Mariano Otero s’en est allé… et il nous laisse un vide immense

Il est des rencontres qui nous marquent à jamais, et ces quelques lignes me paraissent bien dérisoires pour rendre hommage à cet homme discret, et pour évoquer en ces quelques lignes, tout ce nous qu’il nous a donné et nous laisse aujourd’hui.

Il est des rencontres qui nous marquent à jamais, et ces quelques lignes me paraissent bien dérisoires pour rendre hommage à cet homme discret, à l’accent de Castille -qu’il n’a jamais perdu-  et pour évoquer en ces quelques lignes, tout ce nous qu’il nous a donné et nous laisse aujourd’hui. Fidèle à la terre qui l’avait vu naître au lendemain d’une guerre qui dévasta l’Espagne, Mariano a 14 ans à peine, quand il prend la route de l’exil, avec sa mère, son frère et sa sœur pour rejoindre son père, Antonio Otero Seco, poète, journaliste,  réfugié à Rennes. Un homme de lettres qui formera plusieurs générations d’hispanistes bretons.

C’est donc en Bretagne que lui et les siens s’installent et qu’il devient l’un des plus jeunes diplômés des Beaux Arts de France.

Depuis son enfance, Mariano n’a cessé de peindre, des ocres de sa terre natale aux nuances de gris que lui offre la Bretagne, sa  terre d’accueil. Il avait emporté dans ses bagages les nuances de la Castille, le ciel de Madrid et l ‘héritage de ses peintres Velázquez,  Goya, Picasso, Juan Gris. L’Espagne se lit dans une œuvre dense de tableaux, de dessins et de pastels : un bol, une table, la bouteille d’Anis del Mono, un verre de vin, le pain, une grappe de raisin. Dans le dépouillement d’un bodegón il nous invite à partager cette culture dont le franquisme les a exclus, lui et les siens,  mais qui l’a accompagné et a nourri son art tout au long de cet exil. En effet, l’Espagne est là, au cœur de sa vie comme de son œuvre, une Espagne déchirée, muselée par la dictature, une Espagne républicaine à laquelle il n’a jamais renoncé, comme jamais il n'a renoncé  à sa nationalité.

Avec ses craies, son fusain, ses couleurs, il nous a transmis cette blessure reçue en héritage mais ses rouges, ses femmes magnifiques ou ses tangos sont aussi et, avant tout, un hymne à la vie, à l’amour, à la sensualité. Même privé de ses racines, Mariano, vit, peint et aime, une magnifique forme de résistance.

En digne héritier de son père, il est de tous les combats contre la répression. Son fusain redonne vie aux victimes qu’elle soit espagnole, chilienne, d’ici ou d’ailleurs. Ses affiches militent pour la paix, célèbrent le pluralisme culturel, la richesse des rencontres. (Affiches d'un engagement, M. Otero, La part commune, 2017). Il sait que le combat passe par la culture et il fonde, en 1999,  le Centre culturel espagnol, lieu d’échanges, de rencontres, de cultures et de mémoires qui réunit l’exil politique mais aussi économique.  Et pour les hispanistes, il est  une référence, comment oublier nos débats au long de ses quarante années de compagnonnage, sur la transition ou ce voyage à Zaragoza, pour sa première expo en terres espagnoles, Franco mort.

Mariano le plus Rennais des Espagnols ou  le plus Espagnol des Rennais,  homme de conviction et de culture nous laisse en héritage cet espace, cette mémoire et ce message que l’Art sait si bien créer, sans frontières, ni barbelés : un hymne à la vie, à l’amour et à la différence comme une forme de résistance à l’oubli, aux totalitarismes de tout sorte.

Nos pensées vont vers les siens, Marie Alice, son épouse et sa muse, Olga et Maruja, ses filles,  le peintre Antonio Otero son frère et sa sœur Isabel… ainsi que vers tous ceux qui l’aiment et ont eu, cette chance infinie, de croiser un jour  son chemin.

Hasta siempre, Mariano…. 

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