Cameroun : la descente aux enfers du régime maudit de Paul Biya et l’heure du Peuple

La descente aux enfers du régime corrompu du criminel disparu Paul Biya se poursuit inexorablement au Cameroun. Les observateurs se demandent comment tout cela va finir. Le Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun, coordonnateur des Services de Communication de la Résistance Africaine (SRA) analyse les deux logiques en présence.

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Cameroun : la descente aux enfers du régime maudit de Paul Biya et l’heure du Peuple

Né en 1982 d’une succession de gré à gré à la tête de l’Etat, le régime de Paul Biya est issu de la tradition néocoloniale française. De 1955 à 1971, l’armée française, sous le régime du général Charles de Gaulle, mena au Cameroun une guerre d’épuration contre le mouvement indépendantiste du pays, l’Union des Populations du Cameroun, dont les principaux chefs furent éliminés, en même temps que près d’un million de civils camerounais étaient massacrés, notamment dans les pays Bamiléké et Bassa. Ayant choisi de placer au sommet du pays une élite collaborationniste sélectionnée sur des critères de servilité aveugle aux intérêts de la puissance française, la France gaullienne jeta son dévolu sur un petit commis des postes du Nord, Ahmadou Ahidjo, qui fut chargé de diriger l’oligarchie multiethnique des camerounais soumis à la dictée politique, économique, militaire et politique de la France. Paul Biya, recruté dans l’administration camerounaise, suite à sa cooptation par le docteur Louis-Paul Aujoulat, grand colon français du Cameroun, figurera dès 1961 dans l’élite anti-populaire du Cameroun.

Le régime né de ces crimes contre l’humanité, à la fin des années 50, perdure jusqu’en ce mois de mai 2020. Dépourvu de légitimité politique, car jamais élu démocratiquement par les populations du Cameroun, ne se sentant comptable que devant sa tutelle française, régulièrement assis sur des doses homéopathiques de terreur administrées aux populations, manipulant à foison la variable de la diversité ethnique du pays pour régner par la division, le régime Ahidjo-Biya a tout naturellement été incapable en 60 ans de développer le Cameroun, de le doter d’un Etat de droit, et de faire efficacement face aux mutations rapides de l’économie monde. Un constat d’échec qui se traduit par un taux de pauvreté de près de 70% de sa population, un taux de corruption extrêmement élevé, un taux de chômage de près de 90% de la population en âge de travailler, des tragédies de migrations sauvages des jeunes générations aux plus dangereuses frontières du monde, la banalisation de la vie humaine dans les rares hôpitaux, terribles prisons et autres lieux de destruction de l’humain dans le pays. Après 38 ans au sommet de l’Etat, Paul Biya, dont l’entourage s’est gravement effondré depuis début mars 2020 sous les fourches caudines de la pandémie du Covid 19, est porté disparu. A ce jour, et malgré toutes les apparitions artificielles organisées par les services de communication du régime, les Camerounais ignorent si le satrape est décédé, en état végétatif, ou atteint de démence sénile. Mais la vacance du pouvoir présidentiel, constatée grâce à la démarche courageuse du Président Elu du 7 octobre 2018, le Chef de l’opposition nationale Maurice Kamto, et grâce à la mobilisation spontanée d’une avant-garde de bientôt 100 000 pétitionnaires contre la succession de gré à gré, est une réalité incontestable.

Les observateurs se demandent donc : comment tout cela va-t-il finir ? Une première école, appuyée par l’élite politique corrompue de France, mise sur la continuité d’un système qui profite essentiellement aux grandes multinationales du capitalisme français et à l’élite multiethnique corrompue du régime Biya. Selon cette lecture de la réalité politique camerounaise, il suffirait de susciter au sein du régime un accord des clans pour qu’une formule consensuelle de succession émerge. La diplomatie française et la diplomatie suisse travaillent donc de concert pour mettre d’accord le clan de Nanga-Eboko (Chantal Biya et Ferdinand Ngoh Ngoh), le Clan de Mvomeka’a (Frank Biya et le Général René Claude Meka) et le Clan des argentiers-armuriers (Louis Paul Motaze, Rémy Ze Meka, Mebe Ngo’o et consorts) autour d’une formule successorale consensuelle. Cet accord est à ce jour loin d’être trouvé, en raison des aigreurs et rancoeurs qui opposent ces factions. On voit dès lors la puissance française tentée de favoriser en cas d’échec de la médiation interne, un putsch militaire qui déclencherait une transition sous contrôle.

