Albert Londres s'en est allé rencontrer Eugène Dieudonné en 1923, au Brésil. De leurs entretiens il tire "L'homme qui s'évada", le récit ahurissant de ce type, accusé à tort d'avoir été complice de la bande à Bonnot et qui s'est échappé de Cayenne au cours d'une équipée effrayante.
Effrayante et mortelle pour plusieurs des types qui l'ont accompagné. Car la Guyane est alors une prison à ciel ouvert : pas de murs, pas de barbelés mais une jungle épaisse et des marécages fatals pour dissuader les plus hardis des prisonniers d'aller à la rencontre de "La Belle".
La Belle, c'est la liberté, c'est à dire le Brésil où les forçats les plus courageux et les plus chanceux finissent par arriver quand ils parviennent à traverser l'enfer des mangroves, des moustiques et des sables mouvants. Plus les chasseurs d'hommes, ces mercenaires sans pitié. Mais malgré toutes les souffrances, les évadés ne renoncent jamais : l'attrait de la Belle est irrésistible.
Il y a quelque chose de très étonnant et parfois un peu malaisant avec le style de Londres : il raconte des horreurs et des atrocités en rigolant. Son ironie noire ne passerait plus aujourd'hui. Mais on ne peut reconnaître qu'il a suffisamment fait pour des causes lointaines à une époque où c’était pas la mode et surtout qu’il a suffisamment payé de sa personne pour accepter ses postures.