CENTRAFRIQUE: LA SECONDE INVESTITURE DE TOUADERA BOUDÉE PAR LA FRANÇAFRIQUE

DOSSIER CENTRAFRIQUE. Pourquoi les Chefs d'Etat d'Afrique Centrale ont-ils refusé de se rendre à l'investiture du Président Centrafricain Touadéra le 30 mars 2021? Le Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun creuse l'affaire.

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DOSSIER CENTRAFRIQUE

Pourquoi les Chefs d'Etat d'Afrique Centrale ont-ils refusé de se rendre à l'investiture du Président Centrafricain Touadéra le 30 mars 2021?

Investi le 30 mars 2021 pour un deuxième mandat à la tête de la République Centrafricaine, le Président Faustin Archange Touadéra a vécu cet événement avec plusieurs invités de marque, mais un seul Chef d’Etat africain, le Président Burundais, Général Ndayishimiye a honoré de sa présence effective ce moment historique.

Comment expliquer les absences de Chefs d’Etat de la sous-région, pourtant à moins d’une heure d’avion, pour la plupart d’entre eux, de la capitale centrafricaine ? Pourquoi Biya du Cameroun, Sassou du Congo, Déby du Tchad, Bongo du Gabon, Obiang Nguéma de Guinée Equatoriale, Tshisekedi du Congo-Kinshasa, bref la quasi-totalité des Chefs d’Etat de la CEMAC et de la CEEAC, ont-ils renoncé au déplacement solennel de Bangui ?

L’hypothèse fourre-tout : l’explication covidienne

La première réponse, susceptible de combler de prime abord tous les esprits interrogateurs, c’est évidemment le contexte mondial de la pandémie du Covid 19. Pour éviter d’être victimes de contamination, en plus avec la floraison des variants coriaces du virus, bon nombre de dirigeants du monde se sont mis à couvert. Le coronavirus 19 défie les différences de niveau social, économique, politique. Il sabre dans toutes les catégories sociales, de façon impitoyable et aléatoire. Les dirigeants du monde entier n’en sont que plus effrayés, quand ils comptent le nombre de célébrités fauchées par le virus, et les millions de morts à l’échelle mondiale, qui ne sont pans nous rappeler les victimes de la grippe espagnole au début du 20ème siècle, celles de la maladie du sommeil dans les années 20-30-40-50 à travers l’Afrique coloniale, ou plus récemment celles de l’épidémie Ebola. Et quand enfin, on se rend compte que des chefs d’Etat ou de gouvernement, et non des moindres, tels un Donald Trump aux USA, un BorisJohnson en Grande-Bretagne, un Bolsonaro au Brésil ou un Macron en France ont tous eu leur quart d’heure de frayeur covidienne, reconnaissons que la peur du virus couronné est de mise parmi les grands de ce monde.

Mais se contenter de cette explication générale, c’est prendre le risque de rater les nuances de la situation qui prévaut en Centrafrique en ce début avril 2021, après les événements tragiques qui se sont déroulés dans ce pays notamment depuis fin décembre 2020, avec l’attaque armée de la coordination des mouvements rebelles qui ont convergé le 13 janvier 2021 vers une tentative sanglante de prise de la capitale, Bangui, avec en prime le renversement du pouvoir Touadéra.

Se contenter d’expliquer les choses par la situation pandémique équivaudrait aussi à dire que les premiers ministres et ministres qui ont représenté chacun des pays d’Afrique centrale auraient été désignés sur fond d’une intention criminelle de leurs supérieurs hiérarchiques respectis. Car pourquoi un Chef d’Etat qui aurait peur de venir à Bangui à cause du Covid 19 enverrait-il plutôt son premier ministre ou ses ministres, alors même qu’il sait qu’il les enverrait ainsi vers une mort quasi certaine ? L’explication covidienne ne couvre donc pas la richesse de cet événement politique. Les absences en cascade de personnalités de premier rang s’expliquent par d’autres facteurs qu’il nous appartient d’explorer hardiment.

