FÉMININ ET MASCULIN : LA DICTATURE DES MOTS ET DES IDÉES

Je lis dans les DNA (Dernières Nouvelles d'Alsace) du 9 novembre que 314 responsables de l’enseignement d’élèves des collèges et des lycées de France refusent d’accorder le pluriel au masculin, au motif qu’il s’agit là d’une scandaleuse atteinte à l’égalité des sexes.

Ma formulation – on l’aura remarqué – est assez alambiquée pour éviter précisément le piège d’avoir à choisir comment accorder le pluriel de « professeur » et celui de « Français ».
Las ! le.la journaliste auteur.e de l’article, lui.elle, n’a pas ce scrupule. Il.Elle fonce, tête baissée, dans le choix du masculin pluriel précisément honni : il.elle écrit « plus de 300 professeurs » au lieu de “professeur.e.s”… Chacun.e aura bien entendu remarqué ce nouveau sacrifice à un machisme qui n’a que trop duré dans notre langue, si belle par ailleurs.
 
Le paragraphe qui précède, écrit à la mode du site slate.fr, montre assez bien comment il va falloir désormais s’exprimer par écrit, pour s’assurer enfin que nos chères têtes blondes ne soient plus programmées dès le plus jeune âge à considérer, comme nos ancêtres du XVIIè siècle, à l’origine de cette scandaleuse OPA du mâle dominant sur la timide féminine (et surtout pas LE timide féminin, voyons !).
 
La femme n’est que l’une de ces minorités ( !) souffrant d’une oppression intolérable qui se niche jusque dans le langage quotidien. Il est grand  temps de les jeter aux orties, toutes ces discriminations qui oppriment depuis des siècles des pans entiers de notre société et qui s’illustrent dans une culture essentiellement androphile, « de racines chrétiennes et de race blanche ». Sic.
 
Et puisque le féminin a été banni du pluriel depuis Henri IV le Vert Galant, laissons à son tour durant les prochaines 350 années le féminin accorder les pluriels dont les composantes sont bisexuées.
Que les attributs et les épithètes soient désormais accordées au féminin.  Que les hommes et les femmes de notre doulce France soient convaincues de la justesse de cette cause. Qu’elles soient artisant.es ou femmes.hommes d’affaires, manuel.le.s ou intellectuel.le.s, auteur.e.s ou lectrices.teurs. Nous y trouverons tous.tes un confort et une simplicité de lecture renouvelées.
 
Voilà une bonne chose de faite.
Et il faut aller beaucoup plus loin, dans le repentir face à d’autres minorités, que le langage ou les conventions ont jusqu’ici contribué à discriminer dès l’éducation des plus petit.e.s.
 
Prenons la Bible. Il n’est que temps de réécrire l’Ancien Testament, où l’on présente la Femme créée « parce qu’il n’est pas bon que l’homme soir seul » et, en plus, créée à partir d’un os de cet homme déjà dominateur jusque dans la conception de la femme. Et tant qu’on y est, révisons complètement le Nouveau Testament : ne présente-t-il pas les Juifs comme déicides, coupables collectivement de la mort du Rédempteur de l’Humanité, peuple fourbe et lâche à la fois ? Ce texte fondateur  n’a-t-il pas entraîné dès le plus jeune âge vers l’antisémitisme le plus primaire des générations de femmes et d’hommes dans notre Occident en majorité chrétien. ?
 
Et la musique, alors ? Le solfège prétend sans la moindre vergogne qu’une blanche vaut deux noires !!! Mais qu’avons nous attendu jusqu’ici pour enfin rétablir la plus élémentaire égalité entre ces deux couleurs de notes !
 
Tout ce politiquement correct qui pousse même la presse à l’auto-censure ne risque-t-il pas d’installer insidieusement ce qu’il est juste d’appeler la dictature des idées, exprimée par une dictature des mots et des signes ? Pour conduire ensuite vers quelle autre forme de dictature ?…

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