Israël, État-nation du peuple Juif : qui sont les responsables ?

Si la Knesset vient de voter la nouvelle loi qui se veut un ajout aux textes organiques qui définissent l'État d'Israël sans entraîner pour autant la réprobation de la communauté internationale, se posent des questions qu'on ne voit pas traiter dans les colonnes de Mediapart, sous la plume de René Backmann.

Il y a deux questions que cet article n'aborde pas - ou préfère ne pas aborder.

La première est celle des responsabilités. Netanyahou n'est en aucun cas arrivé au pouvoir - par trois fois, rappelons-le - par un coup d'État, mais bien par la volonté des urnes, c'est à dire par une majorité de citoyens en situation de voter. Ceci, même si ce fut, au moins à une reprise, par un jeu d'alliances avec des partis religieux et extrémistes qui avaient, de leur côté, recueilli assez de voix pour passer un accord de gouvernement avec un Likoud ayant Netanyahou comme leader. Prendre les Israëliens pour des incapables majeurs auxquels le gouvernement imposerait des décisions et des actes auxquels ils seraient opposés serait une manière bien trop facile de les dédouaner de leurs responsabilités directes dans la situation actuelle. Si Israël devient un État ségrégationniste et raciste, c'est bel et bien avec l'assentiment explicite du plus grand nombre de ses citoyens.

La deuxième est le silence de la communauté internationale. Pourquoi tant de gouvernants, qu'ils soient occidentaux ou orientaux, de l'hémisphère Nord comme de l'hémisphère Sud, tellement prompts à stigmatiser des États dits "illibéraux" - magnifique néologisme pour éviter d'avoir à dire "dictatoriaux" - demeurent soudains totalement muets lorsqu'il s'agit de critiquer Israël, lorsqu'après avoir commis tant de crimes de guerre, il s'apprête à présent à se livrer au racisme et au ségrégationnisme les plus primaire ? Oui, pourquoi, lorsque cet État pour lequel ils se sont tellement compromis depuis sa création en 1948 se moque imperturbablement de toutes les condamnations et autres résolutions prises par l'ONU, aucune sanction ni aucune rétorsion ne sont prises contre ses intérêts ?
Serait-ce en raison de supposées menaces intérieures que feraient peser les différentes composantes d'une diaspora juive à la puissance électorale fantasmée ? Foutaise ! Rien qu'aux USA, où réside 39% de la population mondiale des Juifs, si les citoyens de religion juive représentent cinq millions et demi de Nord-Américains, qu'est-ce que cela, face à une population totale de plus de 325 millions d'habitants ? Alors, serait-ce la puissance financière aux mains des Juifs qui ferait reculer les gouvernements ? Dire cela serait non seulement techniquement aberrant, mais aussi signifierait accréditer le discours hideux de ces années sinistres dont on sait ce qu'il a provoqué comme monstrueux massacres d'innocents en raison de leur seule religion en Europe.

Les raisons en sont multiples. Elles tiennent sans doute en partie à la honte partagée par des pays réellement démocratiques vis à vis de leur attitude au moment de la montée du nazisme et de leur absence de réaction vis à vis de ce que ses concepteurs criminels ont appelé la Solution finale. Elles tiennent aussi à des raisons confessionnelles, à savoir une sympathie d'origine religieuse de la part de certaines communautés chrétiennes envers Israël, sensé représenter le retour légitime à la Terre promise par un Dieu commun aux Juifs chassés de chez eux et condamnés à errer durant deux millénaires loin chez eux. Autre mythe : celui du Petit Poucet Israël, vainqueur des méchants Arabes ligués contre lui et pourtant défaits par plus faible qu'eux. D'où une admiration qui serait légitime devant l'intelligence stratégique plus efficace que la force brutale, ses tenants oubliant que dès les années 60, Israël était désormais la principale force militaire de la région, avec l'aide, précisément, des pays occidentaux, USA et France (merci Guy Mollet !) en tête. Elles tiennent enfin à un rapport de forces qui date des années de la Guerre froide, avec les deux blocs Est et Ouest qui s'affrontaient par l'intermédiaire de guerres régionales, la Palestine n'échappant pas à cet affrontement. Israël était du "bon" côté pour les occidentaux, Moscou étant de celui des "méchants" Arabes - dont on sait par ailleurs le peu de goût pour les alliances entre États si souvent concurrents.

À présent, on est à l'heure où l'Amérique de Donald Trump a plus que jamais fait d'Israël le cinquante et unième état des États-Unis d'Amérique en proclamant unilatéralement Jérusalem comme sa capitale unifiée, en y transférant solennellement son ambassade et en nommant son gendre à la tête d'une mission de négociation pour un accord Israëlo-Palestinien dont on connaît les propositions d'une disproportion grotesque en faveur de l'État juif. C'est naturellement le meilleur encouragement possible pour que le gouvernement Netanyahou se sente pousser des ailes et soit totalement désinhibé au point de tomber le masque de la démocratie avec, encore une fois, le soutien de sa majorité d'électeurs. Le peu de retenue qui l'empêchait jusqu'ici d'aller jusqu'au bout de ses ambitions à la fois territoriales et politiques n'a plus de raison d'être. Il peut désormais enclencher le processus qui doit amener enfin à la réalisation de son rêve : repousser les limites territoriales jusqu'à ce que ses partisans appellent "Le Grand Israël".

D'autres, en leur temps, parlaient de "Lebensraum", de "Drang nach Osten" et aussi de "Herrenvolk", avec, pendant longtemps, la même apathie de la part de la communauté internationale.

 

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