au nom du refus de l'islamophobie, se montrer tolérant vis à vis d'une lecture de l'Islam qui, comme certains en considèrent la pratique, trouverait normal d'imposer à ses croyants des contraintes sociétales incompatibles avec la société telle que la nôtre au XXIè siècle ?
Où commence et où doit s'arrêter la tolérance ? Vaste question ! Qu'un consensus paraisse évident contre l'excision, l'infibulation, la polygamie, les mariages arrangés, soit ! Mais quid du port du voile par les femmes, du financement des mosquées avec de l'argent en provenance de l'étranger, de la viande halal, du massacre de milliers de moutons pour la fête de l'Aïd el Kebir… ? Et on pourrait en dire presque autant des fondamentalistes juifs (hassidim) et leurs contraintes imposées aux membres de leur communauté : perruques pour les femmes, nourriture casher, mariages arrangés, refus du mariage mixte (disparité de culte pour les mariés)… - et pourtant, quel parti politique oserait de nos jours se montrer ouvertement antisémite au nom de ces pratiques ?

La laïcité serait-elle un piège pour les politiques ? Oui, s'il s'agit d'un laïcisme objet de militantisme et combat contre les religions. Non, s'il s'agit de laïcité synonyme de neutralité et qui refuse l'intolérance religieuse ainsi que les contraintes non consenties qu'elle impose.

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