4/4. Suite de la Conférence de Raymond MALLERIN
Professeur, Inspecteur d'académie
III- La morale et l’évolution de notre société
Nous abordons ici la question de la morale dans les relations sociales, nationales et internationales. Peut-on dire que les extraordinaires progrès scientifiques que nous avons connus depuis la deuxième moitié du XXe siècle se sont accompagnés - ou non – d’un progrès moral ?
Ce qui est sûr, c’est que la complexification, liée au progrès, de nos sociétés ont énormément multiplié les domaines qui peuvent susciter réflexions et interrogations morales.
III1- Domaines contemporains ouverts à la réflexion morale
Chacun de ces domaines pourrait donner lieu à un vaste débat. Je me contenterai, à ce point de mon exposé, et après vous avoir si longtemps ennuyés, de citer, en vrac, quelques-uns de ces sujets de réflexion, dont plusieurs ont d’ailleurs fait l’objet de débats dans notre club.
Tous les problèmes liés à la politique et aux relations internationales : la guerre juste ( ?) et les dégâts collatéraux, le droit d’ingérence, la démocratie, le libéralisme économique, le capitalisme, la pauvreté, le terrorisme, la justice internationale ( le TPI), les prisons, la torture, la violation des droits de l’homme, la faim, l’eau dans le monde…..
Tous les problèmes liés à l’environnement : les énergies polluantes, les énergies renouvelables, le nucléaire, la destruction progressive de notre planète, les diverses solutions écologiques…..
Tous les problèmes liés à l’information et aux médias : le secret des sources, la recherche du scoop, la manipulation de l’opinion, les sondages, la rumeur, la télévision, l’utilisation d’internet et du téléphone portable…
Tous les problèmes liés aux mœurs : la liberté sexuelle, la prostitution, le mariage et le pacs, l’éducation et la pédagogie, l ‘autorité, les relations parents /enfants…
Tous les problèmes — et ce sont peut-être les plus complexes et les plus graves — liés à la bioéthique : le statut de l’embryon, la procréation assistée, l’IVG et l’avortement, le clonage thérapeutique et reproductif, la tentation de l’eugénisme, les soins palliatifs, l’euthanasie….
Ce n’est là qu’un résumé sommaire et très incomplet des domaines contemporains qui posent des problèmes de morale. Voilà, je crois, de quoi alimenter notre club pendant plusieurs années.
Ce n’est qu’après un inventaire des réponses apportées aux problèmes posés par tous ces secteurs d’activité humaine que l’on pourrait apporter une réponse vraiment valable à la question de savoir si notre mode actuel de société est plus - ou moins – moral que ceux qui l’ont précédé. C’est pourquoi je me contenterai de ne vous donner qu’une réponse très générale, intuitive et personnelle et qui me servira de conclusion. Notre société est-elle plus morale que celles qui l’ont précédée ? Réponse : oui et non.
III2 – Plus et moins de morale
Oui, notre société est plus morale puisqu’elle connaît la fin de l’esclavage et du colonialisme, la condamnation du racisme, la disparition (que nous voulons espérer définitive) des grands conflits internationaux, la reconnaissance de principe de l’égalité homme /femme, la progressive reconnaissance des Droits de l’Homme, l’existence si insuffisante soit-elle, d’institutions internationales (ONU), de tribunaux internationaux (CPI, TPI), d’organismes de régulation mondiale, (OMC, FMI) et de coopération culturelle (UNESCO). Elle est plus morale aussi dans la mesure où elle voit émerger la conscience progressive d’un élément fondamental, la conciliation entre universalisation et diversité selon la belle formule d’Albert Memmi : « Tous uniques, tous différents, tous égaux ».
Tous ces éléments d’un plus de morale sont, en fait, relatifs et loin d’être reconnus et appliqués par tous et partout. Mais ce sont tout de même des « plus » qu’il faut savoir reconnaître et saluer. Malheureusement, à côté de ces « plus », existent aussi beaucoup de « moins ».
Non, notre société n’est pas plus morale que les précédentes. Sur de nombreux points elle l’est même moins, puisqu’elle connaît le développement de l’individualisme égoïste, au détriment des solidarités familiales et locales d’autrefois, les méfaits de la société de consommation, privilégiant l’avoir au détriment de l’être, la destruction progressive de notre planète, la multiplication des conflits locaux, l’accroissement des inégalités ( à l’intérieur des nations et entre les nations), les intégrismes, le terrorisme…