Franklin NYAMSI
Docteur en Philosophie, Ecrivain, Intellectuel engagé pour la démocratisation de l'Afrique et l'enracinement de la citoyenneté cosmopolitique
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Billet de blog 16 janv. 2022

LE 1ER MINISTRE CHOGUEL MAIGA POINTE LA FRANCE DANS LA DÉSTABILISATION DU MALI

Le Premier Ministre Malien Choguel Kokalla Maïga a délivré sur la chaîne publique ORTM, une description sans fards des causes et solutions de la déstabilisation subie par l'Afrique en général et le Mali en particulier, avec un accent précis sur les responsabilités graves de la puissance française. Relevé de citations de l'Interview.

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DOCUMENT HISTORIQUE SUR LES AFFIRMATIONS MAJEURES DU PREMIER MINISTRE DU MALI, LE DOCTEUR CHOGUEL KOKALLA MAIGA LORS DE SON INTERVIEW TÉLÉVISÉE DU 15 JANVIER 2022. CES AFFIRMATIONS DOCUMENTÉES PROUVENT LA MAUVAISE FOI EVIDENTE DE LA PUISSANCE FRANÇAISE DANS LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME EN AFRIQUE

« Certains pays se servent de la CEDEAO et de l’UEMOA pour régler d’autres comptes »

« On traite le Mali comme un moins que rien »

« Le Mali vit une situation dont il n’est pas responsable »

« On prend un marteau pour achever le Mali »

« Nous ne sommes pas un peuple qu’on peut vassaliser »

« Un peuple qui est déjà à terre, on veut l’achever »

« Il y en a qui ont compté sur un soulèvement pour renverser le gouvernement »

« Les amis sont comme les étoiles. C’est dans l’obscurité qu’on les voit »

« L’élection ne peut pas être une fin en soi »

« Un pouvoir démocratiquement élu ne tire pas sur les populations »

« Notre pays ne sera jamais isolé »

« Dans une certaine mesure, le destin de l’Afrique se joue au mali »

« Notre peuple est soutenu par l’ensemble des peuples africains aujourd’hui »

Les 5 finalités de la transition sont : 1) Des élections démocratiques et transparentes ; 2) La sécurisation et la défense du Mali ; 3) La lutte contre la corruption et l’impunité dans notre pays ; 4) la réforme consensuelle de la constitution ; 5) La construction d’un outil de défense solide pour le Mali

« Nous n’allons jamais commettre l’erreur d’organiser des élections d’où sortira un président contesté dès le lendemain »

« Sans sécurité, pas de légitimité »

« Ou bé kan to nyo dé », « Tu ne peux pas aimer quelqu’un plus que lui-même »

« Les décisions de la CEDEAO sont influencées par des prises de position extra-africaines »

« Ceux qui veulent nous intimider, notre peuple et notre armée les attendent de pied ferme »

« La mission est sacrée, mais c’est le terrain qui commande »

« La politique, c’est l’art de réaliser ce qui est possible et de rendre possible ce qui est nécessaire »

« Si vous enlevez les influences étrangères qui ont un autre agenda, entre nous africains, on va s’entendre »

« Qui a détruit la Lybie pour répandre les armes ? »

« Les responsables français l’ont dit : « il faut diviser le Mali en deux »

Affirmations factuelles sur le rôle néfaste de la France dans la crise malienne depuis 2012:

  • « La crise malienne est survenue en 2012. L’une des raisons c’était l’absence de leadership éclairé et de maturité stratégique qui a fait qu’on a détruit notre outil de défense. Mais, ça c’est peut-être 30%, 40. Mais qui a détruit la Lybie pour répandre les armes partout, pour amener des mercenaires de Lybie, pour dire, « allez-y, coupez le Mali en deux » ? C’est pas nous qui le disons, c’est des responsables français ! J’ai les noms, j’ai un document, tout est documenté» ; « « Vous avez des responsables des anciens mouvements rebelles qui disent clairement que c’est la France qui a dit : « On va diviser le Mali », mais après, ils ont compris plus tard que la France voulait les utiliser pour affaiblir l’Etat malien et faire ce qu’elle veut. »
  • En 2012 au sommet de la CEDEAO à Dakar, lors de l’investiture de Macky Sall, Alain Juppé, alors ministre français des affaires étrangères, « surgit comme par hasard » en pleine réunion de la CEDEAO débattant de l’envoi de 3000 hommes pour protéger le Mali contre le terrorisme. « Juppé dit : « Non, 3000 hommes c’est trop face à 500 combattants irrédentistes . Vous avez-vu ? ».
  • Le Mali et La CEDEAO demande la création de la MISMA en 2012. « Les diplomates français sont les premiers à dénigrer la MISMA ». Dans la foulée, on crée la MINUSMA pour combattre le même terrorisme.

