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Billet de blog 24 décembre 2025

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L’Union européenne ou l’art de mourir en élargissant*

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L’Union européenne avance comme ces empires fatigués qui confondent encore le mouvement avec la vie. Plus elle s’essouffle, plus elle s’agrandit. L’élargissement devient son réflexe vital, sa fuite en avant préférée, son placebo géopolitique. Ajouter des pays, empiler des drapeaux, multiplier les sommets : tout cela donne l’illusion d’une dynamique alors que le moteur est déjà calé. On élargit pour ne surtout pas approfondir, car approfondir supposerait une idée, un projet, un peuple. Et cela, l’Union n’en a plus vraiment.
À Bruxelles, l’élargissement est traité comme une évidence morale, presque une loi naturelle. S’y opposer relèverait de l’hérésie. Pourtant, plus l’Union s’étend, plus elle devient ingouvernable. À vingt-sept déjà, elle peine à décider ; à trente ou plus, elle ne décidera plus du tout. Mais cette paralysie est presque un avantage : elle dispense de choisir, donc de trancher, donc d’assumer. Le présent devient éternel, figé, sans passé assumé ni avenir pensable. L’Europe se meut dans un temps mort, un présent perpétuel qui permet de repousser indéfiniment la question de son sens.
Pendant ce temps, l’Allemagne, pilier supposé de la solidarité européenne, fait ce que font toujours les États quand leurs intérêts vitaux sont en jeu : elle triche. Après avoir imposé l’austérité comme horizon moral à ses partenaires, Berlin subventionne massivement l’électricité de ses industriels pour sauver ce qui reste de sa compétitivité. Le marché unique, la concurrence libre et non faussée, les traités sacrés ? Très bien pour les autres. Pour soi, on improvisera. L’Europe est un espace de règles, à condition qu’elles ne s’appliquent pas aux plus forts. L’“Allemagne d’abord” n’a jamais quitté la scène, elle a simplement changé de costume.
Face à cette entorse majeure, la France hésite, tergiverse, se tait. Le couple franco-allemand n’est plus qu’un mythe diplomatique maintenu sous perfusion rhétorique. Paris préfère préserver l’illusion européenne plutôt que défendre ses propres intérêts industriels et énergétiques. Le nucléaire français, dernier avantage comparatif sérieux du pays, a longtemps été saboté avec la bénédiction allemande et l’aveuglement bruxellois. Aujourd’hui encore, la réaction française dira si l’Europe est un cadre de coopération ou une camisole volontaire.
Comme si cela ne suffisait pas, la Commission européenne envisage de franchir un seuil supplémentaire dans l’irresponsabilité en proposant la saisie pure et simple des avoirs russes gelés. Non plus des sanctions, mais une confiscation. Un vol, donc, maquillé en vertu juridique. Une décision qui ruinerait durablement la crédibilité financière de l’Union et transformerait l’euro en monnaie suspecte aux yeux du reste du monde. Même Euroclear, pourtant peu suspect de romantisme politique, s’alarme du désastre à venir. Mais à Bruxelles, on confond morale de guerre et suicide stratégique.
Cette tentation révèle le mal profond de l’Union : vouloir devenir une puissance sans en avoir la substance. Elle rêve de géopolitique tout en détruisant ce qui faisait son seul capital réel, à savoir la fiction d’un ordre fondé sur le droit et les règles. En se comportant comme un État prédateur sans être un État, elle risque de perdre à la fois son vernis moral et toute efficacité politique. Elle n’est ni empire, ni nation, ni démocratie. Elle n’est plus qu’une administration anxieuse, cherchant dans la gesticulation stratégique de quoi masquer son vide.
Ainsi va l’Union européenne, chantant son propre requiem en croyant encore annoncer l’avenir. L’élargissement, les subventions nationales, les coups de force juridiques : autant de spasmes d’un corps institutionnel qui refuse d’admettre sa fin. Ce n’est pas l’Europe qui s’éveille, c’est un système qui s’agite avant l’effondrement. Et comme souvent dans l’histoire, ce sont les élites qui applaudissent le plus fort pendant que la salle se vide. 
*voir https://elucid.media/politique/l-ue-entre-illusions-contradictions-et-derive-geopolitique-le-chant-du-cygne-europeen

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