Les abonnés absents naturels : Biya et Tshisekedi

Certes, il existe des absentéistes chroniques aux investitures des chefs d’Etat de la sous-région. C’est notamment le cas d’un Biya, véritable fantôme diplomatique de longue date, ou d’un Ali Bongo Ondimba, paralysé par la maladie. Rencontrant un jour le Président Biya à Yaoundé, le Président burkinabé, Blaise Compaoré, le tança ouvertement : « Salut, l’homme qui ne vient jamais aux invitations de ses homologues », à quoi Biya, extrêmement malin, répondit par une courtoisie d’une désarmante innocence feinte. Depuis plusieurs années, le statut physique du satrape camerounais est devenu mystérieux, tout comme les apparitions décousues de bon nombre de ses sosies, tantôt rajeunis, tantôt édentés, tantôt entièrement chevelus, tantôt carrément chauves. Quant à Ali Bongo Ondimba du Gabon, lui demander même de sortir de sa chambre est une immense exigence, on le sait paralysé du cerveau à chaque organe.

Quant aux dirigeants du Congo-Kinshasa, assis sur une puissance minière  et géopolitique énorme, convoitée et tripatouillée par toutes les puissances industrielles de la terre,  dont les enjeux leur bouffent tout ce qu’ils ont de neurones, ils nous ont habitués, depuis notamment l’assassinat de Kabila Père, à être de grands casaniers en matière de diplomatie sous-régionale. Quand les tractations ne se déroulent pas à Kinshasa, on verra rarement un Joseph Kabila ou un Félix Tshisekedi se soucier de leur propre présence dans les événements clés de leurs Etats voisins. Le Grand Congo est trop préoccupé par ses propres palabres pour daigner accorder du temps à celles de ses voisins. Et il est prévoir que tant que le Congo Kinshasa, poumon géopolitique majeur et potentiel de toute l’Afrique, sera empêtré dans ses difficultés propres et dans les nuisances imposées par les appétits des grandes puissances, la puissance internationale de l’Afrique demeurera quasi insignifiante.

L’hypothèse d’un réel désamour entre le Centrafrique et le bloc franco-occidental

En Afrique centrale, hormis ces deux cas d’absences traditionnelles et pathologiques du Cameroun et de la RDC, trois absences d’habitués du cérémoniel de Bangui laissent tout naturellement interrogateur. Ce sont notamment celles du dictateur congolais de Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, du dictateur Obiang Nguema de Guinée Equatoriale et du dictateur tchadien Idriss Déby, autoglorifié en Maréchal du Tchad depuis quelque temps, au summum de sa crise narcissique. En effet, revenons quelques années en arrière, en 2016, lors de la première investiture du Président Faustin Archange Touadéra, le 30 mars , au stade de Bangui. Faustin Archange Touadéra bénéficiait alors d’un état de grâce certain, comme en témoigne la presse française d’alors, qui le présentait comme un outsider de qualité[1], qui avait ses attaches avec la France, puisque son épouse et ses trois enfants vivaient réfugiés à Lille. [2] Faiseur de rois en Centrafrique, Déby ne manquait aucune occasion d’y parader sous l’ère Djotodia notamment.  Qui trouvait-on le 30 mars 2016 à Bangui?  Du beau monde. Notamment les Chefs d’Etat de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, et du Congo Brazzaville, Denis Sassou Nguesso.[3]La France était fortement représentée, par deux poids lourds du gouvernement français,  les ministres de la défense et des affaires étrangères,  Jean-Yves Le Drian et Jean-Marc Ayrault.[4] L’enthousiasme était alors de mise, au point que la communication de la MINUSCA pouvait dire :

« Faustin Archange Touadera a officiellement été investi président de la Centrafrique  le 30 Mars 2016 au complexe sportif 20.000 places. Le vainqueur de l’élection présidentielle du 14 Février a prêté serment devant la Cour Constitutionnelle, des Chefs d’Etats de la sous-région ou leurs représentants et un public centrafricain enthousiaste.

