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Billet de blog 26 avr. 2017

Quand j’ai vu mon père redevenir un lutteur, j’ai compris qu’on allait gagner.

Aujourd’hui, je vous invite à participer à la renaissance de l’Histoire. Et je vous assure qu’on la gagnera. Pas parce que nos armes sont mieux huilés, mieux entretenues, plus brillantes ou encore plus chouettes. Parce que maintenant, c’est les leurs, qui sont usées, rouillées ou oxydées.

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Je tiens à partager une impression. Parce que pour moi elle est une composante essentielle au mouvement que je défends. Mon père, qui fait partie de mes inspirations politiques principales, comme beaucoup de monde, m’avoue qu’il a perdu tout repaire dans cette élection. Il a fallu que je lui réexplique toutes les choses qu’il m’avait transmises depuis mes premières luttes. Je l’ai fait aux côtés de ma sœur, qui pourtant est un camarade de lutte plutôt récent. Et qui pourtant m’en a appris autant que lui sur les diverses manières de voir la politique. Et beaucoup plus sur les conséquences qu’elle peut avoir.

J’ai revécu mes premières luttes, notamment le CPE, et combien j’ai pu pleurer devant l’offensive idéologique générale à laquelle on a pu faire face. A l’époque je ne votais pas, mais un de mes soutiens les plus utiles c’était l’histoire du front populaire et le programme du CNR. Entre autres expériences, j’ai vécu la même désespérance lors de la lutte contre la loi travail. A cette époque, j’ai regretté de ne pas compter mon père parmi nos soutiens. De son point de vue, que je respecte, pas par hostilité mais par désespérances multiples, et dues aux luttes perdues auparavant, il avait fini par laisser tomber ses convictions, se rangeant même parfois du coté de mes oppresseurs.

Le 25 avril 2017, c’est donc pour moi un jour qui change beaucoup de choses. C’est le jour de l’insoumission de mon père.

Il a ainsi, sous les yeux insoumis de ses enfants, redécouvert la lutte. La grève. La manif. Tout ce qu’il avait pris tant de temps à l’époque à nous transmettre. 2017 ce n’est pas une défaite, bien au contraire. C’est la victoire des idées contre les comptables. C’est la défaite des libéraux. C’est la fin d’un monde. Comme dit Méluche, « ça fait 20 ans que ça dure, le problème c’est celui de ceux qui se gavent ».

20 ans c’est long. Très long. Entretemps, le libéralisme s’est imposé partout, et d’abord dans les médias. Qui ont permis de dégouter tous les gens qui pouvaient lutter contre eux. Les amis, une bataille a eu lieu alors. On était alors trop jeunes. Il s’agissait de savoir qui aurait le mot de la fin de l’Histoire. Cette bataille, on l’a perdue.

En vérité, on menait cette bataille avec des armes inefficaces. Pourquoi ? Parce qu’on avait gardé les mêmes armes, usées par les combats nombreux des années précédentes. Nos ennemis s’étaient approprié nos tactiques, nos ruses et nos méthodes. Nos armes ont été aussi rouillées par l’attaque, non pas de la météo, mais du conformisme confortable qui fait toujours le lit des fascistes.

Aujourd’hui, je vous invite à participer à la renaissance de l’Histoire. Et je vous assure qu’on la gagnera. Pas parce que nos armes sont mieux huilés, mieux entretenues, plus brillantes ou encore plus chouettes. Parce que maintenant, c’est les leurs, qui sont usées, rouillées ou oxydées. C’est le moment de renaitre, et il aura fallu du temps pour épuiser leurs magasins. Mais maintenant, ils n’ont plus de munitions. Ils les ont toutes envoyés sur nos rangs.

Nous, on les a absorbé, on s’en est même nourri. Ils n’ont pas réussi à éteindre la détermination de certains insoumis. On a attendu, longtemps que renaisse la raison. Et les vieux lutteurs se sont faits de plus en plus rares car ils étaient seuls. Aujourd’hui, on leur doit beaucoup de choses. Gloire aux vieux insoumis ! Donc haut les cœurs, c’est à la fois l’heure des vieux et des jeunes lutteurs. C’est l’heure des insoumis.

Quand j’ai vu mon père redevenir un lutteur, au moment où je lui ai rendu ses armes, bien huilées et améliorées, j’ai compris qu’on allait gagner. Et lui aussi.

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