Je suis fier de moi, j’ai tenu parole, j’ai résisté, je n’ai pas baissé ma garde jusqu’à la fermeture des boutiques. Toute une journée en proie à des pressions insupportables. Ces agressions ne datent pas d’aujourd’hui, d’ailleurs. Depuis le début du mois, mon esprit a été l’objet de sollicitations quotidiennes. En quelque sorte un lavage de cerveau sciemment organisé, programmé comme une campagne médiatique. Impossible d’échapper à ce battage dans la presse, à la radio, à la télé, sur l’internet. Des centaines de spams ont envahi mon PC. Malgré cette cabale indécente, pour rien au monde je n’aurais changé mes habitudes hebdomadaires.
Tous les lundis, j’assiste à une réunion politique où l’on prépare la prochaine grève ! C’est une excuse toute trouvée… car en réalité, je dîne chez mon amie Hyacinthe. Un peu vieux jeu comme prénom, mais détrompez-vous c’est une magnifique personne, un vrai cordon bleu qui me mijote des petits plats, simplement vêtue du déshabillé rose que je lui ai ramené de Paris. Ainsi dévêtue, on la dirait échappée du Moulin Rouge, le temps de me faire honneur… ou l’inverse ! Sûr, que vous avez deviné qu’elle est blonde ! Au moment de se séparer, elle m’a semblé toute drôle, comme s’il lui manquait quelque chose. Peut-être un petit cadeau ? J’ai remarqué que les maîtresses ont souvent cet état d’âme lorsqu’on les quitte.
Mardi, mercredi, soirées conventionnelles, au coin du feu, à mes écritures ou devant la télévision, parfois au lit de « bonheur » avec maman.
Le jeudi est un jour sacré que je consacre à mes cockers et à mon épouse. Il faisait beau, juste un brin de mistral, un soleil merveilleusement chaud pour le mois de février. Nous sommes montés quatre à quatre par les sentiers jusqu’au sommet des Alpilles. De là, nous devinions la mer dans une petite brume, nous apercevions les usines de Fos qui crachent une fumée blanche. Que du bonheur… pour paraphraser un présentateur du journal de 13 heures.
Le vendredi, pour rien au monde, je manquerais Thalassa. Hier, sur le sentier du littoral, de Royan à la Rochelle, j’ai rencontré deux écrivains talentueux : Erik Orsenna, la plume de Mitterrand, et Jean-Louis Fournier, celle du Femina !
Changement de programme le samedi soir, c’est le rituel concours de belotte au bistrot du Commerce. Il arrive que j’y participe au maximum deux à trois fois dans l’année lorsque ma petite Fatma s’absente chez ses parents. Quelle patience peut-elle avoir cette brunette élancée et métissée, célibataire à force d’espérer me convaincre de changer de vie. On se fait chaque fois un bon resto, sur Marseille ou dans les environs. Elle adore ça, paraître à mon bras, exhibant ses bijoux, sa montre Cartier, une tunique de Dior ou de Christian Lacroix, mon voisin en pays d’Arles. Ce soir, Fatma va être surprise, plutôt en mal qu’en bien. Pour une fois, elle n’aura pas son petit cadeau de la saint Valentin ! Je fais grève…