Qui a tué l'ex-démobilisé Youssouf Koné en Côte d'Ivoire? Une enquête révèle!

Exclusif  : Qui a tué l’ex-démobilisé Youssouf Koné en Côte d'Ivoire ? Publiée le 12/03/20 par les justiciers du Net, voici une enquête qui éclaire la dérive dictatoriale d' Alassane Ouattara !

Exclusif  : Qui a tué l’ex-démobilisé Youssouf Koné ? Publié le 12/03/20

Depuis quelques mois, un internaute, lanceur d’alerte dénommé Chris Yapi, fait des révélations sur la politique africaine et plus particulièrement sur la politique ivoirienne. De nombreux médias en ligne reprennent ses publications mais, il y en a une qui a attiré l’attention de Les Justiciers du Net

En effet, le 4 mars 2020, cet internaute publiait « Les révélations de Chris Yapi : les meurtres impunis du clan Ouattara. Premier cas : Youssouf Koné ». La particularité de ce récit résidait dans les détails concernant l’identité de M. Youssouf Koné, son enlèvement, ses conditions de détention et sa mort. Intrigués par tout ceci, Les Justiciers du Net ont décidé de mener leur enquête. Grâce à des sources introduites, nous avons retrouvé la famille de Youssouf Koné. Après quelques tractations, son frère cadet M. Kassoum Koné a accepté de nous accorder une interview exclusive.

 

Rappel des faits

Nom et prénom : Youssouf Koné

Date et lieu de naissance : 1er décembre 1959 à Bingerville

Nom du père et de la mère : Koné Fatogoma et Koné Baffo

Situation familiale : Polygame et père de 09 enfants

Historique : Ancien combattant de la rébellion ivoirienne du 19 septembre 2002 et vétéran de la crise postélectorale de 2010-2011. Durant les mutineries de 2013-2014, il fut l’un des premiers chefs des démobilisés. Désigné comme un des meneurs, il avait fait une vidéo de revendications qui avait été remise en son temps à Monseigneur Kutwa, Archevêque d’Abidjan.

Disparition : Enlevé à Bouaké le mardi 23 avril 2013, aux environs de 18h, par des hommes encagoulés à bord de deux véhicules de type 4x4. Ces hommes étaient dirigés par un certain Yaya Ouattara, la main noire de Téné Birahima Ouattara dit Photocopie, frère du Président ivoirien Alassane Ouattara.

Conditions de détention :

  1. Conduit vers une destination inconnue, lors de son enlèvement, où il a été torturé durant une longue période.
  2. Localisé à la base Marine de Locodjro par Mr Léonidas, Responsable de la Section Droits de l'homme de L'ONUCI à l’époque, après un signalement fait par la famille auprès de cette institution.
  3. Transféré à la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) par les Caporaux Diaby et Ablo, à bord d’un véhicule banalisé immatriculé 997. Ce véhicule aurait été vu dans le cortège de Photocopie.

Décès : Tué dans les locaux de la DST, près du 30e Arrondissement. Son corps aurait été dissimulé dans la périphérie d’Abidjan. Cette mort a été tenue secrète et la famille n’a jamais été informée.

 

Interview exclusive 

Bonjour Monsieur pouvez-vous, vous présenter ?

Je me nomme Koné Kassoum, né le 20 octobre 1978 à Bingerville, actuellement au chômage mais, j’étais antérieurement technicien de surface à la PISAM.

 

Quels sont vos liens avec Koné Youssouf ?

C’est mon grand frère, nous avons le même père mais, nous n’avons pas la même mère.

 

À quand remonte votre dernier contact avec Koné Youssouf ?

Notre dernier contact physique remonte au 6 juin 2013 et, le même jour, nous nous sommes parlé au téléphone lorsque je suis arrivé à l’ONUCI.

 

Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?

Ce fut par pur hasard, il était enfermé dans une douche à la Marine.

 

Mais comment avez-vous eu accès à lui, vu qu’il devait être très bien gardé ?

