Le collectif NousToutes découvre les différences de sexualité dans le couple

Caroline de Haas et le collectif #NousToutes découvrent que la sexualité des hommes est différente de celle des femmes. Voilà une belle surprise ! Dans une étude en ligne portant sur 100 000 réponses, dont 96 000 femmes, cette enquête nous apprend que 90% des femmes « ont dit avoir subi des pressions pour avoir un rapport sexuel ». Des pressions entre un homme et une femme : diable !…

Tout d’abord, voyons quelles sont les conditions dans lesquelles cette étude a été menée. Difficile : à part deux diapos sur twitter et des citations de medias accessibles via google, rien. Pas de NousToutes.org, rien qu’un site NousToutes.com et là, pas d’étude ni d’enquête présentée.

Ensuite, il convient de (re)préciser les limites des enquêtes en ligne – lorsqu’elles sont menées par un institut professionnel et indépendant. N’y répondent que les plus motivé(e)s, qu’il s’agisse de personnes très satisfaites ou, au contraire, très désappointées.

Enfin, 100 000 réponses, cela veut dire entre 200 000 et 500 000 questionnaires diffusés (sur toute la France ?), donc une chance certaine que vous et moi en ayons entendu parler. Moi, non. À moins que ces questionnaires aient été adressés à leurs réseaux par les membres et sympathisants du collectif NousToutes, avec alors toutes les réserves possibles quant à la représentativité de ce très large échantillon par rapport à la population féminine de plus de 15 ans en France (près de 29 000 000).

Bref, là n’est pas le cœur du sujet. Ce qui l’est, en revanche, c’est la surprise quelque peu candide de ce mouvement, fort sympathique et utile au demeurant, face aux résultats présentés ce mardi 3 mars 2020.

En effet, l’enquête « révèle »

  • que les hommes sont en général plus souvent demandeurs que les femmes d’avoir un rapport sexuel ;
  • qu’il peut y avoir pression dans un couple (habituel ou occasionnel) lorsque l’un des deux partenaires est davantage désireux que l’autre, quel que soit l’objet de son désir.

Évidemment, il s’agit ici de sexe et non de l’achat d’un vêtement, d’un véhicule, d’un bijou, de quelqu’autre bien ou service. Ce qui rend la « pression » moins acceptable, on en conviendra. Mais reconnaissons que la pression fait en général partie intégrante de la relation entre partenaires partageant la vie, l’espace et la plupart des projets.

Cela posé, imagine-t-on facilement une femme faire pression sur son partenaire masculin pour qu’il accepte un rapport sexuel, surtout lorsqu’il se montre fatigué ou souffrant ? Encore moins lorsqu'elle ne connaît pas ou pas suffisamment l'homme qu'elle envisage de séduire. Une femme qui le ferait observerait sans doute quelque surprise de la part de son partenaire, voire quelque difficulté à la satisfaire. Sauf si l'homme est du genre "toujours-prêt", bien entendu. Du reste, si une femme peut – à condition d'accepter de pousser très loin ses efforts de bonne volonté – simuler le désir et le plaisir, on aura du mal à croire qu’un homme puisse faire de même…

Il y a donc un mécanisme de désir sexuel différent entre l’homme et la femme. Les sexologues l'affirment : l’homme ressent les pulsions du désir d’une façon plus immédiate et plus impérative que la femme. Est-ce anormal et est-ce condamnable ? Sans vouloir être réducteur, ce n'est pas ce que nous disent les espèces vivantes et, plus spécifiquement, les mammifères, classe d’animaux vertébrés à laquelle appartient Homo erectus (sans jeu de mot). Que l’on observe le comportement sexuel au moment du rut du cerf, du taureau, du chien, sans parler du singe, notre plus proche cousin, on constate que c’est en général le mâle qui propose et la femelle qui dispose. On ne fera bien sûr aucun parallèle avec la violence qui marque très souvent les courts préliminaires, lorsque la femelle se montre rétive aux assauts amoureux (si l’on peut dire) de son partenaire, car la raison est ce qui différencie – pas assez souvent, hélas – l’espèce humaine des autres êtres vivants.

Une fois ceci admis, il reste néanmoins la contrainte, qui est bien différente de la simple « pression » dont parle l’enquête du collectif NousToutes. Contrainte, cela veut dire usage de l’autorité, du prestige, de la ruse, lorsque ce n’est pas de la force tout court. Cela, tout le monde devrait s'accorder pour dire que toute contrainte en matière sexuelle est, pour le coup, totalement injustifiable et inqualifiable.

Est-ce à dire qu’une invitation un peu (trop) pressante de l’homme envers sa partenaire pour qu’elle accepte un rapport sexuel est à condamner sans hésitation ? S’il s’agit de l’invitation en tant que telle, on peut la regretter, dire qu’elle manque à tout le moins d’élégance et de savoir-vivre, parler de goujaterie si cette invitation est par trop lourde et insistante. Mais on ne pourra la condamner que si la réponse de la femme est « non » et que, malgré ce refus, son partenaire (a fortiori celui qui souhaite le devenir) tentera d’obtenir par la force ce que la séduction seule n’aura pas permis.

Voilà la limite que toute société civilisée doit fixer aux relations entre hommes et femmes, pour la protection des secondes contre les abus des premiers. Et pas seulement s’agissant des relations sexuelles. Les violences faites aux femmes sont nombreuses et toutes inacceptables, à des degrés divers, certes, mais néanmoins toutes condamnables.

De là à vouloir moraliser les rapports humains à chaque niveau et penser qu’il suffit de légiférer ou de réglementer pour qu’un jour chaque homme et chaque femme considère l’acte sexuel avec la même psychologie du désir et la même approche de la séduction, il s’agit là d’une douce rêverie d’adolescent. Pire : d’un combat qui éloigne les féministes des vrais enjeux de la légitime lutte pour une véritable égalité entre les sexes, qu’il s’agisse de vie professionnelle ou simplement de vie sociale.

Les femmes méritent mieux qu’une enquête qui enfonce des portes ouvertes.

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