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Billet de blog 5 févr. 2011

En ce qui concerne les Frères...

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Voici la traduction d'un récit publié tôt ce matin par Omar Kamel, musicien, producteur de vidéos, écrivain, qui participe actuellement à l'occupation de la place Tahrir. Ce texte est reproduit avec son aimable autorisation, et éclaire de manière forte les nouvelles alliances qui se créent entre laïcs et religieux. Lire l'original sur son site.

Depuis le début des manifestations le 25 janvier, je passe la plupart de mon temps sur la place Tahrir. J'ai aussi passé une nuit entière à discuter avec les membres du comité populaire de mon quartier pendait qu'ils montaient la garde. Alors, mercredi dernier, j'ai décide de m'accorder un jour de congé, et me reposer.

Vers midi, un ami passe chez moi. On allume la télé, et on regarde stupéfait, tout comme le monde entier, des voyous montés sur des chevaux et des chameaux envahir ce qui fut, jusque-là, la révolution la plus pacifique de l'histoire du monde.

C'était trop ridicule. Je sais que les gens ont été blessés. Mais c'était quand même ridicule. Et alors, on a ri du spectacle d'un régime aussi désespéré.

C'est alors que les voyous à la solde du régime ont commencé à arriver. On a continué à regarder les événements sur l'écran pendant un moment. Peu à peu, on a compris que les manifestants étaient encerclés de tous les côtés par les voyous pro-Mubarak. Alors, on s'est inquieté. Si ça tournait mal, nos amis ne sauraient plus s'échapper – si tant était qu'ils avaient l'intention de fuir, ce qui ne fut pas le cas.

Et alors, on a vu arriver les Molotovs. A un moment, je me suis mis à compter, et j'ai compté 19 cocktails Molotov lancés sur la place par les voyous (on a appris plus tard qu'il s'agissait en partie de voyous à la solde de la régime, en partie de membres du Parti National et dite 'Démocrate', et en partie de policiers en civil).

Des cocktails Molotov.

La situation nous semblait de plus en plus brutale, insupportable. Nos amis étaient encerclés, et on allait les mettre à feu et à sang. Dans nos têtes, un seul et même scénario se déroulait: la foule qui les entourait allait les épuiser, les user, les encerclant toujours de plus près, les Molotovs allaient continuer à pleuvoir. Ce n'était pas joli à imaginer. On redoutait le massacre, un dernier rappel de la part d'un régime menacé qu'il n'était pas encore tout à fait hors jeu, et qu'il s'en foutait de maintenir le masque d'un Etat civilisé. Que malgré le deuxième discours de Mubarak, on allait nous rappeler que c'était lui, Le Chef.

On avait très, très peur. D'autant plus que nous nous sentions obligés d'aller rejoindre nos amis pour ce qui pourrait s'avérer un massacre aussi brutal que définitif. On nous disait aussi que des gangs bloquaient toutes les rues qui menaient à Tahrir, et on risquait de ne pas pouvoir y arriver. Notre tentative de solidarité pourrait donc s'avérer aussi dangereuse que futile.

Mais c'était plus difficile pour nous de rester à la maison à regarder la violence croître sur l'écran, que d'aller à Tahrir. Alors, nous nous sommes mis en route.

Quand nous sommes arrivés sur le pont Qasr El Nil, qui mène vers la place Tahrir, nous nous sommes retrouvés encerclés par 500 'Pro-Mubarak', qui ont commencé à nous lancer des volées de pierres. On est arrivé à passer – comment, je vous le raconterai un autre jour. Ce que je veux vous raconter aujourd'hui, par contre, c'est une conversation que j'ai eu une fois que nous étions arrivés sur la place Tahrir.

Mon ami a retrouvè des amis à lui. Pour ma part, je me suis arrêté à discuter avec un groupe de gens qui voulaient savoir comment ça avait été sur Qasr El Nil. Parmi ces manifestants, il y avait deux barbus islamiques, l'un plus vieux, l'autre plus jeune. Les deux autres membres du groupe étaient juste des gens 'normaux', comme nous.

Alors, le plus vieux des deux musulmans à commencé à me parler. Je vais parfois être obligé de résumer ses propos, mais voici l'essentiel de ce qu'il m'a dit.

Musulman: Je dois vous dire quelque chose. Je dois vous offrir mes excuses. Je suis vraiment vraiment navré.

Moi: Hein? Pourquoi?

Musulman: Avant... Avant, j'avais... Je suis désolé de devoir le dire... Mais je n'avais que du mépris pour des gens comme vous. Je vous considérais une génération totalement perdue, irresponsable. Des jeunes gens bien éduqués, qui fréquentaient des universités anglophones, et qui ne pensaient qu'à baiser et se droguer et surfer sur Internet. Alors, au début quand vous avez occupé la place, je ne suis pas venu. Mais le quatrième jour, je suis venu pour voir qu'est-ce qui se passait ici. Et – c'est fantastique! C'est vraiment fantastique ce que vous faites ici! J'avais toujours cru que ce serait nous qui allait le faire! Que ça dépendait de nous, les hommes de Dieu, de provoquer le changement! C'était notre rôle, notre tâche! Mais – ce n'est pas nous qui avons fait ceci! Ce n'est pas nous qui menons ce mouvement! Et donc je suis ici pour vous suivre, pas pour me mettre devant vous!

Tout en me parlant, il se retenait d'éclater en sanglots. J'étais abasourdi. Avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il a poursuivi:

Musulman: Et là-dedans, il y a une leçon! Une grande leçon qui vient de Dieu lui-même! Vous savez ce que c'est? Vous le savez?

Moi (encore sous le choc): Pas sûr. Non. Dites-le-moi?

Musulman: J'étais vaniteux! Mais Dieu m'a ensigné une grande leçon! Avant, je croyais que puisque j'avais choisi Dieu, alors Dieu devait me choisir, moi! Il me choisirait moi, pour faire ce qui devait être fait! Qu'il ferait advenir le changement à travers nous! Mais maintenant, je connais la vérité! Le choix de qui fait quoi, ce choix ne nous appartient pas! Ce choix appartient à Dieu, et à Dieu seul! Et c'est vous que Dieu a choisi! Dieu vous a choisi! Je le comprends maintenant! Et je me sens vraiment tout petit quand je pense à ça!

Et tout en continuant à me remercier, il m'a pris dans ses bras, et il m'a serrè bien fort.

Alors, oui, en ce qui concerne les Frères...

Traduction française: Fred Bowie

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