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Billet de blog 27 nov. 2022

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Habemus ministram! L'excellence, à quel prix?

[Texte diffusé en tant que publipostage syndical de la FSU à l'université Paris-Saclay en Mai 2022]

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Sylvie Retailleau, précédemment présidente de l'Université Paris Saclay, a été nommée ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Rien de surprenant après sa participation active à la préparation de la Loi de Programmation de la Recherche par l'écriture d'un des rapports initiaux et plus généralement vu son fidèle soutien dès son élection à la tête de l'université Paris-Sud en 2016 aux contre-réformes qui ont frappé l'ESR. En particulier l'emblématique méga-fusion ayant abouti à "l'université" Paris-Saclay, fusion menée à un train d'enfer sans les moyens humains ni financiers suffisants (sauf pour payer du béton).
Le statut dérogatoire de cet établissement a installé une gouvernance centralisée provoquant l'effacement de la démocratie universitaire au profit d'un fonctionnement autoritaire qui a permis de profondes mutations comme la mise en place d'une université à deux vitesses : les licences ordinaires, réunies dans une "école universitaire", sont exclues de fait du périmètre d'excellence qui délivre un diplôme dûment estampillé "université Paris-Saclay". Mais aussi l'augmentation de la précarité par le recrutement sur tous les nouveaux postes hors statut comme par exemple les fameuses Chaires Professeur Junior (CPJ) qui entérinent le principe des "tenure tracks" anglo-saxons. Sans oublier
la mise en avant de la "marque Paris-Saclay" ramenant l'université à une simple marchandise, passant par pertes et profits service public et universalisme.

Paris-Saclay est présentée comme le laboratoire de l'université de la start-up nation. Sélection, bétonisation massive, complexification des procédures, perte du lien, perte de sens, le tout sans moyens humains. Loin de créer "l'excellence", Paris Saclay est un désastre humain et écologique. Cela a été illustré de manière concrète et indépendante par une expertise agréée sur les impacts sur les personnels de la création de l'Université Paris-Saclay, menée par le cabinet DEGEST, qui a révélé un bilan horrifique. Citons quelques témoignages d'agent·es qui sont remontés dans ce rapport :
    « Il y a un gros malaise, les gens sont mal psychologiquement, il n'y a plus de motivation, plus d'envie de venir. Les gens se rendent malades, les gens ont mal au dos, les gens ont des maux physiques dus aux maux psychologiques, il y a beaucoup de personnes qui sont mal... dont moi... je suis très mal. Ils arrivent à nous démotiver totalement. »
    « On a une administration qui est épuisée dans sa majorité : physiquement et psychologiquement. Beaucoup de départs en burn out, de directeurs qui craquent. »

Qu'a fait Sylvie Retailleau à la publication de ce rapport il y a plus d'un an et demi ? Protéger ses personnels ? Mettre en place des modifications structurelles pour répondre aux besoins des agent·es qui œuvrent chaque jour à tenir cette université à bout de bras, malgré la perte de sens de leur travail, la surcharge de travail ? Non. Le plan d'actions de mars 2022 se contente de peu, comme des actions de communication, des formations au management ou autres coaching, bien loin de la réalité et du travail sur le terrain.
 
Mais Sylvie Retailleau, lors de discussions, en tant que présidente d'université, avec les personnels de l'université a souvent invoqué les pressions ou le poids du ministère. Par exemple, dans le cas des Chaires de Professeur Junior, c'était le ministère qui imposait ces postes précaires et un calendrier à marche forcée. Sylvie Retailleau a même admis que des postes statutaires seraient plus souhaitables et nécessaires. Autre exemple côté vie du campus : depuis la rentrée de septembre 2021, le nombre de places dans le seul restaurant universitaire du campus de la Vallée où se restaurent des milliers d'étudiants, est très largement insuffisant et le temps imparti pour le repas ne permet pas de faire les queues interminables qui en découlent. Sylvie Retailleau rejetait la responsabilité de cette situation sur le CROUS et le ministère.

Maintenant qu'elle est ministre, elle va donc pouvoir transformer ses paroles en acte. Chiche?

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