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Billet de blog 18 janvier 2026

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Le monde a cessé de se contenir

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Nous pensions vivre une crise. En réalité, nous vivons une libération : celle de la pulsion sadique.
Elle n’est ni nouvelle ni marginale. Elle est humaine. Simplement, pendant longtemps, la civilisation a tenté de la contenir par la culture, la loi, l’éducation. Ces digues ont sauté.
Le capitalisme contemporain n’a pas inventé la cruauté : il l’a rationalisée. Rendue performante, rentable, présentable. Là où la philosophie cherchait à maîtriser l’âme démonique, le marché total fait l’inverse : il excite, désinhibe, récompense. Le message est simple : jouis sans limite, prends à l’autre, c’est ton droit.
Le marquis de Sade*, longtemps enfermé dans les prisons et les bibliothèques, n’était pas une aberration. Il était un éclaireur. Il a écrit ce que la société refusait de voir : le désir de prendre à l’autre son corps, son travail, sa vie, pour en jouir. Ce que Sade écrivait dans l’ombre, notre époque l’a mis en système.
Le basculement est ancien. On a remplacé l’amour de Dieu par l’amour de soi, puis rebaptisé cela vertu. Mandeville a béni les vices privés, Adam Smith leur a donné une mécanique, Sade leur a fourni l’imaginaire. Le capitalisme est né comme une économie politique doublée d’une économie libidinale.
Dans le capitalisme de production, on saignait l’ouvrier au nom de la plus-value. Marx parlait de vampire : il ne plaisantait pas.
Dans le capitalisme de consommation, la pulsion est devenue désir fabriqué.
Dans le capitalisme numérique, les dernières digues ont cédé : plus de loi, plus de retenue, plus d’interdit. Tout dire, tout faire, tout jouir.
Les réseaux sociaux ne sont pas neutres : ce sont des machines à désinhiber. La violence devient jeu, la haine performance, la domination humour. Et quand la haine sort de l’écran, elle trouve un monde déjà prêt.
La science elle-même est enrôlée. Non plus pour émanciper, mais pour détruire rationnellement : bombes, algorithmes, transhumanisme. Défaire l’homme pour en produire un autre, plus dur, plus rentable. La guerre revient alors sous un masque raisonnable : dissuasion, frappes « tactiques », sacrifices nécessaires.
Quand la culture s’effondre, la bête remonte. La retenue disparaît, la violence gratuite s’installe. Ce sadisme n’est pas seulement celui des puissants ; il se diffuse chez les déclassés, les abandonnés, les individus sans loi intérieure. Le capital sait recycler cette brutalité : elle devient ressource.
Reste une éthique minimale, presque dérisoire : continuer à dire non. Maintenir la décence commune. Agir sans croire à la victoire.
Non pour sauver le monde — il n’en a cure — mais pour refuser de jouir de sa destruction.
Dans une époque qui confond liberté et absence de limites, c’est déjà un acte de résistance.

*voir « LE SADISME A CONQUIS LE MONDE ET LES HUMAINS » - Dany-Robert Dufour

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