De la lutte des classes à la lutte des places

L’Espagne est une démocratie similaire à la nôtre, où les partis sont en crise et se déchirent dans des débats qui relèvent plus de la lutte de places que de classes, devant un électorat perplexe, oublié, une société qui se fragmente, qui au fil des jours perd confiance dans les urnes

 

Au vu du panorama politique européen comme international, nous pourrions nous interroger sur ce qui poussent certains à briguer un mandat politique,  ou s’accrocher  à leur siège qui, dans toute démocratie digne de ce nom, reste  un siège éjectable comme Rajoy (PP) a pu en faire l’expérience.

Parler au nom du peuple, sauver le citoyen, l’éclairer de sa pensée…mais que peuvent signifier « peuple »,  voire « pensée » lorsque  l’on écoute le niveau de certains débats de nos représentants.

J’ai toujours considérer que chacun a sa fonction sociale et que la richesse d’une société est sa capacité à mettre en œuvre dans une forme d’harmonie et de respect,  au sein d' un cadre collectivement partagé, les compétences des un-e-s et des autres…Sans doute ne  sommes-nous pas tous  égaux au niveau des dons, de nos capacités ou compétences -et de nos envies, aussi ! - pour gérer, gouverner, concevoir, cultiver, nourrir, éduquer, créer ou participer au collectif. Certains pensent, d’autres agissent, d’autres s’insurgent ou se plient…  Un simple souhait serait que ceux qui agissent en notre nom pensent et ne nous oublient pas les banderoles repliées, la place obtenue, qu'ils assument leurs fonction et mandat, qu’ils n’oublient jamais qu’ils ne sont que nos représentants et qu’ils ont des comptes à rendre à celles et ceux qu’ils ont appelé-e-s à les soutenir, dont ils ont suscité espoirs et attentes.

Alors en suivant les derniers et bien tristes épisodes des élections espagnoles, quelques remarques s’imposent :

  • Est-il raisonnable de penser que la démocratie peut exister sans la présence d’un parti majoritaire ? (j’allais dire avec ironie « unique ») ou qu’une alternative au bipartisme est possible ? Le pluralisme d'opinions n'est il pas le garant de l'équilibre en démocratie ?
  • Ne peut-on croire, comme l’ont cru nombre d’électeurs espagnols le 28 avril 2019, que l'Espagne  allait se doter d’un gouvernement progressiste ?
  • Une alliance PSOE et IU/Podemos est-elle contre-nature ? Vox parlait du danger d’un Front Populaire. La remarque est intéressante et mériterait un vrai regard sur le passé et ses témoins (cf. les mémoires d'Azaña par ex. ou les réflexions d’un Antonio Machado) afin d'éclairer par ses succès et ses erreurs, non seulement ce passé  trop absent des programmes éducatifs espagnols mais aussi son présent et son futur.
  • En 2014, l’alternance de deux partis (PSOE/PP) sur l’échiquier national avec les partis nationalistes (PNV/CiU) en arbitre, a vécu. Comme dans d’autres pays, on a vu apparaître de nouvelles options et formes d'engagement. Podemos en est un bel exemple, en récupérant l’héritage du 15 M, il avait suscité bien des espoirs et des engagements et modifié les rapports de pouvoir, notamment le poids des nationalistes catalans et basques. 

L’Espagne est une démocratie similaire à la nôtre où les partis sont en crise et se déchirent dans des débats qui relèvent plus de la lutte de place que de classe, devant un électorat perplexe, oublié, une société qui se fisure et se fragmente, qui au fil des jours perd confiance dans les urnes. Jouer avec les illusions et les espoirs d’une société, c’est courir à sa perte, c’est rompre un contrat qui  - c’est encore plus net dans le cas de l’Espagne- a mis du temps à s’enraciner. On pourrait espérer que gouverner c’est savoir écouter, tenir compte d’un pluralisme, composer sans se renier et choisir ses alliés sur un projet de société, se parler et construire. C’est le pari manqué de Sanchez. Certes, il en porte la responsabilité, mais il n’est loin d'être le seul.  Ciudadanos a fait la preuve de son manque de valeurs, le PP s'est monter digne héritier du passé, allié à Vox qui parade.  Néanmoins dans ce triste spectacle, il convient de souligner  le sens du collectif et de l'Etat au cours des débats  dans l’hémicycle, de deux élus Gabriel Rufian (ERC) et Aitor Esteban (PNV). Mais si l’Espagne doit retourner aux urnes, ce qui est probable, il est à craindre que l’abstention fasse comme pour les élections andalouses ou les municipales de Madrid, le jeu de la droite et d'une extrême-droite décomplexée. 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.