Les effets du Figaro à l'étranger

Mardi 16 Juin je suis dans l’avion entre Buenos Aires et Miami. Mon voisin, Monsieur T. B., se rend à une réunion de travail en Jamaïque. « Je vais fumer de la marijuana ! » me dit-il, tout sourires. Monsieur B. est responsable du secteur caraïbes d’un grand groupe hôtelier. Nous parlons de son amour pour les Beatles, dont il chante les chansons dans un groupe semi-amateur, et puis de l’Argentine.

Mardi 16 Juin je suis dans l’avion entre Buenos Aires et Miami. Mon voisin, Monsieur T. B., se rend à une réunion de travail en Jamaïque. « Je vais fumer de la marijuana ! » me dit-il, tout sourires. Monsieur B. est responsable du secteur caraïbes d’un grand groupe hôtelier. Nous parlons de son amour pour les Beatles, dont il chante les chansons dans un groupe semi-amateur, et puis de l’Argentine.

Pour lui Cristina Kirshner est une plaie pour le pays, son mari était mieux, mais elle, 30% d’inflation, un pays qui fonctionne comme une monarchie, et elle multimillionnaire qui fait croire au peuple tous ces mensonges… pourtant je suis socialiste, je crois en l’égalité pour tout le monde. Mais pas de cette manière.

Et puis on en arrive au sujet de la France. Thomas, 61 ans, va de temps en temps à Paris, où il a des amis. Depuis un an, il s’est inscrit à l’Alliance Française et prend trois heures de cours par semaine. Il me dit : la France a un vrai gros problème, l’Islam. Les musulmans sont en train de prendre le pouvoir. Comme en Angleterre où ils ont déjà mis la main sur l’argent de la City. En France aussi, ça va venir, ils vont s’éduquer petit à petit, s’insérer dans les classes moyennes. Dans vingt ans il y aura un président arabe, et alors là fini les belles valeurs démocratiques, la liberté, l’égalité et la fraternité à la française. Eux ils ne veulent pas de ça, ils refusent notre modèle.

Je lui demande si c’est ce que ses amis lui disent quand il se rend en France. Il me dit que ça fait un moment qu’il n’y est pas retourné, qu’il a été malade, mais qu’il lit le Figaro, que c’est comme ça qu’il se tient au courant.

Les deux branches de la famille de Monsieur B. sont arrivées en 1908 en Argentine, pour construire les chemins de fer. Son grand-père venait du Lancashire, en Angleterre, et jeune homme a vu une belle opportunité d’emploi. Sa grand-mère, une jeune juive de Vitebsk, en Lettonie, la ville de Chagall, fuyait avec ses parents la misère économique et l’antisémitisme.

Cent ans plus tard, le petit-fils d’immigrés enrichi lit de temps en temps le Figaro pour ses cours de Français et croit que les musulmans menacent de renverser le pouvoir en France et d’instaurer la Charia.

Ce matin j’entends à la radio un extrait du discours de jeudi à L'Isle-Adam du patron des Républicains Nicolas Sarkozy sur les migrants, ces gens qui choisissent de venir mourir en méditerranée : C’est un peu si vous voulez comme une maison dans laquelle vous habiteriez… il y a une canalisation qui explose… elle se déverse dans la cuisine… le réparateur arrive et vous dit j’ai une solution… on va garder la moitié pour la cuisine (rires)… on va en être un quart dans le salon (rires), l’autre quart dans la chambre des parents et si ça suffit pas on a en réserve la chambre des enfants.

Je retrouve dans la voix de Sarkozy le même humour impayable que le père le Pen, ses fameuses formules et métaphores de bon goût.

Le problème ce n’est pas l’Islam, je disais deux jours auparavant à T.B., mon compagnon de vol, mais la manière dont on nous présente l’Islam. Les journaux irresponsables et les politiques qui instrumentalisent nos peurs pour arriver au pouvoir.

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