Scandale à l'APF: Ouattara aurait-il corrompu les députés Paradis et Krabal?

L’affaire défraie la chronique depuis plus d’une semaine. Une injustice intolérable, masquant mal un soutien coupable de certains milieux occidentaux stipendiés à la dictature émergente d’Alassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire. L’affaire menace d’implosion la plus puissante organisation parlementaire francophone du monde.

Scandale : le régime Ouattara aurait-il corrompu le Président et le Secrétaire Général Parlementaire de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie ?

L’Editorial du Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun

                L’affaire défraie la chronique depuis plus d’une semaine. Une injustice intolérable, masquant mal un soutien coupable de certains milieux occidentaux stipendiés à la dictature émergente d’Alassane Dramane Ouattara en Côte d’Ivoire. L’affaire menace d’implosion la plus puissante organisation parlementaire francophone du monde. De forts relents de Françafrique, de conflits d’intérêts et de réseaux de complicités eurafricaines  corrompues en exhalent. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres, c’est la publication sur le site de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF), d’une nouvelle liste de la section ivoirienne de l’APF, jusqu’alors dirigée par le Président délégué Gnangadjomon Koné, député ivoirien. La nouvelle liste, publiée à l’insu de l’ensemble des groupes parlementaires de l’opposition, et sans la moindre consultation du Bureau de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, ressemble à ne pas s’y méprendre à un véritable putsch organisé par Amadou Soumahoro et ses relais occidentaux contre la démocratie parlementaire dans son pays. Le nouveau Président de l’assemblée nationale, Amadou Soumahoro s’y autoproclame président de la section ivoirienne de l’APF, avec une escouade de députés désignés à son bon plaisir, comme nouveaux délégués APF de la Côte d’Ivoire. Or, d’un côté, les articles 138 à 140 du Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire prévoient que c’est uniquement au moment de l’adhésion du Parlement ivoirien à une organisation parlementaire internationale, ou au moment du renouvellement électoral de l’ensemble du corps législatif que le Président de l’Assemblée Nationale, en étroite consultation avec tous les groupes parlementaires dûment représentés dans son Bureau. Or l’adhésion de la Côte d’Ivoire à l’APF ayant eu lieu en 1967, et l’actuelle législature ivoirienne 2016-2020 ayant été renouvelée en fin d’année 2016, aucun texte ivoirien n’autorisait l’acte de changement de liste par Amadou Soumahoro que les Ivoiriens appellent fort justement Cimetière en raison de sa propension naturelle à meurtrir les lois et à diaboliser le pluralisme démocratique. De l’autre côté, bien que les textes de l’APF soient muets sur les conditions de renouvellement des sections nationales membres de plein droit de son organisation, la pratique établie veut que ce soit lors des adhésions et après les nouvelles élections législatives que les Présidents de parlements nationaux envoient de nouvelles listes de sections APF à l’organisation-mère à Paris. Dans le cas que nous examinons, la question devient alors : de quel droit l’APF a-t-elle accepté de publier, au mépris de la section ivoirienne de l’APF mise sur pied depuis 2016,  au mépris du droit parlementaire ivoirien et au mépris de la tradition de l’APF elle-même en ces matières, une liste de section ivoirienne de l’APF tout droit sortie de l’imagination de l’apprenti autocrate installé à la tête de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire le 8 mars 2019 par son maître autocrate Alassane Dramane Ouattara ?

Le règne de l’arbitraire au Parlement Ivoirien : Amadou Soumahoro fait disparaître les lois

                Du point de vue du régime du RHDP d’Alassane Ouattara, Amadou Soumahoro, élu Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire le 8 mars 2019, a le droit absolu de composer les délégations parlementaires ivoiriennes dans les organisations internationales selon ses propres desiderata. Ainsi, au mépris des textes exigeant une représentativité proportionnelle de l’ensemble des groupes parlementaires dans le Bureau du Parlement, Amadou Soumahoro s’est taillé une équipe à sa guise, consacrant la mort du pluralisme au sein de l’organe directeur de la représentation nationale. Juriste accroupi et béatement soumis à cette nouvelle ambiance où les décisions arbitraires d’Alassane Ouattara et d’Amadou Soumahoro, le nouveau Secrétaire Général de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, Alain Addra[1], a ainsi tout naturellement proclamé qu’il n’existe aucune clé de répartition des postes dans le Bureau de l’Assemblée Nationale, tout comme dans les délégations parlementaires ivoiriennes dans les organisations internationales. En d’autres termes, selon Alain Adia, le nouveau chef du parlement ivoirien est absolument libre de nommer qui il veut comme il veut, dans le Bureau du Parlement comme dans les délégations parlementaires. Que fait donc le soi-disant juriste d’Amadou Soumahoro des points  du Règlement de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire datant de juillet 2018, qui enjoignent au Président de consulter au préalable le Bureau avant de constituer les listes des délégations parlementaires ? La meilleure parade trouvée par l’administration Soumahoro a été de faire disparaître du site officiel de l’Assemblée Nationale, le règlement intérieur datant du mois de juillet 2018, et de le remplacer par le règlement intérieur datant de 2005. Ainsi encore, on a fait disparaître les articles 138 à 140 du règlement, dans le but de faire disparaître les preuves de l’infraction commise par Amadou Soumahoro contre la législation ivoirienne. De tels actes de brigands, inspirés de la tradition du viol des lois menée de main de maître par Alassane Dramane Ouattara, peuvent-ils encore sauver l’honneur perdu du régime du RHDP ?  Voici ce que prévoit justement le Règlement Intérieur qu’Amadou Soumahoro vient de faire disparaître du site de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire :

