L’amour pastel

Parlez-moi d’amour, dites-moi des choses tendres…

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Ce vieux refrain n’est, hélas, plus à la mode. Serait-on devenu insensible, détaché, froid, sec ? Les bancs publics font-ils encore recette ? Serait-on devenu pudique ? Certainement pas. Les nouvelles générations font l’amour à la première rencontre mais n’en parlent pas. Ou alors pour s’en glorifier ou se refiler les bons tuyaux, comme à la bourse, avec le savoir-faire des vrais initiés. Celui-ci, celle-là quelle affaire ! Tu doubles la mise à chaque coup. La jeunesse brûle les étapes, la sexualité prime le sentiment, ce truc ringard tout juste bon pour les cathos et les viocs.

L’amour est devenu un produit de consommation comme la bagnole et le portable. Je choisis, je prends et je consomme illico. Si ça marche plutôt bien, on renouvelle, on s’affiche et on concubine. Sa chose, c’est mieux de l’avoir sous la main, des fois qu’il viendrait des idées aux copains ou aux copines du quartier. Vient ensuite la période du troc, de l’échange en circuit fermé. On collectionne les aventures jusqu’à 25 ans, puis on choisit le ou la plus docile pour faire des mouflets ! Le mariage en robe blanche est passé de mode.

Quelques années plus tard, les magazines et les sites regorgent d’annonces dans le genre : jeune femme, jolie, encore jeune, divorcée sans tort, deux enfants, qualités de coeur, cherche compagnon dans la quarantaine, grand, bonne situation, libre, sportif, aimant le cinéma, pour amitié, tendresse, câlins et plus… si entente !

Bordel, on y arrive à la tendresse ! Il a fallu s’y prendre à deux fois, parfois trois, mais vingt ans plus tard, c’est l’amour pastel, l’amour en demi-teinte, tout de douceur et de caresses partagées. Un amour d’automne sur fond de brume, de feuilles mortes, de vent du nord. La terre encore chaude de l’été fume sous le choc de la charrue. Un essaim de mouettes rieuses tournoie dans le ciel, une pluie froide pique deux visages souriants. Main dans la main, les amoureux s’engouffrent dans leur maison. Leurs yeux brillent comme les étincelles de la cheminée. L’amour, la tendresse, la vie commence enfin, à plus de quarante ans !

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