C’est par le biais un jeune du nom de B. O., un militaire (volontaire d’Abidjan) qui avait été accusé de vol. B. O. dormait dans le même local qu’un jeune, qui gérait une cabine ; ce dernier ayant perdu la somme de soixante-quinze mille francs CFA, avait accusé B. O. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé enfermé dans la douche avec mon frère. Par la suite, un de ses supérieurs avait demandé à ce qu’il soit libéré, afin de pouvoir rembourser la somme. B. O. a donc été libéré pour lui permettre d’appeler ses parents ou pour trouver les moyens de rembourser la somme volée. Mon grand frère, Youssouf, en a profité pour lui donner mon numéro pour qu’il m’appelle afin que l’on puisse se voir. J’ai, ainsi, pu être présenté au supérieur en question, comme étant le frère de B. O. venu pour rembourser la somme disparue.

Ce jour-là, j’ai donné quarante mille francs. B. O. et moi, on avait monté un plan pour que je puisse accéder aux toilettes pour pouvoir parler à mon frère. J’ai payé un petit portable que j’ai caché dans un paquet de cigarettes. Quand je suis arrivé dans les toilettes, j’ai parlé rapidement à mon grand frère et je lui ai remis le portable. Il ne portait qu’un short et était enchaîné dans la douche. Il m’a demandé de me rendre à l’ONUCI pour leur dire qu’il était enfermé à la Marine. Je me suis donc, directement, rendu à l’ONUCI pour donner l’information.

Mr Kassoum Koné, frère cadet de Youssouf KonéMr Kassoum Koné, frère cadet de Youssouf Koné

Qui avez-vous rencontré à l’ONUCI ?

J’ai d’abord rencontré un policier béninois dont j’ignore le nom. J’ai appelé mon grand frère et le policier béninois a parlé avec lui. À la fin de leur conversation, ce policier m’a conseillé de me rendre à la Division Droits de l’Homme au 3e étage à l’immeuble SEBROKO. J’ai rencontré Mr Léonidas à qui j’ai expliqué la situation et remis le numéro de téléphone que j’avais laissé à mon frère. Il a appelé mon grand frère et ils ont échangé. Il m’a dit que c’était un dossier brûlant qui était sur leur table depuis cinquante jours et que le Commandant Cherif Ousmane avait dit ne pas être informé de cette affaire. Mr Léonidas, puisqu’il avait maintenant la preuve que Youssouf était à la Marine, m'a dit qu'il allait monter le dossier et informer la Présidence de la République. Une semaine après, il m’a appelé pour me dire qu’ils avaient reçu instructions d’aller chercher mon grand frère. Mr Léonidas m’a dit que le Président avait donné instruction au Général Soumaïla Bakayoko de collaborer avec l’ONUCI pour aller le chercher, vu que c’était une affaire militaire. Ce jour-là en route pour la Marine, Mr Léonidas m’avait appelé pour que je vienne avec eux. Par la suite, il s’est rétracté et il y est allé avec un conseiller du Ministre de la Défense, accompagné d’un élément de l’État-major désigné par le Général Soumaïla Bakayoko. Il y avait également celui qui conduisait le bateau, puisque la voie la plus rapide entre l’ONUCI et la Marine, était la lagune.

Sur place, il y a une altercation avec le Caporal Ablo de la sécurité du commandant Cherif Ousmane. Les éléments présents à la Marine, ce jour-là, ont indiqué qu’ils n’avaient pas d’ordre à recevoir de qui que ce soit, en dehors du Commandant Cherif Ousmane. Le conseiller du Ministre de la Défense Paul Koffi Koffi, qui était un gendarme, a expliqué qu’il était venu sur instruction du Ministre de la Défense. Les éléments sur place lui ont clairement indiqué, une nouvelle fois, qu’ils n’obéissaient qu’aux ordres du Commandant Cherif Ousmane. Malheureusement, le Commandant Cherif n’était pas joignable.

Après d’âpres discussions, ils ont finalement accepté de laisser, Mr Léonidas et sa suite, fouiller la douche. Ils y ont trouvé d’autres personnes là-bas, mais mon frère n’y était plus. Ils ont demandé aux éléments pourquoi ils enfermaient leurs collègues dans la douche ; ils ont répondu que c’était là, la prison. Voilà ce qui m’a été expliqué. Puisque B. O. était toujours là-bas, je lui ai demandé de surveiller les lieux, au cas où mon frère reviendrait, afin que je puisse être informé. Plusieurs jours après, B. O. m’a informé que Youssouf avait été déplacé dans un autre bâtiment. Un autre jour, il m’a appelé pour me dire qu’il y avait une voiture qui était venue chercher mon grand frère ; un 4x4 de couleur verte immatriculé 997 et qui avait un chauffeur, accompagné de deux éléments du nom de Diaby et d’Ablo.