Le Secrétaire Général des Nations Unies était représenté par André Ladsous, sous-secrétaire des Nations Unies chargé des opérations de maintien de paix. Les présidents, Denis Sassou-Nguesso du Congo, Theodoro  Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, les Premiers Ministres du Cameroun, Philémon Yang et du Gabon, Daniel Ona Ondo ; les ministres français des Affaires étrangères et de la Défense, de même que plusieurs autres personnalités étrangères,  étaient également venus soutenir le nouveau président. »[5]

Or, en ce 30 mars 2021, le tableau aura été complètement différent. La Voix de l’Amérique, depuis Washington, résume la scène d’un mot :

« En Centrafrique, le président Faustin Archange Touadera a prêté serment ce mardi pour un nouveau quinquennat. L’investiture s’est déroulée dans l’Hémicycle de l’Assemblée nationale à Bangui, en présence de plusieurs hôtes, dont le président burundais Evariste Ndayishimiye. »[6]

Un seul Chef d’Etat étranger, et même pas frontalier du Centrafrique, a donc fait le déplacement. Représentant la France, ce ne sont plus deux poids lourds du gouvernement qui se sont déplacés, mais un obscur secrétaire d’Etat, M. Lemoyne, tandis que Le Drian, le Jacques Foccart des régimes Hollande et Macron, s’est soigneusement ténu à distance des pompes de Bangui. Le contraste est flagrant. Il s’agit d’une désaffection diplomatique du bloc occidental mené par la France, qui cache mal des tensions qu’il nous appartient d’analyser pour éclairer l’opinion centrafricaine, africaine et internationale sur les enjeux du nouveau mandat du Président Faustin Archange Touadéra à la tête du Centrafrique. Il suffira pour cela de noter que le cérémoniel du 30 mars 2021 aura été dominé par deux stars : le Président Touadéra, réélu après avoir vaincu ses adversaires les plus redoutables lors de la remontada du 13 janvier 2021, et bien sûr son grand allié russe, représenté par l’inamovible et très populaire ambassadeur Vladimir Titorenko, qui fut après l’élu du jour, la personnalité la plus longuement applaudie qui soit par toute l’assistance. On pouvait alors voir, en direct, l’ambassadeur de France en Centrafrique, Jean-Marc Grosgurin, se pincer les lèvres, comme  pour retenir ses larmes de frustration.

Comment expliquer dès lors cette implication à minima de la sous-région d’Afrique francophone dans la seconde investiture du Président Touadéra ?

Notre thèse est claire : La France et tout le bloc occidental onusien derrière elle, dont notamment les Etats-Unis, voient d’un très mauvais œil le rapprochement diplomatique étroit opéré par le Président Faustin Archange Touadéra depuis octobre 2017 avec la Fédération de Russie du Président Vladimir Poutine. Pour Paris, le territoire centrafricain, issu de l’ex-colonie de l’Oubangui-Chari, appartient naturellement à l’aire d’influence de sa puissance conformément au partage du monde opéré à Berlin en 1884-1885 entre les grandes puissances impériales occidentales et au réajustement du rapport de forces entre les puissances qui a eu lieu à l’issue de la seconde guerre mondiale lors des Accords de Yalta en 1945.

Or le Cameroun, le Gabon, le Tchad, la Guinée Equatoriale, le Congo-RDC, le Congo-Brazzaville, tous voisins immédiats du Centrafrique, appartiennent soit à la zone d’influence française, soit à la zone d’influence américaine (RDC, Guinée Equatoriale), bref sont soumis depuis leurs pseudo-décolonisations au système de la Françafrique ou de l’Américafrique. La plupart de ces pays ont été placés, après des guerres civiles et des coups d’Etat fomentés par Paris, sous le contrôle de la cellule africaine de l’Elysée, depuis De Gaulle jusqu’à Emmanuel Macron. Après l’élimination de Patrice Lumumba, le Congo Sous Mobutu, devenu ensuite le Zaïre est un Etat satellite direct du Pentagone et de ses alliés européens, notamment la Belgique et la France. Il y a certes eu une esquisse d’autonomie géostratégique sous Laurent Désiré Kabila, s’appuyant sur la Chine et la Russie, mais globalement sous Joseph Kabila et sous Félix Tshisekedi aujourd’hui, le pays est globalement repassé sous l’influence majeure du bloc occidental dirigé par les Etats-Unis d’Amérique. La loi des puissances qui régissent le monde depuis la nuit des temps, et pour le cas qui nous concerne, notamment le 19èmesiècle,  veut que les moindres puissances s’alignent sur les mouvements et ajustements de leurs puissances tutélaires. Autrement dit, quand Paris, Londres ou mieux,  Washington toussent, Yaoundé, Malabo, Ndjaména, Kinshasa, Libreville, Brazzaville, éternuent bruyamment. Ainsi, se déploie un effet-domino entre les postures diplomatiques des vassaux et de leurs tuteurs.

