VERS UNE SOCIETE DE CASTES

S’il est vrai que les derniers chiffres de l’INSEE démontrent que le pourcentage de « pauvres » a augmenté en 2009, il ne faut surtout pas oublier que le niveau de vie médian est aussi entamé par la nouvelle structuration des dépenses (logement, énergie, transports, nouvelles technologies…), par l’inflation et par le démembrement des services publics qui entrainent des surcouts. Les classes moyennes s’appauvrissent sans espoir que leurs enfants s’en sortent. Les 10% de population les plus aisés deviennent plus riches.Les classes moyennes subissent les conséquencesØ D’une nouvelle structuration des dépensesParmi les Français qui disposent d’un revenu de 1 500€ (1 590€ exactement, pour le revenu médian 2009) :- 48% ne partent pas en vacances,- 50% n’ont pas d’accès internet chez eux,- 40% n’ont pas d’épargne.L’augmentation des prix des loyers (3,2% en moyenne depuis 1998[1]), de l’énergie (gaz : 20%, électricité : 6%, en un an) et des produits alimentaires (légumes frais : 11 %, fruits frais : 5,3 % en 2010) pèsent sur leurs revenus.En 2010, 50% de la population estiment que son niveau de vie s’est dégradé depuis une dizaine d’années. Seuls 25% ont l’impression au contraire qu’il s’est amélioré. Cette situation est la pire enregistrée par le CRÉDOC depuis plus de trente ans.Ø Du démembrement du service public à Exemple : le système de santéEntre 1980 et 2008, le reste à payer à la charge du patient est passé de 217€ à 547€/an en moyenne. Cette situation s’explique aisément : déremboursement et instauration de trois barèmes de remboursement (65%,30% et 15%) des médicaments, franchise hospitalière qui vient de passer de 92€ à 120€ (soit une augmentation de 32%), forfait hospitalier de 18€/jour. Remboursements dentaires insignifiants (taux fixé à 75,23€ pour une couronne, alors que le prix réel va de 335€ à 914€ par exemple), remboursements des lunettes nuls (quelques euros). Alors que 4,5 % de l’ensemble des enfants de classe de troisième ont deux, ou plus, dents cariées non soignées, ce taux tombe à 0,5 % si le père est cadre supérieur et monte à 8,5 % si le père est ouvrier non qualifié. Soit un taux 17 fois plus important.On pourrait parler aujourd’hui du système éducatif avec les suppressions de postes, de classes, des RASED etc. Ø D’un système fiscal et redistributif injusteD’un côté, les prestations permettent une redistribution verticale : les moins aisés voient leurs revenus augmenter avec les prestations familiales, de logement et des minima sociaux. De l’autre, la fiscalité bénéficie proportionnellement davantage aux plus aisés par les dispositifs d’allègements fiscaux. Les effets cumulés de ces transferts socio-fiscaux peuvent être représentés par une courbe en « U ». Cette courbe, permet de mettre en évidence la situation des ménages « moyens » : à la base du « U », ils bénéficient le moins des prestations et des réductions d’impôts, au contraire des moins lotis et des plus aisés situés sur les branches du « U ».Ø D’un nouveau système de répartition des richesses§ Une modification du partage des richesses s’est opérée au profit des entreprises et de leurs actionnaires : 24% de la valeur ajoutée en 1980, 34% en 2005,§ Les placements financiers et l’immobilier sont devenus la principale source d’enrichissement (plus stock-options et parachutes dorés de quelques dirigeants d’entreprise)Conclusion : Les patrimoines se sont accrus beaucoup plus vite que les salaires. Le doublement de son salaire qui pouvait s'obtenir en 20 ans dans les années 1950-1970, demanderait désormais 140 ans. Le revenu salarial réel annuel – c'est-à-dire l’ensemble des revenus provenant directement d’une activité salariée – n’a pas progressé en termes constants depuis 1978, même si le salaire horaire et le SMIC ont progressé. « Sur les 10 dernières années, le pouvoir d’achat de l’indice de fonction publique a perdu 6% »[2].Ce sont les jeunes et les salariés qui ne travaillent pas à temps complet qui ont vu leur revenu salarial diminuer le plus. Pour les premiers, leur nombre moyen de jours rémunérés a diminué fortement tandis que pour les seconds, c’est le salaire journalier qui a baissé[3].Sans oublier que les enfants des classes moyennes souffrent également :Ø Des difficultés du système scolaire public qui pénalisent les enfants de famille appartenant aux classes les plus déshéritées mais aussi moyennes, et de l’importance des réseaux relationnels pour avoir accès aux meilleurs parcours universitaires ou professionnels, point que je ne développerai pas ici ;Ø Des inégalités générationnelles…L’espoir de promotion sociale méritocratique républicaine est mort. Désormais certains jeunes, « les pauvres » ne travailleront jamais, vivront dans des logements plus ou moins salubres, pratiquement hors système, « les laborieux » finiront après de longues études et une kyrielle de CDD à trouver un travail sous pression constante leur permettant d’assurer la survie de leur famille, enfin « les héritiers » jouiront de rentes accumulées par leurs parents au détriment de la société. La société française après avoir été une société d’ordres (guerriers, religieux, paysans), de classes (exploiteurs, exploités), d'espoir de promotion sociale (avec l’instauration de la régulation et de la redistribution par l’Etat), devient une société de castes (financiers internationaux, notables nationaux, salariés cadres moyens et CDI, salariés CDD, bénéficiaires des minimaux sociaux, étrangers sans-papier).

[1] Observatoire Clameur

[2] Interview de Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, dans 20 minutes, 28.02.08

[3] INSEE, Le revenu salarial et ses composantes, évolution et inégalités de 1978 à 2005, in « Les salaires en France », Paris, 2007

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.