 

Vous souvenez-vous de la date ?

Oui. C’était le 18 juillet 2013, si j’ai une bonne mémoire. Depuis lors, je n’ai eu aucun contact avec mon frère Youssouf ; ni physique, ni téléphonique.

 

Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il est toujours vivant ?

Bon, il faut dire que nous sommes en Afrique et que nous avons nos croyances. De ce fait, tant que nous n’aurons pas vu son corps, nous espérons toujours qu’il soit en vie. Il a été enlevé donc, nous gardons espoir. Après sept ans, ça devient de plus en plus difficile d’y croire, parce qu’on se dit qu’il aurait pu, au moins, nous appeler pour nous dire où il se trouve. C’est à Bouaké qu’il a été enlevé et ensuite, nous avons appris qu’il était à la Marine ; à ce moment-là, nous avions tous douté, jusqu’à ce que je le voie de mes propres yeux. C’est un peu pour ça aussi qu’il m’est difficile de croire qu’il soit encore vivant car, de 2013 à aujourd’hui il y aurait bien eu quelqu’un pour nous dire où il se trouve.

 

Aujourd’hui quel appel lancez-vous aux autorités ?

L’appel que je peux lancer aux autorités, c’est de nous dire réellement où se trouve mon grand frère Youssouf et pourquoi il a été arrêté. Parce que quand vous arrêtez quelqu’un, même s’il a commis le crime le plus odieux du monde, il doit être vu par ses parents et passé devant la justice. Je leur demande pardon ; quel que soit l’endroit où il se trouve, que les autorités nous disent la vérité. Qu’il soit vivant ou mort que le ministère de la Défense, celui de la Sécurité ou toute autre entité impliquée dans son enlèvement, nous le dise réellement.

 

Comment se portent sa famille, sa femme et ses enfants ?

C’est toujours la psychose au niveau de la famille. Il avait deux femmes, qui sont toujours à Bouaké avec leurs enfants ; il avait eu sept enfants avec la première femme et deux avec la seconde. Depuis quelques jours nous avons commencé à alerter les gens sur les réseaux sociaux et nous avons eu des retours qu’il serait décédé. Nous avons donc informé notre maman, vendredi dernier, parce que depuis 2013, comme nous tous, elle avait espoir qu’il reviendrait.

 

Merci Monsieur Koné d’avoir répondu à nos questions aussi difficile que cela puisse être pour vous et votre famille.

C’est moi qui vous remercie.

...

Depuis sept ans, M. Youssouf Koné est introuvable. Il a été enlevé, puis détenu au secret sans n’avoir jamais pu consulter un avocat ou être jugé et la dernière fois qu'il a été vu vivant, c'était à la DST. Les démarches de la famille n’ont jamais abouti et aujourd’hui, elle voudrait avoir des réponses à ses questions :

  • Où se trouve Youssouf Koné ?
  • Pourquoi a-t-il été enlevé, torturé, puis détenu à la base de la Marine de Locodjro puis, à la DST ?
  • Quels rôles ont joué :
      • Le Président Alassane Ouattara et son frère Téné Birahima Ouattara ?
      • Le Général Soumaïla Bakayoko ?
      • Le Colonel-major Chérif Ousmane et les caporaux Diaby et Ablo ?
      • Le nommé Yaya Ouattara (main noire de Photocopie) ?
  • Quelles charges étaient retenues contre Youssouf Koné ?
  • Pourquoi n’a-t-il pas été détenu à la Maison d’Arrêt Militaire d’Abidjan ?
  • Pourquoi n’a-t-il pas eu accès à un avocat ?
  • Pourquoi n’a-t-il pas été jugé par le tribunal militaire ?
  • Si Youssouf Koné était encore en vie et détenu dans les geôles de la République, pourquoi sa famille n’a aucune nouvelle de lui, depuis bientôt 7 ans ?
  • S’il a réellement été assassiné, quelles sont les conditions de sa mort, où se trouve son corps et qui l’a tué ?

En état actuel des choses et des éléments en notre possession, M. Youssouf Koné est bel et bien mort, victime d’un homicide dans les locaux de la DST. Un jour, justice lui sera rendu. Toutes nos condoléances à sa famille.

Les Justiciers du Net - Pensez à vous abonner à notre site.

 

Côte d’Ivoire : Le Bêtisier 2019 du RHDP

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.