Malgré son endettement abyssal, la Grèce achète 18 Rafale à la France

Dans un contexte marqué à la fois par la crise gréco-turque, l'endettement colossal du pays et la crise sanitaire qui prévoit une baisse inédite du PIB grec, le gouvernement de droite conduit par Kiriakos Mitsotakis annonce l'achat par son pays de 18 avions Rafale à la France. Ci-après la reprise intégrale de l'article paru ce jour dans "Le Courrier des Balkans".

Alors que les tensions restent vives avec le voisin turc, Athènes a décidé de doubler ses dépenses militaires pour l’année 2021, en annonçant l’achat prochain de 18 avions de combat Rafale. Le budget pour la Défense doit s’élever en 2021 à 5,5 milliards d’euros : deux fois plus que pour l’année 2020, tandis que le coût total des Rafales est estimé à 2,5 milliards d’euros, dont 1,5 milliard l’an prochain.

Le contrat sera signé « dans les prochains jours prochains , a déclaré mardi soir le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis. La ministre française des Armées, Florence Parly, est attendue la semaine prochaine à Athènes, a annoncé le ministère de la Défense grec. Les six premiers avions de combat, d’occasion, ne doivent arriver en Grèce qu’en juillet.

La Défense a aussi prévu l’embauche de 15 000 personnes supplémentaires dans l’armée, l’achat d’armes de toutes sortes, de nouvelles frégates, d’hélicoptères, de drones et la mise à niveau de ses avions F-16, en partenariat avec la compagnie américaine Lockheed Martin.

Le principal parti d’opposition, Syriza, le parti communiste et Mera25, la formation de l’ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis, ont voté contre ce budget, alors que cette année, le pays replonge dans la récession à cause de la crise sanitaire

D’après les prévisions, le PIB de la Grèce va se contracter de 10,5% en 2020, avant une reprise de 4,8% en 2021. Le pays va dépenser 24 milliards d’euros cette année et 7,5 milliards en l’année prochaine pour amortir l’impact de la pandémie sur l’économie, ce qui fait craindre une augmentation des déficits publics et une nouvelle crise. La dette devrait bondir à 209% du PIB, avant de redescendre ensuite sous les 200%.

L’ancien Premier ministre et chef de file du Syriza, Alexis Tsipras, a dénoncé mardi à la tribune du Parlement les choix du gouvernement conservateur. « Dans un monde qui change et qui comprend l’importance de la protection sociale et du système de santé public, le gouvernement de la Nouvelle Démocratie nous conduit à la faillite comme en 2010 », a-t-il lancé.

Au lieu de dépenses dans l’armement, le principal parti d’opposition aurait souhaité que le gouvernement investisse dans le soutien aux petites entreprises et aux plus vulnérables parmi les citoyens qui affrontent péniblement depuis le 7 novembre un second confinement, qui doit se poursuivre jusqu’au 7 janvier. « La classe moyenne qui vous intéressait tant lors de la campagne électorale est en train de fermer ses magasins, elle est au chômage partiel et cherche du travail », a rappelé Alexis Tsipras au Premier ministre.

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