Il est sept heures à Barcelone. Je débarque d’un ferry en provenance de Palma de Majorque. Des passagers hagards se pressent vers la sortie à travers des couloirs interminables. Je distingue les touristes bardés de bagages hétéroclites. Pour la plupart, ils sont du troisième âge, de condition modeste à voir leur accoutrement. D’autres locaux n’ont qu’un petit sac à dos, des jeunes venus peut-être à la recherche d’un emploi pour l’hiver, faute de travail sur l’île après la saison d’été.
J’ai acheté le journal « El Pais », l’édition dominicale de plus de cent pages. Il n’y a pas d’équivalent en France à moins de réunir : Le Monde, Le Figaro et le JDD ! Des articles recherchés, commentés, une pagination réservée à l’art, aux photos. Pareil avec « El Mundo », le journal des Baléares. Malgré la crise, les journalistes espagnols ont encore de beaux jours devant eux. Ils en parlent de la récession et plus particulièrement du chômage qui suivant les régions, l’Andalousie par exemple, atteint 18% de sans emplois.
Malgré le soleil, Barcelone est impressionnante de tristesse. Elle est devenue une agglomération gigantesque, désordonnée où les usines, les dépôts, les centres commerciaux côtoient des blocs d’habitation sans âme, des maisons désuètes serties dans ce magma. A l’heure du petit noir, une file interminable de véhicules, peut-être de vingt kilomètres, fait du sur place sur l’autoroute, côté ouest. Sans doute en est-il de même à l’est. Atteint par la mélancolie, je n’ai pas le courage de pénétrer dans la cité, de visiter la Rambla, la Sagra Familia et les œuvres de Gaudi.
J'arrive donc de Majorque, cette île vouée toute entière au tourisme de masse. Depuis ma dernière visite, il y a vingt ans, les immeubles et les lotissements ont envahi la quasi totalité du bord de mer constructible. Un gâchis innommable dû à la société de consommation, à une fuite en avant capitaliste où le béton se transforme en or. Pour combien de temps encore ?
Les falaises du sud et les montagnes du nord ont heureusement résisté à la mainmise des promoteurs. Depuis la mer, on découvre des sites remarquables, des criques, des plages minuscules, des rochers volcaniques gris, noirs, ocre, des grottes inaccessibles creusées par l’érosion. Cela vous met du baume au cœur, ça vous réconcilie avec la création du monde que l’homme, hélas, s’ingénie à rendre laid, à détruire.
Ce château fort est situé sur l'île de Cabrera dont l'accès et le mouillage sont soumis à autorisation.. Napoléon installa 9000 hommes sur ce caillou... dont 5000 périrent de faim!