Cette hostilité évidente de Paris au rapprochement russo-centrafricain s’est manifestée sur quatre plans : géostratégique, diplomatique, économique, et médiatique.

Hostilité géostratégique

D’abord sur le plan géostratégique, la France a décidé de désarmer le gouvernement centrafricain du Président Touadéra, à travers le mécanisme de l’embargo sur les armes[7] qu’elle a unilatéralement déclenché au Conseil de Sécurité des Nations Unies, notamment depuis 2013, pour avoir un contrôle sur tous les gouvernants centrafricains. Comme depuis 1960. Cet embargo reconduit contre toute attente le 28 juillet 2018 par le Conseil de Sécurité de l’ONU instruit par la France, a suscité la colère du gouvernement Touadéra, comme en témoignait un ministre requérant l’anonymat à Jeune Afrique :

« Nous ne comprenons pas ce vote », lâche à Jeune Afrique, amer, un ministre centrafricain qui a requis l’anonymat « pour des raisons diplomatiques ». « Nous avons fait ce qui avait été demandé. Nous avons prouvé que nous sommes prêts. Nous reconstruisons l’armée pour la déployer. Mais avec quels moyens ? C’est décevant et inadmissible ».[8]

De l’autre côté, à travers ses satellites tchadien, congolais, et camerounais, la puissance française a favorisé en sourdine l’approvisionnement et l’entretien des mouvements rebelles au nord et au sud du pays. Tous sont du reste rassemblés actuellement sous le contrôle d’une direction unifiée de la CPC, sous la responsabilité de l’ancien président, le général Bozizé Yangounvonda François, protégé de Paris via ses satellites tchadien, camerounais et congolais. Enfin, Paris contrôle en sous-main, l’essentiel des orientations de la MINUSCA, à travers l’ancien ministre sénégalais des affaires étrangères Mankeur Ndiaye, et l’essentiel des troupes onusiennes issues d’Etats sous tutelle géopolitique française, comme le Cameroun, dont le despote régnant s’est régulièrement affiché comme « le meilleur élève de la France », tout en finançant en sous-main des médias de diversion des Africains qui le présentent comme un anticolonialiste hyper-intelligent.

Hostilité diplomatique

La puissance française a humilié la diplomatie centrafricaine aux Nations Unies. La ministre centrafricaine des affaires étrangères, Sylvie Baipo Témon s’est vue refuser la parole lors des assises du Conseil de sécurité planchant pourtant sur la crise centrafricaine, en février et mars 2021. En lieu et place de la chef de la diplomatie centrafricaine, la Minusca et Paris ont suscité l’obscure représentante d’une ONG, une certaine madame Ekomo-Soignet, qui a été chargée de porter la parole du peuple centrafricain à la place du gouvernement légal et légitime du pays. Et le monde entier sait très bien que c’est Paris, abusant de ce que Madame Baipo-Témon a si justement décrié, à savoir le statut impérialiste de « Pen-Holder », puissance tenant la plume sur les Affaires Centrafricaines, organise l’isolement diplomatique du régime Touadéra pour l’obliger à revenir sous son giron, pieds et poings liés.

S’exprimant sur les instructeurs militaires et les troupes russes alliées au régime Touadéra, devant une commission de parlementaires français, Jean-Yves Le Drian ne s’est pas privé d’être menaçant contre Evgueni Prigojine, qu’il considère comme un intrus dans la scène centrafricaine. A l’ONU, on n’a pas hésité à estimer, sous l’inspiration de la France, que le conseiller spécial russe du Président Centrafricain, en matière sécuritaire, Valéry Zakharov, serait un agent de la non moins existante compagnie Wagner en Centrafrique.

