Le rêve de l'île

Cette définition à rebours de la Nation, ou encore de la Raison de Nation, comme on dit Raison d’Etat, par ce fils de rescapés du ghetto de Lod, que j’avais découverte il y a quelques années dans Route 181, d’Eyal Sivan :

Un rabbin a dit qu’un jour il aimerait se réveiller et voir Gaza sous les flots. Ce n’était pas politiquement correct, mais moi je ne le regretterais pas. Sur le plan humain peut-être, mais pas sur le plan national.

De même, pour poursuivre son raisonnement, comment ne pas souhaiter un jour que la France se retrouve seule au monde, de l’eau tout autour des frontières, enfin sécurisée, débarrassée des immigrés qui comptaient l’envahir ?

Honnêtement, si par l’effet d’une saine intervention de la providence, une véritable frontière étanche était possible, qu’on puisse jeter par-dessus bord tous les indésirables et enfin vivre ensemble, identiques, nationaux, y aurait-il quelqu’un pour le regretter ?

Pour cet israélien convaincu, qui estime être hanté par le traumatisme de ses parents, et admet que la Shoah a entièrement façonné sa façon de penser, l’éradication du peuple gazaoui sous les eaux nous débarrasserait d’un problème sérieux, qui nous occupe beaucoup. Si en 1948, on avait fait comme les américains avec les indiens, pour tout le monde ce serait mieux, on serait bien tranquilles.

Et si en mars 2015, on votait tous Front National, comme sans faire exprès, ne pourrait-on pas espérer qu’ils prennent les mesures radicales adaptées à la montée de l’islamisme et qu’enfin on puisse tous être bien tranquilles entre nous, au sec, derrière la retenue d'eau couverte de cadavres?

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