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Billet de blog 1 janvier 2026

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La solennité du vide

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Emmanuel Macron est donc revenu, une fois de plus, réciter ses vœux comme on récite une prière usée, devant une cheminée de décor et un pays qui n’y croit plus. Dix minutes de solennité pour promettre que « l’année sera utile ». À force de le répéter chaque 31 décembre, l’utilité ressemble désormais à un mot mort, vidé de toute chair, comme le pouvoir qui le prononce.
Dans le monde parallèle du président, la France « tient », l’emploi prospère, l’inflation obéit, et l’avenir s’obtient à coups de regards appuyés dans la caméra. Un pays imaginaire gouverné par un chef de l’État qui n’a plus de majorité, plus d’influence, plus d’autorité, mais conserve intacte sa foi dans la magie performative des mots. Il parle pour conjurer sa disparition politique, comme on parle dans le noir pour se rassurer.
Faute de pouvoir, il empile des annonces inoffensives : service militaire volontaire, réseaux sociaux interdits aux enfants, fin de vie en suspens. Des sujets suffisamment graves pour paraître importants, suffisamment flous pour ne rien engager. Les colères qu’il dit partager restent sagement rangées dans le tiroir des abstractions. On les reconnaît, à condition de ne jamais y répondre.
Sur la scène internationale, le décalage est le même. La France est décrite comme moteur de l’Europe au moment précis où elle regarde passer les décisions sans y participer. Le monde serait plus dur, dit-il, mais Paris semble surtout plus inaudible. La diplomatie française se raconte comme un grand roman dont il ne reste que la jaquette.
Aucune annonce, aucun référendum, aucun engagement. Même les promesses d’hier ont disparu. La démocratie est évitée avec soin, tout comme la question centrale de la légitimité d’un pouvoir qui gouverne seul après avoir tout perdu. Le président parle. Personne ne répond. La presse écoute à peine. Le pays décroche.
Les réactions politiques ont alors servi d’écho à ce vide. À gauche, on parle de mots trahis, de litanies déjà entendues, d’un président qui semble lui-même ne plus y croire. À droite, on acquiesce poliment tout en rappelant qu’il faudrait peut-être penser à l’avenir, sans trop préciser lequel. Même ses anciens alliés reconnaissent à demi-mot qu’il a lâché l’affaire.
Tout cela rappelle furieusement une autre fin de règne, celle de François Hollande. Même solitude, même tonalité crépusculaire, même promesse d’être « au travail jusqu’à la dernière seconde ». Un pouvoir déjà parti, mais qui continue de parler pour faire croire qu’il est encore là.
Il restera donc cette scène étrange : dix minutes de phrases grammaticalement impeccables, parfaitement vides, commentées avec un sérieux appliqué par des éditorialistes consciencieux. Une vacuité si dense qu’elle finit par devenir un objet politique en soi. Un président qui ne fait plus rien, mais le fait avec gravité. Un pays qui « tient », c’est-à-dire qui ne s’est pas encore effondré.
Jupiter a parlé. L’opposition a soupiré. Les commentateurs ont brodé.
Et le néant, une fois encore, a gouverné.

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