Une seconde école mise sur l’éveil du peuple camerounais, une donnée absolument nouvelle dans la situation historique de ce pays. La popularité du Président élu Maurice Kamto et son accent mis sur le refus collectif de la succession de gré à gré à la tête du pays recueillent les soutiens de l’écrasante majorité des Camerounais et de la quasi-totalité des millions de camerounais de la diaspora. Le succès inédit de l’appel à solidarité de la SCSI ( Survie Cameroon Survival Initiative) qui est en passe de lever 1 million d’euros de dons populaires pour la lutte contre le La mobilisation, illustre parfaitement l’assise populaire et la légitimité morale du leader Maurice Kamto dans le pays. La pétition de bientôt près de 100 000 citoyens du Cameroun et du monde, lancée par nos soins contre l’Ambassadeur fraudeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou, est venue renforcer la conviction populaire que le changement politique est possible par la mobilisation du peuple camerounais lui-même, contre le gré à gré de l’autocratie. Tous les jours, monte une houle citoyenne qui se traduira sans doute bientôt par des millions de citoyens dans les rues du Cameroun, paralysant comme jamais la police, la gendarmerie et l’armée, pour obtenir pacifiquement, les cinq points de l’urgence nationale : 1) La libération de tous les prisonniers politiques anglophones et francophones ; 2) La tenue d’assises nationales inclusives sur la fondation d’un pacte national démocratique ; 3) La mise sur pied d’une nouvelle constitution fédérale de la république, résolvant la crise anglophone et le problème démocratique national ; 4) La mise en place d’une nouvelle loi électorale et d’un nouvel organisme électoral indépendant ; 5) La tenue des premières élections démocratiques, transparentes, inclusives et libres de l’histoire du Cameroun.

Laquelle de ces deux conceptions du changement l’emportera donc ? C’est l’Histoire du monde qui sera ici le jugement dernier de cette affaire. Pour l’heure, une kyrielle de malheurs s’accumule sur le clan présidentiel camerounais, comme un signe des temps : monsieur Biya a disparu de la circulation depuis début mars 2020, et les fausses audiences des 16 avril, 13 mai, ou le faux discours du 19 mai 2020, n’auront pas suffi à le ressusciter ;  Un chauffeur du couple Biya est décédé du Covid 19 le 4 mai 2020 ; le médecin personnel de Paul Biya , le colonel Marius Etoundi, est décédé du Covid 19 le 22 mai 2020, suivi de son propre chauffeur, le samedi 23 mai 2020 ; des tensions graves sont apparues autour des responsabilités criminelles dans le commandement de l’armée, entre  d’une part les officiers meneurs des opérations de répression antipopulaires, dans le nord et dans la région anglophone , et la hiérarchie du palais présidentiel d’Etoudi ; le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, alerté par la montée en puissance desdites tensions, aurait fait fuir toute sa famille du Cameroun. Le régime, dont les contradictions intra-gouvernementales se multiplient, est clairement aux abois. Va-t-il continuer de nier la réalité de la vacance du pouvoir présidentiel, au risque de voir s’écrouler sur lui-même, ses propres mensonges comme un château de cartes ? Les appels à l’unité nationale d’un Charles Ndongo, directeur de la Communication Présidentielle, sonnent plus que jamais faux. Une sorte de malédiction, sous forme de boomerang, s’abat inexorablement sur le régime de Paul Biya. Coupé des populations, suspendu à la tutelle française elle-même prête à le lâcher pour exploiter une autre branche si nécessaire, le régime se meurt devant un peuple lui-même surpris par tant de vulnérabilité du monstre qui le tient en otage.

Le Peuple camerounais, et notamment l’opposition politique et la société civile sont donc plus que jamais face à leurs responsabilités. Opérer la double rupture avec la dictature nationale et la vassalité néocoloniale française. Quand prendre la rue ? Maintenant ou plus tard ? Quelles actions mener pour court-circuiter les manœuvres de la succession interne de gré à gré actuellement en cours au cœur du régime soixantenaire pourri de la néocolonie ? Nul n’y répondra à la place du peuple souverain. Ces questions pendent au nez de tous les camerounais, du Président Elu Maurice Kamto et de tous les responsables des organisations civiles de lutte citoyenne, des leaders d’opinion, des intellectuels, religieux, amis du Cameroun de tous horizons. Et ces questions sont d’autant plus pressantes qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Mais aussi, parce qu’il ne faut pas confondre prudence et lâcheté. La submersion du système répressif camerounais par des foules conscientes du processus de sortie en 5 points est la clé de voûte du changement. IL faut que les Camerounaises et Camerounais de bonne volonté se pénètrent de cette vision. Telle est la mission des nouveaux Services de Communication de la Résistance Africaine que je coordonne. L’urgence est de  faire comprendre à une masse populaire suffisante, qu’elle a tous les moyens pour faire basculer l’Histoire du Cameroun, comme l’ont fait les Algériens contre Bouteflika, les soudanais contre Omar El Béchir, dans cette même période historique. L’heure du Peuple Camerounais, incontestablement, a sonné. Et comme le dit si bien le Président Maurice Kamto, féru du timing politique des actions de libération, « si c’est l’heure, c’est l’heure. »

 

Professeur Franklin Nyamsi Wa Kamerun

Services de Communication de la Résistance Africaine (SRA),

Le 25 mai 2020.

 

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