On assiste ces dernières heures à la montée en première ligne de la diplomatie tchadienne contre la diplomatie russe, comme en témoigne un récent communiqué du 3 avril 2021, dans lequel le ministère tchadien des affaires étrangères tance vertement l’ambassadeur Titorenko, suite à la conférence de presse pourtant véridique accordée par diplomate russe le 29 mars 2021 à Bangui[9].

Enfin, comment ne pas remarquer que la CEMAC et la CEEAC, contrôlées en sous-main par Paris, se sont régulièrement faites les relais de ses tentatives d’imposer à tout prix la coalition CPC de Bozizé et alliés comme partenaires incontournables d’une reconstruction politique centrafricaine, malgré tous les actes de barbarie qu’ils ont continué à perpétrer à travers le pays ?

Hostilité économique

L’ambassadeur de France en Centrafrique, Jean-Marc Grosgurin, intervenant récemment sur Radio Ndeke Luka à Bangui, ne s’est pas empêché de dire que les critiques centrafricaines contre la politique française dans ce pays nuiraient encore davantage aux désirs d’investissements français gracieusement envisagés pour ce pays. La puissance française a régulièrement maintenu l’économie centrafricaine sous diète noire. Les comptes centrafricains à la Banque de France sont au rouge. L’économie centrafricaine est interdite de crédits à l’économie sur les affiches officielles du trésor français. Les seules lignes d’accompagnement auxquelles elle a accès sont celles de l’Aide Française au Développement, dont tout le monde sait qu’elle est une stratégie de surendettement des Etats francophones africains au profit de gains de marchés publics massivement réservés, en Afrique et sur la base de ces mêmes crédits, aux multinationales françaises. Toujours sur le terrain économique, l’extrême dépendance du Centrafrique envers la voie du Cameroun qui conduit de Beloko au port de Douala, lui aura coûté cher en termes d’insécurité logistique. Chaque fois que la rébellion, entretenue en sous-main par Paris, a bloqué ce corridor vital, la presse française a annoncé la chute inéluctable de Bangui, comme dans une secrète symphonie orchestrée en synchronie à distance.

Hostilité médiatique

Une bataille médiatique impitoyable se déroule actuellement entre les médias officiels et satellites russes d’une part et français d’autres part à travers le monde. Elle a notamment été révélée par l’affaire des comptes espions français et russes dénoncés par Facebook. Cette tension entre les deux puissances se traduit par une hostilité larvée et parfois affichée de la presse officielle et satellitaire française envers l’actuel gouvernement centrafricain. Par exemple, RFI, France 24, l’Agence France Presse, se sont mués ces dernières années en meilleurs relais des actes de communication de la rébellion centrafricaine. CPC, Séléka et consorts n’ont même plus besoin de sites d’informations personnels. Paris relaie sans coup férir les déclarations des ennemis du pouvoir et active ses réseaux pour imposer la négociation entre le pouvoir et la CPC comme l’unique solution de sortie de la crise centrafricaine actuelle, pourtant suscitée et entretenue pour maintenir le Centrafrique dans la chasse gardée de la France.

Concluons donc la présente analyse. Les Chefs d’Etat d’Afrique Centrale ne sont pas venus le 30 mars 2021 à Bangui pour marquer leur solidarité envers leur puissance tutélaire en difficulté, la France, qui cherche à impliquer par tous les moyens son grand allié américain pour faire face à l’avancée puissante de l’Aigle-Ours russe. Pour ne pas subir les foudres de Paris en désarroi de perdre une si docile proie d’autrefois, les potentats du Cameroun, du Congo, de Guinée Equatoriale, du Tchad se sont tenus à prudente distance du champ de bataille des deux grandes puissances française et russe.

Ils ne sont pas venus parce que le Président Touadéra, héritier du héros Gboganda et de la guerre d’indépendance du Kongo-Wara en 1928-1931, par sa politique d’autodétermination et de rétablissement total de l’autorité de l’Etat centrafricain sur ses 623000 km2, inaugure de façon originale en ce 21ème siècle l’arrachement réel de l’Afrique centrale aux fourches caudines de la France, d’abord par une politique de défense centrée principalement sur sa coopération étroite avec la Russie, le Rwanda et le Burundi. L’apport géopolitique des alliés russe et rwandais du Centrafrique s’avère ici décisif, comme notamment le renfort logistique et militaire spectaculaire du 30 mars 2021, avec l’entrée d’une impressionnante colonne d’hommes et de matériels militaires russes en provenance du Soudan, via la région de l’Amdafock.