 L’Opération Serval déclenchée le 11 janvier 2013 avait « 3 objectifs : 1) détruire le terrorisme ; 2) aide à restaurer l’intégrité du territoire malien ; 3) appliquer les résolutions des Nations Unies . Neuf ans après, le terrorisme au lieu d’être détruit, a quitté l’extrême nord pour prendre 80% du pays. L’intégrité du territoire à la date d’aujourd’hui n’est pas rétablie. Les résolutions des Nations Unies changent chaque année,, au point que cette année nous nous sommes opposés à une résolution. Donc, vous en tirez vous-mêmes vos conclusions. »

  • « Est-ce que vous savez qu’en 2014 lorsque l’armée malienne a voulu récupérer ses armes qui avait été saisies par la MINUSMA dans le Nord, le commandant de Barkhane a dit NON, c’est un butin de guerre qui appartient à la CEMA, ils ne vont pas le donner à l’armée malienne. Est-ce que vous pouvez vous imaginer? » (47è minute)
  • « Est-ce que vous savez qu’en 2016, lorsque l’Opération Barkhane a été installée, le Commandant de Barkane a fait le tour de ses forces dans ses pays concernés, il est allé au Tchad, sur la base de Faya-Largeau. Là, il a fait la revue des troupes. Et vous savez ce qu’il a dit à ses troupes ? C’est documenté ce que je dis hein ? C’est un journaliste français, Laurent Larcher qui l’a rapporté dans une émission où il parle des non-dits de la diplomatie française. Le commandant de Barkane dit à ses troupes, ça va vous faire froid au dos. Il dit : « Nous sommes venus ici il y a 100 ans, autrement dit en Afrique. Nous sommes partis il y a 60 ans. Nous sommes revenus pour 100 ans. » Tirez vous-mêmes les conclusions et les africains comprendront beaucoup de choses. Pourquoi au Mali, nous avons toutes ces forces-là : Barkane, Takuba, G5 Sahel, Euca, , EUTM, et çà ne fait qu’empirer. A la fin, c’est la désintégration de l’Etat. »
  • « Est-ce que vous pouvez imaginer que la lettre que le Président Malien a écrite à l’Etat Français pour demander son intervention, dont aucune copie n’existe ni à la présidence, ni au ministère des affaires étrangères, l’original est en France. Quand on en a eu besoin récemment, c’est sur le site du Sénat Français qu’on a trouvé. Parce que nous voulons relire les Accords. »
  • « Nous voulons relire les Accords déséquilibrés qui font de nous un Etat qui ne peut même pas survoler son territoire sans l’autorisation de la France…Nous avons relu ses Accords. »
  • « Le 17 novembre 2015 le commandant de Barkhane a tenu une conférence de presse ici, où il a accusé les mouvements signataires, disant que certains ont les pieds avec les mouvements terroristes et un pied dans l’accord. Mais ça, c’est quoi ça ? « 
  • « La lettre qui a été envoyée à l’Etat français le 11 janvier 2013, indique clairement « appui aérien et en renseignement ». Il n’était pas prévu des militaires français sur notre terre. Ils l’ont respecté à Konna, à Gao. Arrivés à l’extrême-nord du pays, ils ont bloqué l’armée malienne. Ils ont amené 4000 militaires français, avec un budget de 1 milliard de francs CFA par jour. Ils ont fait venir d’autres africains, ils ont fait venir la MINUSMA, interdit à l’armée malienne d’accéder à une partie de son territoire, alors qu’ils proclament que c’est pour recouvrer l’intégrité du territoire. Donc, il y a un discours apaisant, lénifiant, en attendant le réveil brutal et la réalité. »
  • « On arrive jusqu’à nous interdire des parties de notre territoire. Il y a quelques mois quand on a massacré des gens à Kassiga, notre armée a appris qu’il y a des groupes de terroristes qui sont en train de s’organiser pour venir dans la zone. On a voulu faire voler un aéronef pour aller surveiller. On nous a dit « NON, c’est la zone d’entraînement de notre troupe de Takuba ».
  • « Le gouvernement a décidé que nous n’allons plus demander d’autorisation à qui que ce soit pour survoler notre territoire. Et à moins de 7 mois de la rectification de la transition, nous avons les moyens de survoler et aller partout sur notre territoire sans autorisation. »
  • « C’est la CEDEAO qui a pris des mesures pour dire qu’aucun avion de la CEDEAO n’atterrit chez nous. »
  • « Pendant qu’ils font çà, un avion quitte un pays de la CEDEAO (la Côte d’Ivoire), il pénètre sur notre territoire, ne sachant pas qu’aujourd’hui on s’est doté des moyens de surveillance. On l’identifie. Quand il a su qu’on l’a identifié, il éteint le transpondeur. Quand il a compris qu’on continue à suivre son mouvement, il éteint la Radio. Il vient, il débarque, il retourne. On ne lui dit rien. Nous avons fait un communiqué hier pour les mettre en garde. Pendant qu’on prépare une force en attente contre nous, qu’est-ce qu’il y avait dans cet avion ? »
  • « Aujourd’hui, nous avons les moyens de défendre notre territoire. »

