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Billet de blog 6 janvier 2026

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La démocratie, version enlèvement

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les États-Unis adorent rappeler qu’ils sont la patrie de la démocratie. Ils le font avec le sérieux d’un notaire et la régularité d’un bombardier. Au Venezuela, ils viennent une nouvelle fois d’en apporter la preuve éclatante : quand la démocratie résiste, on l’arrête manu militari. L’enlèvement de Nicolás Maduro à Caracas n’est pas une anomalie. C’est la version honnête de la politique étrangère américaine, débarrassée de ses faux-semblants.
On n’invoque même plus le droit international, ce vieux grimoire poussiéreux qu’on sortait autrefois pour donner un vernis légal aux coups de force. Désormais, l’empire agit d’abord et explique ensuite, comme un propriétaire excédé qui change la serrure avant de prévenir le locataire. Le Venezuela est rappelé à son statut réel : une zone sous tutelle différée, riche en pétrole, pauvre en droits souverains.
Qu’on ne se méprenne pas : Maduro n’est pas devenu un héros. Son régime a méthodiquement vidé les urnes, muselé la presse et affamé son peuple. Mais ce n’est pas la démocratie qui a conduit Washington à Caracas, c’est l’habitude. En prétendant libérer un pays à coups de commandos, les États-Unis rappellent surtout qu’ils s’arrogent le droit exclusif de décider qui gouverne où, et comment. Le peuple vénézuélien peut attendre : la liberté arrivera par colis diplomatique.
Le plus savoureux reste la novlangue. Il ne s’agirait pas d’une intervention, mais d’une « arrestation ». Pas d’un coup d’État, mais d’une opération ciblée. Pas d’une violation de souveraineté, mais d’un service rendu à l’humanité. La violence devient procédure, l’illégalité se transforme en pragmatisme, et le droit est prié de ne pas faire de vagues. L’empire ne ment plus : il reformule.
Dans cette comédie sérieuse, Marco Rubio joue le rôle du prêtre idéologique. Son anticommunisme recyclé sert de carburant moral. Peu importe que le communisme latino-américain soit à l’agonie : il faut un spectre à agiter pour masquer les barils. Le Venezuela n’est pas un problème politique, c’est un gisement mal administré. La démocratie n’est qu’un argument marketing, interchangeable et jetable.
Trump, lui, n’a même plus besoin de l’emballage. Il gouverne comme un promoteur immobilier : acquisition hostile, expulsion express, communiqué triomphal. Le Congrès est un détail, la Constitution une option, le droit international un luxe réservé aux perdants. Ce qui compte, c’est l’efficacité, cette valeur cardinale qui permet toutes les brutalités dès lors qu’elles sont rapides.
Le message est limpide : les règles s’appliquent à ceux qui n’ont pas d’avions. L’Amérique latine, déjà vaccinée contre les promesses américaines, comprend parfaitement la leçon. L’ordre international n’est plus qu’un décor de théâtre, utile pour les discours mais inutile quand les intérêts parlent plus fort.
Ce nouvel impérialisme est moins hypocrite que l’ancien, et donc plus dangereux. Il ne promet plus un avenir radieux. Il promet l’obéissance. Ceux qui applaudissent aujourd’hui au nom de la morale découvriront demain que la force, même enveloppée de bons sentiments, finit toujours par se retourner contre ceux qui la célèbrent.
L’empire ne chute pas quand il ment. Il chute quand il se croit tellement légitime qu’il n’éprouve même plus le besoin de mentir.

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