Mon boulanger est malade. Sa boutique à l’enseigne de « Lautrec » est fermée. Chaque fois que j’achète un quignon de pain aux olives, une spécialité du pays, fi de la baguette parisienne, j’observe goulûment ses pâtisseries décorées d’une main d’artiste. Ce Lautrec, qui n’est pas de Toulouse… vous façonne des gâteries à nulle autre pareille. L’émule du peintre a un sacré coup de pinceau, quand il manie le sucre glace. Peut-être est-ce héréditaire ?
La femme du boulanger est ravissante. On la mange des yeux quand elle sourit en vous servant une galette cuite au feu de bois. Ce n’est point une goulue et pourtant elle a quelque chose de coquin dans le regard. Il m’arrive d’y retourner à deux fois dans la journée. Bien que de face, j’imagine sa chute de rein... qui forcément ressemble à un bon pain de campagne. Je l’emmènerais au bout du monde en passant par Paris, en lui faisant connaître le Moulin rouge, les bistrots de Montmartre, la place du Tertre, le Sacré Cœur. Elle danserait le french-cancan, rien que pour moi. Elle jouerait au chat et à la souris avec ses froufrous.
Du cœur, elle en a à l’ouvrage, du matin jusqu’au soir. Et la nuit, que fait-elle pendant que son homme fait lever la pâte, la pétrit, façonne ses miches pour les enfourner à la hussarde dans la gueule du four enflammé ?