L'antisionisme n'est pas de l'antisémitisme

L’association B’nai B’rith, membre du Conseil représentatif des institutions juives de France, a organisé à Strasbourg, le 21 novembre, une conférence destinée à contredire la campagne « Boycott - Désinvestissement - Sanctions » (BDS), qui demande de boycotter l’exportation de produits et services issus de l’économie israélienne

Il est intéressant de lire dans les colonnes des DNA du dimanche 24 novembre le combat que mène le président de l’association B’nai B’rith, contre la campagne BDS (Boycott/Désinvestissement/Sanctions) à l’égard de l’État d’Israël. Simon Benchimol, c’est son nom, est chargé de la lutte contre cette campagne au sein de cette association, membre du CRIF.

Certes, s’appuyant sur une interprétation de lois anciennes que certains juristes ont mises en cause, interprétation clarifiée en 2010 dans une circulaire par la ministre de la Justice d’alors, Michèle Alliot-Marie, la Cour de cassation a condamné cinq militants de la campagne BDS pour une action menée dans un supermarché d’Illzach le 26 septembre 2009. Depuis, toute action visant à appeler au boycott est susceptible d’être poursuivie en justice.

Il convient tout d’abord de rappeler que la campagne BDS est née en 2005 de l’inertie des États à la suite de l’avis de la Cour internationale de justice, saisie en urgence par l’ONU, avis rendu un an auparavant. Selon la CIJ, Israël contrevient au droit international en érigeant le mur séparant les territoires palestiniens des colonies israëliennes, installées elles-mêmes en violation du droit international et des résolutions des Nations Unies. On peut consulter à tout moment cet avis sur https://www.icj-cij.org/fr/affaire/131.

Sans remettre en cause ce que la Cour de cassation a confirmé, il convient ensuite de rappeler que deux seuls pays au monde pénalisent les militants appelant au boycott dans le cadre de cette campagne : la France et Israël.

Quant au projet de loi assimilant antisionisme et antisémitisme, porté par Sylvain Maillard, projet évoqué par Simon Benchimol et relaté dans l’article susmentionné, il convient enfin de préciser qu’il rencontre de nombreuses réticences auprès des députés comme des sénateurs et ceci, jusqu’au président de la République, dans une déclaration faite à l’Élysée le 19 février dernier.

Même si la Shoa a été le pire crime contre l’Humanité, qu’il a été perpétré au XXè siècle et qu’il a fait naître une dette incommensurable à l’égard des Juifs, être juif, c’est néanmoins appartenir à une confession religieuse, comme être chrétien ou être musulman. Prétendre le contraire, c’est nier que l’on soit pleinement Français de confession juive, Français de confession chrétienne ou Français de confession musulmane. Le sionisme, comme l’antisionisme, revêtent de multiples formes, y compris en Israël. Développer ces notions serait bien trop long et complexe pour être résumé ici en quelques lignes. Il n’y a pas qu’une seule façon d’être antisioniste, comme il n’y a pas qu’une seule façon d’être sioniste. S’opposer à la politique d’Israël, telle que menée depuis de nombreuses années, est une de ces formes. Elle n’est en rien une opposition au judaïsme en tant que tel.

S’il est totalement absurde de prétendre que le judaïsme est une race – et absolument criminel d’en faire un objet de préjugés conduisant à la haine – il est tout aussi absurde de prétendre que s’opposer à la politique d’Israël soit faire preuve d’antisémitisme. C’est pourquoi il y a peu de chance que les élus de la République suivent Sylain Maillard, lors de l’examen de la loi qui interviendra le 3 décembre prochain.

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