A propos du rapprochement avec la Russie

  • « Dans le Sahel, vous avez deux groupes terroristes : vous l’avez l’EIGS, vous avez le GNIM. Le territoire de prédilection du GNIM c’est le territoire malien. L’EIGS c’est dans la zone des 3 Frontières. Un jour alors qu’on a un accord de défense, le Président français décide, parce qu’on a fait des nominations qui ne lui plaisent pas au Mali, il dit qu’il arrête les opérations militaires, sans nous aviser. Mais l’Accord sert à quoi alors ? »
  • « Quand vous laissez ces emprises, vous venez nous empêcher aussi de faire des rapprochement avec d’autres partenaires. Ça c’est quoi çà ? »
  • « Nous cherchons les moyens pour défendre notre peuple. Nous voulons avoir notre autonomie de décision. Maintenant, cette campagne qu’il y contre nous, ce terrorisme diplomatique, médiatique, psychologique, çà ne nous fera pas bouger d’un iota. Nous sommes dans des relations de coopération avec l’Etat russe, comme on l’est avec d’autres Etats. »
  • « Aucun chef d’Etat africain n’a envoyé d’émissaire ici. Ils se sont basés sur ce que la presse d’un autre pays dit pour organiser un sommet, pour prendre des résolutions sur des rumeurs véhiculées par le ministre d’un autre pays…ça rentrait dans une stratégie de diabolisation du Mali…jusqu’à la tribune de l’ONU »
  • « La guerre psychologique, l’intoxication, l’intimidation, ne peuvent pas nous perturber. Ce que nous demandons, comme disent les Africains : « Cabri mort-là si tu le mets au frigo ou bien tu le laisses en putréfaction, ça change quoi, il est déjà mort ».
  • « Le chat, qu’il soit gris ou noir, pourvu qu’il attrape les souris. » C’est Deng Xiaping qui le dit. Nous, nous cherchons un partenaire pour libérer notre pays. Nous nous sommes tournés vers notre partenaire historique en matière de défense…la Russie qui est un vieil ami, qui nous a tendu la main »
  • « Quand on massacre les villages, 30, 40 personnes, il y a ce qu’ils appellent les Forces Internationales à 10 kilomètres qui ne font rien. Aujourd’hui nous avons les capacités de projection et de destruction des terroristes. Ce que nous avons fait entre le 28 décembre 2021 et le 10 janvier 2022 en termes de résultats probants, c’est plus que ce qu’on a fait pendant les 10 dernières années réunies. Mais il y a eu le black-out total, on n’en parle pas. Nous avons décidé que la peur change de camp. »
  • « Nous voulons restaurer la dignité, l’indépendance, la souveraineté, l’indépendance, la fierté du peuple malien et des africains, c’est tout. »
  • « Je voudrais saisir cette occasion pour remercier de façon particulière la Russie et la Chine, deux pays amis qui de toutes les façons ont toujours été aux côtés du Mali dès le lendemain de son indépendance. »
  • « Ce sommet de la CEDEAO à Accra était destiné à nous humilier et punir les dirigeants maliens. »

Résultats des ANR (Assises Nationales de la Refondation)

« Ces Assises font partie des revendications du peuple portées par le M5-RFP depuis 2020 »

« Ces Assises sont historiques, fondamentales, essentielles, vitales pour la refondation de l’Etat malien. Tous les maliens ont participé. Même dans les lieux où il y a le terrorisme. »

« Nous nous sommes imposés de rendre exécutoires les résultats des Assises. Les Assises vont devenir la balise à partir de laquelle le gouvernement de transition va travailler. »

« Nous avons 5 revendications portées par le peuple ».

« Le temps que nous avons proposé à la CEDEAO, c’est le temps nécessaire pour implémenter ces objectifs.

« Ce qui s’est passé, moi je le considère comme une brouille dans une famille. »

Source des extraits : https://www.youtube.com/watch?v=zPO1F3QKGUI

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