ri-assemblee-nationale-ci-2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dilettantisme juridique à la tête de l’APF : les députés François Paradis et Jacques Krabal pris la main dans le sac de la complicité avec la dictature d’Alassane Ouattara

 

On se serait attendu, côté Assemblée Parlementaire de la Francophonie, que la violation des principes démocratiques au sein du Parlement Ivoirien soit immédiatement condamnée, en vertu des articles pertinents des Statuts de l’APF, qui font de cette organisation parlementaire, une vigie de la démocratie au sein de l’espace francophone. En effet, parlant des buts de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie, regroupant près de 200 parlements du monde, voici ce que prévoient les termes de l’article 2 des Statuts de l’organisation actuelle présidée par le député canadien François Paradis :

objectifs-de-lapf-articles-2-des-statuts-apf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                Comment comprendre donc qu’avec les dispositions pertinentes des articles 2.1.1 à 2.1.7, l’APF se permette, tout en étant au courant des graves dérives antidémocratiques dont Alassane Ouattara et son commissionnaire Amadou Soumahoro sont responsables depuis de longs mois en Côte d’Ivoire, de publier un communiqué frappé au coin du plus cynique des ponce-pilatismes imaginables ? Lisons l’APF de François Paradis et Jacques Krabal s’exprimant le 7 juin 2019 sur la situation ivoirienne, et invoquant le principe de non-interférence pour protéger et donc légitimer la démarche maffieuse d’Amadou Soumahoro qu’ils ont approuvée en publiant sa liste frauduleuse de parlementaires sur le site officiel de l’APF :

apf-sur-la-civ-7-juin-2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                Pour autant, l’APF qui n’entend pas interférer dans « une problématique interne à un pays », qui entend être « neutre vis-à-vis de ses membres », a publié le communiqué suivant sur les dérives démocratiques en cours au Bénin, le 22 mai 2019. On remarquera que les faits au nom desquels l’APF condamne les autorités politiques béninoises sont parfaitement similaires à ceux qui constituent l’ossature de la crise sans précédent que connaît le parlement ivoirien depuis l’avènement du sieur Amadou Soumahoro à sa tête : exclusion de l’opposition, décisions arbitraires au mépris de la loi, faux et usage de faux dans les références légales, pressions sur la liberté de conscience des parlementaires, trucages électoraux, violences électorales, etc. Lisons donc les députés Paradis et Krabal en plein exercice de neutralité et de non-interférence dans les affaires internes du Bénin :

communique-de-lapf-sur-la-situation-politique-au-benin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                Incontestablement, ce Communiqué prouve que l’APF a bel et bien vocation à se prononcer sur les cas de violations des principes démocratiques au sein des pays membres de l’espace francophone. Dès lors, comment expliquer le silence et en même temps la complicité co-active de François Paradis et de Jacques Krabal, députés canadiens et français dans le cas de la Côte d’Ivoire ? Aucun doute : ils ont été au minimum, moralement corrompus par le régime d’Alassane Dramane Ouattara. La Françafrique, cette organisation criminelle qui lie des élites corrompues d’Afrique et d’Occident, fonctionne exactement ainsi : une omerta sur les actes frauduleux des régimes complices, en échange de faveurs insoupçonnables des oligarques africains envers leurs obligés d’Outre-Mer. Les Ivoiriens et les Africains en général ne doivent d’aucune façon tolérer la perpétuation de ce scandale.

franc-cfa

[1] https://www.connectionivoirienne.net/2019/06/08/il-ny-a-pas-de-cle-de-repartition-des-postes-dans-le-bureau-de-lassemblee-nationale-de-cote-divoire-secretaire/

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