Ensuite par une politique économique caractérisée par un effort de fonctionner avec ou sans le soutien de la France, et de cesser d’être un Etat mendiant qui chaque fin de mois doit supplier Paris ou ses satellites locaux pour payer ne serait-ce que ses fonctionnaires. Une politique économique qui doit le plus tôt possible aboutir à la mise sur pied de la monnaie indépendante centrafricaine, l’Oubangui et la construction stratégique d’un deuxième débouché logistico-économique salvateur, la voie du nord-est, via l’Amadafock, vers la Mer Rouge, à travers le Soudan du Nord.

Le Centrafrique résiste par la montée en puissance de sa communication gouvernementale qui a finalement compris l’enjeu des réseaux sociaux et de l’opinion africaine, y compris des diasporas. Le Centrafrique résiste par la réactivation de sa mémoire de résistance et de sa conscience panafricaine, qui en font véritablement aujourd’hui le Centre de l’Afrique, l’endroit où l’Afrique, prenant conscience d’elle-même se décide à s’assumer contre vents et marées, suivant le précepte populaire suivant : « Si tu ne m’arranges pas, il ne faut pas me déranger. »

Au point qu’on peut dire finalement que l’absence des Chefs d’Etat d’Afrique centrale à cette cérémonie est le signe que le Centrafrique est résolument en marche vers sa véritable indépendance. C’est donc un excellent augure, à condition que dans la persévérance et la foi, le peuple, l’armée, le gouvernement centrafricains demeurent unis et solidaires, avec leurs alliés les plus sûrs et constants pour fonder une nation libre et prospère.

Rouen, France, le 3 avril 2021

Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun

 

 

 

[1]https://www.rfi.fr/fr/afrique/20160329-rca-investiture-faustin-archange-touaderae-defis-centrafrique-crise-guerre

[2]https://www.liberation.fr/planete/2016/02/21/centrafrique-faustin-archange-touadera-nouveau-president-surprise_1434855/

[3]https://www.jeuneafrique.com/314307/politique/faustin-archange-touadera-officiellement-investi-president-de-centrafrique/

[4]Jeune Afrique note que « François Hollande n’assistera pas à l’investiture du nouveau chef de l’Etat centrafricain. Mais Faustin-Archange Touadéra accueillera quand même à Bangui deux poids lourds du gouvernement français : Jean-Marc Ayrault, le ministre des Affaires étrangères, et Jean-Yves Le Drian, celui de la Défense et, très officieusement, celui de l’Afrique. »https://www.rfi.fr/fr/emission/20160330-investiture-president-faustin-archange-touadera-rca-centrafrique

[5]https://minusca.unmissions.org/les-nations-unies-accompagnent-l%E2%80%99investiture-de-faustin-archange-touadera

[6]https://www.voaafrique.com/a/faustin-archange-touadera-a-pr%C3%AAt%C3%A9-serment-pour-un-nouveau-quinquennat/5834354.html

[7]https://www.jeuneafrique.com/1022994/politique/embargo-sur-les-armes-en-centrafrique-la-colere-de-bangui/

[8]https://www.jeuneafrique.com/1022994/politique/embargo-sur-les-armes-en-centrafrique-la-colere-de-bangui/

[9] « C’est l’occasion d’appeler les autres leaders de ces groupes armés de la CPC de donner monsieur Bozizé et les autres leaders des groupes armés à la justice de votre pays afin qu'ils soient jugés. S’ils continuent leur lutte, je ne peux pas exclure que pendant les opérations militaires, il sera absolument neutralisé par les forces armées de votre pays" a affirmé Vladimir Titorenko, ambassadeur de Russie en Centrafrique. » https://www.radiondekeluka.org/actualites/securite/36772-centrafrique-russie-vladimir-titorenko-frappe-a-nouveau-fort-et-fustige-le-chef-de-l-opposition.html

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