"Dans ma rue" (au JT de France 2), la valeur-travail et l’esprit du service public

Je regardais le Journal de 20 heures hier soir, et je suis tombé sur une chronique qui redonne la parole aux gens, dixit Pujadas, intitulée Dans ma rue, dans laquelle un journaliste France 2, mais de terrain, bon relationnel, est allé interroger les salariés de Plan de Campagne, au nord de Marseille...

Je regardais le Journal de 20 heures hier soir, et je suis tombé sur une chronique qui redonne la parole aux gens, dixit Pujadas, intitulée Dans ma rue, dans laquelle un journaliste France 2, mais de terrain, bon relationnel, est allé interroger les salariés de Plan de Campagne, la plus grosse zone commerciale de France au nord de Marseille, afin de savoir ce qu’ils pensent vraiment de tout et du travail en particulier, en vue de s’imaginer leur possible vote en mai.

Le travail universel, les trois interrogés ont bien flairé l’arnaque, comme l’idée de la retraite à 60 ans : j’espère aller jusqu’à 65 voire plus ! L’argent ça se mérite… nous on bosse, ceux qui cherchent du travail, est-ce qu’ils en cherchent vraiment ?? Par exemple nous on cherche un vendeur en ce moment !

Puis un homme en costume nous avoue à mi mots, presque honteux, que lui votera naturellement Fillon, vu qu’il est entrepreneur. Par contre deux vendeurs eux ne sont pas d’accord, l’un est pour travailler plus que 35 heures, pour monter les échelons, avoir plus de responsabilités, alors que l’autre ne veut pas travailler plus, pour ne pas y laisser sa santé.

Mais peu importe ses minimes divergences, car en conclusion ils ont au moins un point commun, ils aiment leur travail et ils en sont fiers.

Premier enseignement de ce faux micro-trottoir, en trois minutes, donner la parole à l’ensemble des salariés de Plan de Campagne, pas facile. Deuxième enseignement, en trouver un de gauche, prêt à parler à la caméra de façon critique de son travail, à visage découvert, pas évident.

Cela dit, comment en vouloir à France 2 ? En une demi-journée, et encore, notre journaliste n’a pas non plus eu le temps de faire une vraie étude sociologique sur le monde du travail ! Après il faut monter le programme, tout échantillonner, c’est un boulot de dingue la télé.

Malgré tout, sa formation, voire son expérience en tant que salarié-journaliste, aurait dû lui permettre de mettre en doute cette idée quand même étrange et qui les unieraient, que tous s'éclatent grave au boulot.

Combien de caissières, vendeurs chez Ikea, Mondial Moquette, Sephora ou Décathlon sont réellement fiers de leur travail ? Combien aiment vraiment leur travail, et seraient prêts à le faire même s’ils n’en avaient pas besoin pour vivre ? Entre répondre à un journaliste qu’on aime son travail (et encore, je ne suis même pas sûr qu’il ait demandé, peut-être qu’il a juste assumé en voyant leurs bonnes mines que tous prenaient leurs pieds à vendre des cuisines Schmidt et du prêt-à-porter) et réellement aimer son travail, n’importe quel journaliste sain d’esprit, de surcroît travaillant pour France 2, aurait pu se dire qu’il y a une certaine différence.

A partir de ce doute initial salutaire, notre journaliste aurait alors pu ouvrir Google, avant d’écrire sa conclusion, et se documenter un peu à propos du plaisir au travail. Il serait tombé par exemple sur un résumé du livre Travailler pour être heureux ? Le bonheur et le travail en France, de Christian Baudelot et Michel Gollac, qui ont mené en 2003 une étude sur 6000 salariés, et expliquent que 62% des répondants dit ne pas trouver de plaisir au travail : Lorsque la liberté au travail est mince, le salaire bas et la position méprisée, les sources du plaisir sont rares.

Enfin c’est ce que ces 6000 personnes disent, rétorquera le téléspectateur, pas dupe de ceux qui nous gouvernent et manipulent les chiffres. Avec tout ce chômage, ils doivent bien être contents au fond d’avoir du boulot quand même !

 

Il aura retenu en tout cas grâce à la chronique du JT d'hier que les français, même à Marseille, sont des bosseurs, amoureux de se lever tôt pour mériter leurs vies, et que la valeur-travail se porte bien. Quand Coluche expliquait que tout le monde gueule qu’il y a trois millions de personnes (6 millions aujourd’hui) qui réclament du travail. C’est pas vrai. De l’argent leur suffirait.  en réalité ce clown n’avait rien compris, les français aiment bosser pour rembourser leurs crédits et s’occuper les mains pour pas buter des mecs, et ils sont tous uniformément et à 100% cons à ce point.

Merci le service public, les vrais gens sont vraiment des gens bien.

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