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Billet de blog 14 février 2014

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’aimerais être riche, multimillionnaire, comme le sont les patrons du CAC 40 et bien d’autres. Hélas, je ne le suis pas. A mon humble avis de lecteur depuis deux à trois décennies, la crise que traverse « Libé », sous l’angle des actionnaires capitalistes, n’est qu’une affaire de gros sous, de pognon pour se placer au niveau de Bruno Ledoux.

De deux choses l’une, ou l’on se paie une danseuse, en l’occurrence un premier danseur de l’opéra médiatique pour faire bonne figure, rentabiliser sa mise. Ou bien on est mécène et, partant de là, on donne les moyens à une équipe, à une rédaction de mener sa barque créative comme il l’entend, hors de toute ingérence.

Certes, la presse est en crise, elle survit avec l’aide de l’Etat, de l’ordre d’une vingtaine de millions pour Libé. Malgré cela, il lui manque, bon an mal an, un à deux millions pour équilibrer ses comptes. Une broutille en comparaison des revenus de centaines de capitalistes français et des parachutes dorés versés aux PDG ! Comme n’importe quelle entreprise, les médias en particulier, il faut encore investir pour s’adapter aux technologies nouvelles. N’oublions pas que l’investissement d’aujourd’hui portera ses fruits demain et après demain. En bon gestionnaire, il doit être planifié, continu et non épisodique comme c’est apparemment le cas pour Libé.

Un exemple pour étayer mon propos. Un an après le lancement de Mediapart, je croise Edwy Plenel au passage Brulé, une serviette sous le bras. Riant sous cape, comme à son habitude, il me dit : « Je vais à la banque, mais toi, Fred, le Suisse, as-tu 500.000 euros à investir à Médiapart ? » Franchement, si je les avais eus, je n’aurais pas hésité à me lancer dans cette aventure médiatique aux mains de ses journalistes fondateurs. Sans aucune arrière-pensée de bénéfice matériel, si ce n’est celui de la réussite du site. Trois ans et cinq millions ont été nécessaire pour que Mediapart équilibre ses comptes, puis fasse des bénéfices par la seule action de ses journalistes d'investigation.

C’est tout le problème de la presse. Sa véritable raison d’être n’est pas d’engranger des profits comme l’épicier du coin. D’ailleurs, l’épicier est satisfait de ce support qui lui permet d’être connu et d’écouler son bout de gras. Pour assumer cette tâche indispensable à la démocratie, à l’information, les revenus des médias ne devraient servir qu’à la rétribution de ceux qui créent, qui fabriquent cette matière impalpable mais vitale à la société.

Tout au long de son histoire, Libé a été secoué par des conflits, des grèves, des remises en cause. Comment pourrait-il en être autrement puisque ce quotidien libertaire a été le reflet critique d’une société durant quarante ans. Combien de plumes célèbres n’ont-ils pas écrit des papiers sur ce journal papier ? On ne peut chiffrer la valeur morale de ce titre dont certains veulent en faire une marque monnayable.  Un "Macdo" de la communication ! Comment ne pas se révolter contre une telle ineptie ?

A les entendre, le journal papier ne vaut plus un kopek.  Le Nouvel Obs vient d’être vendu pour une somme dérisoire à Niel et Cie, sept millions pour les deux-tiers de l’hebdo socialo-bobo. Créons une fondation, dotons-là d’un capital de cinq millions, de quoi assurer sa survie à moyenne échéance, et distribuons les parts aux collaborateurs. Fini les financiers, les ouvriers de l’écrit doivent posséder leur outil de travail à part entière. Quant à Ledoux et de Rothschild, commençons les enchères à un euro symbolique, histoire de leur enlever une épine du pied. Misons donc à tout casser sur dix millions au total, déductibles des impôts pour un mécène fortuné ou 300 à 500 euros par lecteur. OK ! Mais les 10 millions, hélas, je ne les ai pas, mais ce soir, je joue au  loto ! Vous aussi j'espère...

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