Erdogan, l'homme qui voulait être Commandeur des croyants

Violations de l'espace aérien et maritime de la Grèce, tensions aux frontières nord gréco-turques, transgressions de l'embargo sur les livraisons d'armes à la Libye, intimidation des navires de guerre français, chantage aux migrants… tout se met en place pour de nouveaux affrontements aux frontières de l'Europe, qui plus est, entre pays alliés au sein de l'Otan.

La Libye est un terrain extrêmement dangereux où des pays s'affrontent par alliés sur le terrain interposés. La France et la Russie ne font pas exception, en choisissant un camp : celui du Maréchal Haftar. On en parle assez peu, pour ne pas dire pas du tout, dans nos media nationaux. On préfère parler du Covid 19,  qui fait pourtant bien moins de morts que cette guerre civile où les armes tuent indistinctement militaires et civiles. Pourtant, ce que font la France et la Russie est une chose qui devrait être bien plus commentée qu'elle ne l'est, contre laquelle tout ce qui peut être dit doit l'être et ne doit pas être passé sous silence.

Mais le jeu très dangereux auquel se livre actuellement celui qui se rêve en successeur du sultan, Commandeur des croyants, doit alerter les démocraties européennes, à défaut des État-Unis de Donald Trump, trop content d'avoir un allié objectif en Méditerranée, capable de tenir tête aux gouvernements européens associés au sein de l'Otan. Derrière lui, la Turquie a choisi elle aussi son camp. L'autre, celui du Gouvernement d’accord national [GAN] de Fayez Al-Sarraj, officiellement soutenu par Paris qui ne met manifestement pas tous ses œufs dans le même panier.

Erdogan rêve de reprendre pied en Afrique du Nord et de reconstituer l'Empire ottoman, en plus de lorgner très fort sur les réserves de gaz et de pétrole libyens. Avec cela, il mène une politique très agressive contre la Grèce, en multipliant les provocations, pour pousser Athènes à l'affrontement. Il viole l'espace aérien grec, il envoie des bateaux de migrants vers la Grèce, il n'hésite pas à faire franchir les limites des eaux territoriales grecques à ses navires pour faciliter les livraisons d'armes destinées aux troupes du Maréchal Haftar. Il mène une politique d'agression militaire, seule façon de ressouder le peuple turc derrière lui, alors que la situation économique et sanitaire actuelle dans son pays menace de fragiliser son image et sa réputation.

Que va faire l'Europe, face à cette escalade dangereuse ? Se coucher, comme autrefois à Munich, devant un autre risque-tout qui testait la capacité des démocraties à résister à une politique d'agression ? C'est hélas à craindre, tant les peuples heureux n'ont pas de mémoire…

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